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Climat : quelle différence entre +1,5 °C ou +2 °C ?
Noé Lecocq  •  7 décembre 2015  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre

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Depuis le Sommet de Copenhague en 2009, l’objectif de maximum 2 °C de réchauffement moyen global depuis l’ère pré-industrielle s’est imposé politiquement. Dans le milieu scientifique, des voix se sont cependant élevées pour indiquer que, même à partir de 1,5 °C de réchauffement, des risques climatiques importants existent. Plus d’une centaine de pays demandent aujourd’hui que la communauté internationale adopte l’objectif plus contraignant de maximum 1,5 °C de réchauffement. Sachant que nous sommes déjà à environ 1 °C de réchauffement, quelle différence ces chiffres font-ils en terme de risques et d’actions nécessaires pour l’humanité ?

Des risques qui augmentent « par seuils »

Nous sommes habitués aux évolutions naturelles linéaires : le niveau des océans dont l’eau se réchauffe et se dilate augmente graduellement. Il y a une forme de proportionnalité entre l’effet et la cause.

Mais de nombreux phénomènes naturels sont non-linéaires. Ils évoluent par seuil plutôt que graduellement. Un bloc de glace fond à partir d’un seuil précis de température, sous ce seuil il reste parfaitement intact, mais au-dessus il fond complètement. Il n’y a pas ici proportionnalité entre l’effet et la cause, mais basculement total d’un régime à un autre.

Les risques climatiques les plus inquiétants sont liés à ce type de basculement. La déstabilisation et la fonte de la Calotte du Groenland, par exemple, mènerait à une élévation des océans d’environ 7 mètres à l’équilibre. La fonte du permafrost – ces sols gelés en permanence aux hautes latitudes – mènerait à la libération d’importantes quantités de méthane, ce qui renforcerait encore l’effet de serre.

Selon des études scientifiques récentes, passer d’un réchauffement de 1,5 °C à 2 °C ferait passer l’élévation moyenne du niveau des océans de 2,9 à 4,7 m. Des dizaines de millions de personnes supplémentaires seraient impactées par cette montée des eaux, et certaines petites îles se verraient condamnées.

C’est donc aussi la nature des impacts qui évolue par seuils. Si une chaleur et une sécheresse excessive diminue les rendements agricoles dans une région, les populations ne sont plus en mesure de se nourrir à partir d’un certain seuil. Des conflits violents peuvent survenir, comme c’est le cas en Syrie notamment. Entre la guerre et la paix, la vie et la mort, il n’y a pas de continuum, mais une forme irréversible de basculement.

Pour pouvoir rester sous les 1,5 °C de réchauffement, l’inflexion doit être immédiate

Le réchauffement à l’équilibre dépend de la quantité totale ce CO2 dans l’atmosphère. Le GIEC a ainsi défini différents budgets carbones pour l’humanité, qui correspondent à la quantité de CO2 que nous pouvons émettre avant d’atteindre un certain réchauffement avec une probabilité donnée. Ainsi, l’humanité peut émettre 1000 GtCO2 à partir de 2011 pour avoir 66 % de chances de rester sous la barre des 2 °C. Pour avoir les mêmes chances de rester sous les 1,5 °C, il ne faut pas émettre plus de 400 GtCO2. Or les émissions annuelles étaient en 2011 de 38 GtCO2, ce qui signifie qu’à un rythme constant ces budgets seraient épuisé après respectivement 26 ou 10 années.

Restreindre au maximum le réchauffement global est la meilleure manière de minimiser ces risques. C’est la logique des promoteurs de l’objectif de +1,5 °C au lieu de +2 °C, cette dernière valeur étant maintenant considérée comme une ultime ligne de défense.

Le Budget carbone pour différents scénarios de réchauffement (66, 50 et 33 % de chances de rester sous les 1,5, 2 ou 3 °C) – source : Carbonbrief.

En conclusion, attendre quelques années pour prendre des mesures drastiques de lutte contre le réchauffement climatique n’apportera pas grand-chose d’autre que la certitude d’impacts négatifs démultipliés. Au contraire, s’y prendre tôt apporte des bénéfices substantiels.

Ne gaspillons pas notre chance !

Pour en savoir plus : http://www.1o5c.org




 
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