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La Wallonie, région en transition ?
Benjamin Assouad  •  3 mai 2011  •  Aménagement du territoire  •  Urbanisme

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Villes en transition, simplicité volontaire, résilience... ces dernières années, de nombreux collectifs de par le monde n’ont que ces mots à la bouche : en transition. Termes qu’ils répètent patiemment à la face de leurs contemporains. Une expression qu’ils font devenir réalité, par leurs projets imbriqués dans le territoire.

Ces collectifs se revendiquent du mouvement des villes en transition, un mouvement qui a de grandes ambitions, puisque l’objectif final n’en est ni plus ni moins de révolutionner notre manière de produire, de consommer, bref de vivre ! Selon les partisans du mouvement, des adaptations considérables seront nécessaires pour pouvoir faire face aux deux défis majeurs auxquels nos sociétés sont confrontées dès aujourd’hui : pic pétrolier et dérèglement climatique.

Le concept de la ville en transition

Ce que le mouvement des villes en transition interroge avant toutes choses, c’est la résilience, en d’autres termes, la capacité de sociétés données à retrouver leur fonctionnement normal après avoir subi des perturbations importantes. La posture adoptée par le mouvement tranche fortement par rapport au courant environnementaliste conventionnel. Le discours développé y est extrêmement positif. Pour amorcer un vrai changement sociétal, le mouvement refuse les discours catastrophistes. Car si la situation est grave, et l’avenir morose, il n’y a rien là-dedans en soi de fatal. Le mouvement des villes en transition invite à envisager les crises de l’énergie et du climat comme d’heureuses opportunités pour nos sociétés. Des opportunités qui obligeront à sortir l’environnement du déni intenable qu’on lui inflige.


Totnes au Royaume-Uni : en multipliant les actions concrètes originales, cette ville est devenue le modèle des villes en transition

L’optimisme du discours n’est pas l’unique originalité du mouvement. Une autre de ses caractéristiques est la cible qu’il vise. Si, classiquement, les mouvements citoyens visent les comportements individuels et les décisions politiques, assez singulièrement le mouvement des villes en transitions vise lui en priorité les communautés et leur faculté d’invention. Il faut comprendre « communauté » dans un sens anglo-saxon : un groupe avec une forte cohésion sociale, rassemblant des gens partageant des valeurs communes, et résidant dans un même lieu. Si l’intérêt des actions individuelles et des décisions politiques n’est pas réfuté en tant que tel, il est en tout cas mis au second plan.

Le mouvement des villes en transition se positionne comme résolument apolitique, ce qui lui est souvent reproché. Il ne préconise pas le lobbying, les manifestations militantes, ou les actions coup-de-poing, mais propose par contre de concrétiser localement avec des acteurs motivés une feuille de route qui envisage la situation globalement.

L’étape primordiale sur la route vers la résilience est l’établissement d’un plan d’action de descente énergétique, ou PADE, propre à la communauté. Échelonnant le processus de la transition dans le temps, le PADE s’intéresse à tous les secteurs d’activité : alimentation, finances, aménagement du territoire, mobilité, agriculture. Il fixe à chacun des objectifs. Pour les atteindre, les actions qu’une communauté pourra décliner sont diverses, et aucune ne prévaut : circuits locaux d’alimentation, édition de monnaies locales, épuration naturelle de l’eau, mise en partage de voitures, potagers collectifs.

Autant d’actions inventives et ambitieuses qui font prendre conscience au groupe du caractère très systémique du processus de la transition.

Les origines de la transition

L’ambition ultime d’une initiative de transition, c’est que la communauté atteigne un fonctionnement autonome. Si tel est le cas, cela voudra dire que les questions énergétique et climatique auront été solutionnées. Cette idée cruciale de l’autonomie provient des travaux de Rob Hopkins, le fondateur de la permaculture, et de ses étudiants en soutenabilité appliquée de l’université de Kinsale, en Irlande.

En 2005 le projet de recherche des étudiants d’Hopkins portait sur le fonctionnement des écosystèmes naturels. Leur volonté était de rendre compte des mécanismes qui régissent l’autonomie, ceci pour pouvoir proposer un autre système de fonctionnement à nos sociétés. En effet, confrontées au pic pétrolier, nos sociétés n’ont pas le choix selon Hopkins : soit elles deviennent autonomes, soit elles disparaissent.

Un écosystème naturel combine des vertus telles que stabilité, diversité, faible consommation d’énergie, autonomie, et même absence de pollution, tout déchet étant valorisé. Sur base de cette combinaison, ils en sont venus à proposer un nouveau paradigme : l’idée des villes en transitions était née.

Le passage de la théorie à la pratique s’est fait à Kinsale même, quand Louise Rooney et Catherine Dunne, deux étudiantes de Rob Hopkins, ont proposé aux autorités locales un PADE adéquat. Leur proposition a fait mouche, la ville irlandaise est alors devenue le premier territoire à expérimenter la « transition ». L’objectif adopté par les édiles locaux : l’indépendance énergétique, excusez du peu.

