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Accord de gouvernement fédéral : transition énergétique ou régression ?
Gaëlle Warnant  •  23 octobre 2014  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre  •  Energies renouvelables  •  Energies fossiles  •  Nucléaire  •  Efficacité énergétique

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On s’attendait à un sale temps pour les environnementalistes. La lecture de l’accord de gouvernement fédéral nous fait néanmoins l’effet d’une douche écossaise et la nouvelle politique énergétique et climatique provoque une petite dépression [1] dans nos rangs. Frein au développement des énergies renouvelables, nucléaire-la-résurrection, ambitions climatiques minimales,…il s’agit d’un recul manifeste par rapport à un trend mondial.

« Dans le cadre de la politique énergétique européenne, le gouvernement prendra sa responsabilité en poursuivant un approvisionnement énergétique sûr, abordable et durable, et ce, tant pour les entreprises que pour les ménages. » Le début du chapitre Energie et Environnement se veut rassurant pour tout le monde… mais l’appréhension nous gagne quand il s’agit de comprendre ce que le nouvel exécutif entend par « sûr, abordable et durable ».

Premier constat, les énergies renouvelables ne constituent clairement plus un axe prioritaire pour traduire la dimension « durable ». « Élargissement du mix énergétique », « mix varié », « le gouvernement réexaminera,…, toutes les options pour garantir la sécurité d’approvisionnement à court et moyen terme »… bref, qu’on en finisse avec cette obsession du « tout au renouvelable » prôné par quelques extrémistes. La seule mesure prise par le gouvernement au sujet des renouvelables est une refonte du mécanisme de leur financement pour une meilleure intégration au marché. Au niveau Fédéral, c’est principalement l’éolien off-shore « encore fortement dépendant des subventions hors du marché » qui en fera les frais. Certes, une réfection du modèle de financement des énergies renouvelables, qui pour certaines tendent à être aujourd’hui compétitives, est nécessaire. Mais de telles annonces et une telle régression dans l’ambition de sortir des énergies fossiles et nucléaire fragilisent les acteurs, détériorent le climat d’investissement creusant davantage l’ornière nucléaire dans laquelle notre pays s’enlise. Le gouvernement est pourtant prêt à investir dans la R&D dans le domaine du stockage de l’électricité. De l’avis des experts, le stockage est une solution intéressante mais très coûteuse (comparativement au renforcement des capacités d’interconnexion) qui ne se justifie qu’avec un pourcentage élevé de la part de l’intermittent dans l’approvisionnement électrique. Cherchez l’erreur !

Nucléaire parlons-en ! Doel 1 et 2 jouent les prolongations respectivement jusqu’en mars 2015 et mars 2016. Décision logique qui peut paraître « rassurante » puisque la Belgique pourrait craindre, tel le virus de la grippe, des problèmes d’approvisionnement électrique cet hiver et dans les 2-3 ans à venir. Ce qui est plus inquiétant, c’est l’ouverture à une possible prolongation de 10 ans de ces mêmes réacteurs jusque 2025 donc (sous réserve de l’aval de l’AFCN [2]). Après le relèvement de l’âge de la pension à 67 ans, voici la mise à la retraite des réacteurs reportée à plus de 50 ans. Une certaine constance dans la ligne politique du gouvernement pourrait être saluée, mais… Plus subtil, et plus pernicieux, cette petite phrase qui passe presque inaperçue : «  …le gouvernement s’engage à garantir la sécurité d’approvisionnement, l’abordabilité et la durabilité de l’énergie à court et long terme afin qu’il puisse assurer la sortie du nucléaire de la génération actuelle de réacteurs en 2025. » Ceci laissant une porte ouverte à la construction de réacteurs de nouvelle génération [3] . Alors que le gouvernement britannique va débourser £ 17 milliards en aide d’état pour la construction d’une nouvelle centrale [4] , il faudra interpeller le gouvernement sur sa notion d’approvisionnement abordable.

D’autres éléments de l’accord ont leur place dans notre petite boutique des horreurs :
- Suppression du Fonds Kyoto : même si l’alimentation de ce fonds via la cotisation fédérale était effectivement gelée depuis 2012, la suppression pure et simple est un signal négatif qui tend à montrer où le gouvernement place ses priorités. Rappelons que ce fonds finance entre autres les missions du Service fédéral en charge du changement climatique, dont la qualité du travail n’est plus à démontrer.

