La Fédération
 
Opinions
 
Actualité
 
Actions !
 
Campagnes
Mobilité
 
Aménagement du territoire
 
Energie, climat
 
Economie
 
Agriculture, nature
 
Pollution, environnement, santé
Formations & Appui
 
Newsletters
 
Complexe Central Piazza à Soumagne : l’occasion d’une approche systémique ?
Pierre Courbe  •  7 mars 2010  •  Aménagement du territoire  •  Activités économiques / Commerces

Le 20 janvier 2010, les parlementaires wallons – enfin, ceux qui étaient présents – débattaient des implantations commerciales, exemple à l’appui. C’est le projet de complexe « Central Piazza » à Soumagne qui permettait d’ancrer dans la réalité des considérations plus générales relatives à l’aménagement du territoire, à la déclaration de politique régionale (DPR), et à la législation fédérale et européenne régissant la matière.

A la lecture du compte-rendu de la séance parlementaire du 20 janvier, il apparaît que le projet Central Piazza, porté à bout de bras par le pouvoir communal de Soumagne (et particulièrement par son Bourgmestre), fait à peu de choses près l’unanimité politique contre lui. Tant les communes de Fléron que de Verviers ou Liège s’inquiètent en effet de voir se construire, sur une commune de 15.600 habitants, cette surface commerciale nette de 19.980 m² assortie de 814 places de parking (plus 100 pour le personnel) alors que l’offre commerciale dans la région semble déjà bien suffisante. Symptomatique : l’Union des classes moyennes (UCM) de la Province de Liège, qui combat ce projet depuis début 2008, relève que plus de 25% du projet consistent en des délocalisations du pôle de Fléron, alors que 26% de la surface commerciale projetée n’ont pas encore trouvé preneur .

Monsieur Jeholet (député MR) résumait le 20 janvier la situation en ces termes : « L’offre tue l’offre, et à un moment donné, l’abondance de l’offre risque de porter lourdement préjudice aux commerçants existants, notamment les commerçants en périphérie liégeoise et dans l’arrondissement de Verviers. » Madame Targnion (députée PS) précisait : « en 2006, une étude de l’Université de Liège, venant du service de géographie économique fondamentale et appliquée, disait que l’arrondissement de Liège subissait déjà une offre commerciale saturée. » [1]

Par ailleurs, la DPR [2] est très explicite en matière de dynamisation des centres villes et de revitalisation des noyaux urbains : il convient de « privilégier la localisation des nouveaux projets de pôles commerciaux dans les centres ou à leur proximité immédiate. » Plusieurs députés ont tenu à le rappeler le 20 janvier. (Notons au passage que, bizarrement, dès lors que la Fédération IEW l’invoque pour motiver son recours contre le projet Citta Verde, l’argument ne semble plus licite…).

La DPR ouvre ainsi le chemin d’une réorientation complète de notre organisation sociétale. Mais si les députés embrayent aisément pour combattre un projet qu’ils jugent néfastes, les résistances sont nombreuses par ailleurs. Les promoteurs, forts de l’évolution de la législation sur les implantations commerciales de ces dernières années (voir l’article relatif à la loi Ikea et la directive Bolkestein dans ce numéro), soumettent les pouvoirs locaux à forte pression. Les citoyens, de leur côté, ont peine à imaginer un « retour en arrière » des grands centres commerciaux excentrés vers les commerces de proximité en centre-ville, pourtant synonymes de plus grande convivialité. Et de nombreux employés sont plutôt désireux de travailler hors ville en raison de la meilleure accessibilité des voitures. Ceci étant notamment dû à des horaires parfois décalés par rapport aux grands flux et donc par rapport aux transports en commun (ainsi, les personnes travaillant dans le secteur du frais dans les grandes surfaces commencent la journée à 06h00’ du matin). A titre illustratif, au sein du Groupe Delhaize, les employés peuvent, une fois l’an, demander à être mutés dans une autre unité du groupe, la direction tentant de répondre au mieux à ces demandes. Dans la région de Liège, les deux seules implantations pour lesquelles il n’y a jamais de demande sont celles du centre-ville (Longdoz et Saint Lambert). Ceci en dépit du fait que Delhaize offre à ses employés le ticket de transport en commun à partir d’une de ses implantations en périphérie (où du parking aisé existe).

Logiques économiques, orientations politiques européennes, consommation, mobilité : les implantations commerciales doivent, pour être correctement régulées, orientées, et profitables à la société dans son ensemble, faire l’objet d’une réflexion systémique. Le débat du 20 janvier jetait les bases d’une telle réflexion, qui mérite cependant d’être poussée bien plus avant.


[1Complexe Central Piazza - Les commerçants de Fléron et Herve au Parlement Wallon, Dossier de presse, UCM Province de Liège, mercredi 20 janvier 2010

[2Déclaration de politique régionale wallonne 2009-2014



 
Voir aussi
Dans la même rubrique
Soutiens