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De jeunes faucons pèlerins volés au nid dans une réserve naturelle !
Pierre Titeux  •  4 juin 2014  •  Biodiversité

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Des fauconneaux nés ce printemps ont été enlevés sur leur aire de nidification en Réserve naturelle ! Il s’agit de faits liés au trafic d’oiseaux de proies. Les faits se sont produits il y a quelques jours dans la Réserve naturelle domaniale de Champalle à Yvoir, près de Dinant. Il s’agit d’une grande falaise de plus de 1km de long qui convient particulièrement bien à l’espèce et qui constitue son site de nidification naturel. Le site est bien connu pour abriter un couple nicheur de faucons pèlerins depuis 2013. Il est suivi de manière régulière par les ornithologues d’Aves, le pôle ornithologique de Natagora.

Au début mai, des riverains ont remarqué une personne suspecte descendant la falaise alors que l’escalade y est interdite. Ils ont reporté les faits et une enquête a été ouverte. Dans le cadre d’un programme de surveillance et d’étude, les ornithologues de l’Institut Royal des Sciences Naturelles, sont descendus eux-mêmes dans l’aire de nidification et ont constaté la disparition de jeunes fauconneaux nés il y a quelques semaines. Les scientifiques ont alors prélevé du matériel génétique (plumes) afin de pouvoir tracer les fauconneaux et d’aider à confondre les coupables.

Le Faucon pèlerin en Belgique – une histoire tragique qui se termine bien

Le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) a cessé de se reproduire en Belgique au début des années 70. À l’époque déjà, des collectionneurs tentaient de voler les œufs ou les fauconneaux des derniers couples nicheurs. Les aires de nidification étaient alors surveillées nuit et jour par des ornithologues bénévoles.
La cause principale de la régression de rapace résidait cependant dans l’utilisation alors fréquentes des insecticides de la famille du DDT. Le pèlerin, se situant au sommet de la pyramide alimentaire, accumulait des doses telles de ce puissant poison qu’ils en mourraient. Suite à l’interdiction des pesticides DDT, très dangereux pour l’homme et pour de nombreuses espèces sauvages, le faucon pèlerin a recolonisé graduellement l’Europe et la Belgique. Le premier retour a été observé en 1994 à Tihange. Depuis, l’espèce a connu une dynamique de recolonisation étonnante puisque pas moins de 130 couples nichent actuellement en Belgique dont une soixantaine en Wallonie et une dizaine à Bruxelles. Ils nichent sur de grands édifices publics ou privés, mais également pour plus de moitié en Wallonie sur les falaises naturelles bordant la Meuse.

Le faucon pèlerin est une espèce emblématique à plus d’un titre. Le grand public se réjouit de son retour dans notre pays après sa dramatique disparition dans les années 70, en témoignent les 750.000 visites uniques ce printemps sur le site www.fauconspelerins.be qui, grâce à des webcam, permet de suivre la nidification du couple de faucons sur la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles. Les nombreux cas de nidification de ces dernières années dans les grands édifices publics de nos villes constituent toujours une source d’engouement pour les ornithologues et les citoyens de ces villes : Beffroi de Mons, Cathédrale de Tournai, Grand-Poste de Verviers…

L’espèce fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de nombreuses personnes et institutions : suivi, surveillance et baguages par les ornithologues, pose de nichoirs par diverses associations, institutions et entreprises, travail de sensibilisation avec des webcams, observations à distance guidées par des ornithologues…Natagora dénonce donc fermement l’enlèvement de ces poussins, acte inqualifiable d’un autre âge.

Ce seul acte prélève illégalement 2% des nichées annuelles de cette espèce en Wallonie ! Natagora espère que les autorités mettront tout en œuvre afin de confondre les coupables et de les punir sévèrement.

Détentions de rapace – Quel est le cadre légal ?

On peut estimer à environ 400 le nombre de faucons pèlerins en liberté en Belgique. A cela s’ajoutent 300 à 400 faucons maintenus en captivité. Les détenteurs de rapace (fauconniers, démonstrateurs, collectionneurs) élèvent et/ou dressent des rapaces pour la chasse, les spectacles ou leur propre plaisir. Natagora ne cautionne pas ces activités. Natagora estime que les rapaces ne peuvent être domestiqués et que leur place est dans la nature en pleine liberté. Natagora déplore d’ailleurs que la Belgique ait soutenu la candidature de la ‘Fauconnerie’ comme Patrimoine Immatériel de l’Humanité, statut accordé en 2012. Ce statut favorise de manière implicite le commerce et le trafic de rapaces.

Les faucons pèlerins peuvent faire l’objet d’un négoce, strictement encadré dans le cadre des conventions CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) et des réglementation régionales elles-mêmes liées à la législation de l’UE. Les faucons, pour être transportés et/ou vendus, doivent être en possession d’un certificat CITES officiel, déclarant les ascendants, ces mêmes ascendants devant également être munis d’un certificat CITES officiel.

Le faucon pèlerin est une espèce intégralement protégée dans la nature. Il est notamment interdit de le capturer, de perturber intentionnellement les nids et d’en faire commerce. Les trafiquants d’oiseaux de proie encourent les risques suivants :

  • un voleur d’oiseau en liberté commet une infraction environnementale de 3e catégorie passible d’une peine d’emprisonnement de huit jours à six mois et/ou d’une amende d’au moins 100 euros et au maximum 100.000 euros. Il peut, en outre, être condamné à la restitution de l’oiseau volé ;
  • pour être vendus, les rapaces doivent être dotés d’un certificat CITES. En cas d’oiseaux volés bénéficiant de faux certificats, le trafiquant commettrait un délit de ‘faux et usage de faux certificat’ passible d’une peine d’emprisonnement de six mois à cinq ans ;
  • les acheteurs en achetant consciemment ces oiseaux volés munis de faux certificats CITES, commettront le délit de ‘recel’ passible en l’espèce de peine d’emprisonnement de six mois à cinq ans.
    Les coupables pourront être relativement aisément confondus au moyen des relevés ADN prélevés au nid grâce aux plumes de la mère. L’ADN de nombreux faucons en captivité ou en liberté est connu de l’Institut Royal de Sciences Naturelles et a déjà été utilisé dans le cadre d’enquêtes similaires menées par la Police fédérale et la Cellule CITES du SPF Environnement.

Photo : René Dumoulin




 
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