- Une « transition qui doit être neutre sur le plan technologique » : Cette phrase nous laisse assez perplexes. Par définition, une transition indique que l’on passe d’un état, un système (ici énergétique) à un autre, lequel passage implique des sauts technologiques importants. La neutralité doit-elle être comprise comme une volonté de garder le nucléaire dans le bouquet énergétique ?

- « …toute source d’énergie pourra être considérée sans tabous en fonction de ses mérites sur le plan de la sûreté, du coût et de la durabilité, la sécurité étant prédominante. Pour ce faire, le gouvernement supprimera les obstacles pour l’octroi des permis de production  » : l’expression « sans tabous » permet d’écarter tout dogmatisme vert qui craint un retour aux énergies fossiles, le tapis rouge pour les gaz non-conventionnels (de schiste et de houille) ou encore des noces de diamant avec le nucléaire… Craintes totalement incompatibles avec les priorités socio-économiques de ce gouvernement libéral. La suppression des obstacles à l’octroi de permis aiguise la vigilance de ces mêmes « dogmatiques ».

- « le gouvernement proposera de fixer un seul objectif de l’UE par Etat membre : celui des émissions de gaz à effet de serre. Les objectifs en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique doivent être considérés comme des moyens » : une seule contrainte de réduction des émissions serait donc suffisant pour ce gouvernement ?! Dommage, car plusieurs études [5]
montrent qu’adjoindre des objectifs contraignants en matière de production d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique est plus avantageux, y compris sur le plan socio-économique.

- « Les autorités fédérales continueront, par le biais de la coopération au développement, à contribuer au financement climatique international » : intention louable en apparence sauf que l’accord de Copenhague engageait les pays développés à aider les pays du Sud dans la réduction des émissions et l’adaptation au changement climatique par des financements « nouveaux ET additionnels ». S’il est vrai que Charles Michel n’en est plus à une contradiction près, rappelons tout de même que celui-ci, alors Ministre de la coopération au développement, déclarait en 2009 « Je sens la tentation de quelques-uns de recycler les moyens pour la Coopération au développement en disant : carpe, je te baptise lapin. C’était de l’argent pour la Coopération au développement, demain, cela s’appellera aussi des moyens pour lutter contre les changements climatiques. Cette notion de moyens additionnels est capitale pour moi. Je plaide pour que telle soit bien la position du gouvernement belge et de l’Europe [6] ».

Et s’il fallait trouver des choses positives dans ces chapitres énergie/environnement, signalons que le gouvernement s’engage à « amorcer et faciliter la concertation, …, afin de développer une vision énergétique » pour ensuite « associer les stakeholders à la rédaction d’un pacte énergétique interfédéral ». Ce pacte énergétique est également une revendication du secteur environnemental, même si, ne soyons pas naïfs, les différentes parties qui se trouveraient autour de la table, auront des points de dissension, notamment sur les motivations et les moyens d’engager la Belgique dans une véritable transition énergétique. Pointons tout de même qu’un intérêt commun devra inciter ces stakeholders au dialogue : une vision claire pour rasséréner un climat d’investissement délétère. Encore faudra-il que des environnementalistes soient invités à participer à ce pacte. Encore faudra-t-il s’accorder sur les notions de « sûr, abordable et durable »…


[1Si à vous aussi, cet accord de gouvernement vous donne un coup de bourdon, n’hésitez pas à écouter ce titre de Billy Ze Kick

[2Agence fédérale de contrôle nucléaire

[3Parmi les partis de cette coalition, le MR et la NV-A se sont montrés favorables à la construction de nouvelles centrales dites de génération IV. Rappelons que les différents concepts de la génération IV sont encore en phase de recherche. Les prototypes devraient être opérationnels dans les années 2030, la mise en œuvre industrielle pas avant la décennie 2040. L’EPR (European Pressurized Reactor) fait partie de la génération III dite évolutionnaire. Rappelons que les projets EPR en cours, à Flamanville (France) et Olkiuloto (Finlande) et deux autres en Asie, connaissent d’importants problèmes et des retards sur le calendrier prévu. Les budgets prévus pour Flamanville (8,5 milliards € pour 3,3 estimés initialement) et Olkiuloto (plus de 5 milliards de surcoût) explosent.

[6Entretien publié dans LaLibre du 05 décembre 2009



 
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