A Kinsale, les autorités se sont tout de suite approprié l’idée de transition, mais ce n’est pas toujours le cas. Le mouvement reste souvent discret, animant des communautés de citoyens « ordinaires ». En moins de cinq ans, ce sont plus de 300 communautés dans le monde qui ont été reconnues comme effectuant une démarche de transition.


Les initiatives de la transition en Europe. En vert, les initiatives établies, en gris celles qui se préparent à un lancement. Le mouvement reste très anglo-saxon.

La transition en Wallonie

Depuis sa naissance en Irlande en 2005, le mouvement des villes en transition s’est beaucoup exporté, mais il a conservé un fort accent anglo-saxon. La vitrine la plus célèbre du mouvement est la ville de Totnes, dans le Devon, au sud-ouest du Royaume-Uni. Proportionnellement, peu d’initiatives se sont développées hors monde anglo-saxon, en Amérique latine, en Asie, ou en Europe continentale.

En Belgique, le « réseau international des initiatives de transition » ne renseigne que dix initiatives officielles ou en préparation : en Flandre, Deinze, Merchtem, Berchem, Deurne, Bierbeek, et Tervuren ; à Bruxelles, Schaerbeek ; et en Wallonie, Ath, Grez-Doiceau, et Orp-Jauche. Malgré leurs états d’avancement modestes, ces initiatives dénotent une réelle prise de conscience de leurs instigateurs par rapport aux enjeux. Pourtant, la route pour atteindre une masse critique qui révolutionnera la donne semble encore longue. D’où la nécessité du travail de fond, avec soirées de sensibilisation et autres actions de communication, que mènent par exemple régulièrement les membres des trois initiatives wallonnes.

Trois initiatives de transition reconnues : on ne doit pour autant pas conclure de ces résultats officiels que rien ne se passe en Wallonie. Préparer la transition vers l’après-pétrole n’est pas l’apanage des « villes en transition ». Point n’est besoin de se déclarer disciple de Rob Hopkins, le tout est de provoquer des démarches collectives qui font une différence. S’organiser en collectif s’interrogeant sur l’avenir de son territoire, monter des projets ad hoc (jardins communautaires, par exemple), cela s’inscrit clairement dans la démarche.

Il en va de même concernant l’utilisation des moyens légaux, comme l’enquête publique, pour se mobiliser puis se prononcer collectivement sur tel projet ou telle législation en discussion. Pareillement, s’impliquer politiquement dans sa commune ou dans un parti permettra aussi de faire avancer les idées de la transition.

Pour "se mettre en transition" : un arsenal réglementaire à mettre à profit

Que la formule choisie soit celle de la transition institutionnalisée ou celle d’une transition plus personnelle, le groupe pourra utiliser les ressources réglementaires wallonnes. Le droit wallon offre en effet au citoyen, aux collectifs, et à la collectivité dans son ensemble, la possibilité de s’imaginer un futur différent, de le mettre en plan, et de lancer des projets concrets pour le construire. Une meilleure appréhension des défis énergétiques et climatiques fait d’ailleurs aujourd’hui partie intégrante de la réglementation.

Le schéma de structure communal (SSC) fait partie des documents à redécouvrir. Pour la commune, il donne lieu à une analyse fouillée du territoire sur des thématiques aussi variées que la biodiversité, le développement économique, l’hydrologie, ou la mobilité. En fonction de ce survey, s’élabore un diagnostic. L’autorité communale choisit ensuite les grandes orientations de développement pour les 10, 15, 20 ans à venir. Si le SSC est respecté par les autorités, il pourra constituer la pierre angulaire de la transition au niveau communal. La vigilance citoyenne a dans ce contexte un rôle important à jouer, notamment au travers des Commissions communales d’aménagement du territoire et de la mobilité.

Le SSC est le document planologique formellement le plus enclin à amorcer la transition, mais il ne doit pas s’envisager seul. De nombreux autres outils permettent de le rendre effectif, en visant la réalisation spécifique de certains de ses aspects plus thématiques. On peut entre autres à cet égard évoquer le programme communal de développement rural (PCDR), les opérations de rénovation et de revitalisation urbaines, et bien-sûr le plan communal de mobilité (PCM).

Enfin, dans la mouvance de la conférence de Rio (1992), on a commencé à parler de l’intégration des principes du développement durable dans la pratique politique, sous le nom d’Agenda 21. En Wallonie, il y a eu une certaine réceptivité politique sur la question. Les communes y sont ainsi financièrement soutenues pour en initier la réalisation. Une possibilité légale de plus à ne pas oublier ?

Article paru dans La lettre des CCATM n°61 du 29 avril 2011 que vous pouvez télécharger en cliquant ici !


 
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