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Climat - Europe : la Pologne s’la joue perso
Cécile de Schoutheete  •  21 mars 2012  •  Energie

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Lors d’un récent Conseil « environnement », la Pologne a à nouveau bloqué tout progrès en matière de politique climatique au niveau européen pour protéger les intérêts bornés de son industrie du charbon. D’autres pays de l’UE étaient pourtant prêts à soutenir une ambition climatique accrue pour 2020 et à approuver les jalons en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 80% d’ici 2050 selon la trajectoire « coût-efficacité » proposée par la Commission européenne dans sa Feuille de route pour une économie pauvre en carbone à l’horizon 2050 [1].

Il faut dire que les arguments en faveur d’une ambition climatique accrue ne manquent pas. Rappelons que l’objectif européen actuel de 20% de réduction des émissions en 2020 par rapport à 1990 n’est pas en concordance avec les recommandations du GIEC qui demande 25% à 40% de réduction des émissions d’ici 2020 par rapport à 1990 pour les pays industrialisés. Pour le champion du climat que serait l’Europe, on peut faire mieux ! Par ailleurs, l’objectif de 20% est déjà à portée de main aujourd’hui. En 2010, les émissions de GES des 27 étaient de 14% inférieures à celles de 1990. Autant dire donc que l’objectif des 20% n’est aujourd’hui guère plus ambitieux qu’un scénario Business as Usual.

La Commission a démontré en conséquence que le passage à un objectif européen de 30% (25% en interne et 5% via des mécanismes flexibles) est aujourd’hui nettement moins coûteux que ce qui avait été estimé en 2008 lors de l’adoption du paquet énergie-climat 20-20-20. En fait, le coût total [2] des 30% (75 milliards d’euros en 20203) n’est que légèrement supérieur au coût total des 20% estimé en 2008 (70 milliards d’euros en 2020 [3]). Par ailleurs, un passage à 30% permettrait d’augmenter les bénéfices par rapport à un objectif de 20% :

  • réduction des dépenses en carburants : 20 milliards ¤ supplémentaires annuellement entre 2016 et 2020 ;
  • bénéfices pour la santé : entre 3,4 et 7,9 milliards d’euros supplémentaires annuellement ;
  • économies pour le contrôle de la pollution de l’air : 2,7 milliards supplémentaires ;
  • revenus ETS : 7,3 milliards supplémentaires en 2020.

La Commission a également travaillé à une analyse par État-membre des impacts d’un passage à 30% [4], un sujet hautement sensible car ce qui importe in fine pour les pays c’est de savoir qui va payer quoi. La Commission conclut qu’un passage à 30% se traduirait par des besoins d’investissement supplémentaires proportionnellement plus élevés pour les États-membres à faibles revenus (Europe centrale et orientale surtout). Elle a ainsi proposé une répartition des efforts qui, à travers différents mécanismes, permet de réduire presque à zéro le coût d’une ambition climatique accrue pour les nouveaux États-membres tout en veillant à maintenir des bénéfices importants pour chacun des pays (y compris la Belgique !).

Mais tout cela importe peu pour la Pologne qui, avec 90% de sa production d’électricité basée sur son charbon, reste hermétique à tout argument en faveur d’une ambition climatique accrue. Ce pays avait pourtant soutenu en 2009 un objectif climatique d’au moins 80% à 95% en 2050 mais il refuse aujourd’hui d’adopter les étapes intermédiaires permettant d’y arriver, à commencer par une révision de l’objectif pour 2020. Derrière le refus polonais, il y a probablement plusieurs raisons : la volonté de maintenir son indépendance énergétique et de ne pas dépendre des importations de gaz russe, la crainte que des avancées trop rapides en matière de politique climatique ne place l’Europe dans une position concurrentielle défavorable par rapport à ses partenaires commerciaux, la crainte peut-être aussi que la politique climatique ne soit qu’un prétexte pour promouvoir les technologies dans lesquelles certains Etats-membres ont acquis une grande maîtrise (les éoliennes allemandes notamment),... [5] [6]

En tout cas, la communication est clairement brouillée entre Varsovie et la Commission et la suspicion règne. La Pologne est donc restée seule contre tous : les 26 autres pays ont explicitement demandé de continuer à avancer.

Au delà des frontières européennes, le veto polonais envoie un très mauvais signal vers les partenaires dans les négociations internationales sur le climat. A Durban, les ONG avaient salué la coalition des pays progressistes emmenée par l’Europe avec les petits états insulaires et les pays les moins avancés pour demander un accord légalement contraignant et une augmentation du niveau d’ambition des objectifs climatiques à court terme. Si l’Europe se révèle incapable de faire ses devoirs et d’augmenter son niveau d’ambition en interne, cette coalition risque de se révéler n’être qu’une « histoire d’un soir » laissant à nouveau le devant de la scène à des pays nettement moins ambitieux.

Faute de consensus au niveau des ministres de l’Environnement, le dossier va à présent remonter au niveau des chefs d’État lors du prochain sommet européen. Il faut espérer qu’en pleine tourmente de la crise de la zone euro, les chefs d’états, sauront prendre en compte le long terme et faire comprendre à la Pologne qu’une ambition climatique accrue est dans l’intérêt de tous et de chacun.

Crédit photographique : © Anatoly Tiplyashin - Fotolia.com


[1Feuille de route publiée en mars 2011 http://ec.europa.eu/clima/policies/roadmap/index_en.htm

[2Les « coûts pour le système » calculés par la Commission représentent les coûts supplémentaires que les consommateurs doivent (temporairement) consacrer à l’énergie pour investir dans les économies d’énergie ou les énergies renouvelables. Selon les options politiques choisies, ces « coûts » ou plutôt ces investissements peuvent avoir un impact positif sur l’économie par la création du nombre d’emploi et ne doivent donc pas être considérés nécessairement comme un élément négatif.

[3Y compris un effet redistributif pour la réduction de 30%. Sans répartition de l’effort entre les États-Membres, le coût total est inférieur (67 milliards d’euros en 2020).

[4Staff working document publié en février 2012 http://ec.europa.eu/clima/policies/package/docs/swd_2012_5_en.pdf



 
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