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La pollution de l’air par l’automobile : contrevérités de la FEBIAC
Pierre Courbe  •  19 mars 2014  •  Transport routier

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Il a beaucoup été question de pollution atmosphérique les 12, 13 et 14 mars derniers. Interrogé à ce sujet dans La Libre du 18 mars, le directeur de la communication de la FEBIAC (fédération belge de l’industrie automobile et du cycle) se montre particulièrement en verve et avance quelques belles contrevérités…

La FEBIAC a dans son collimateur les « vieilles voitures de plus de dix ans ». Normal : si on remplaçait ces voitures par de nouvelles, cela donnerait un salutaire petit coup d’accélérateur au marché des voitures neuves… Mais tentons d’objectiver quelque peu les choses. La majeure partie de ces voitures a en fait été immatriculée entre 2000 et 2003. Elle se conforme donc à la norme Euro 3 (introduite en 2000, elle a été remplacée par Euro 4 en 2005). Et il est de notoriété publique que les véhicules diesel Euro 5 (ceux vendus actuellement) sont… aussi polluants que les véhicules diesel de norme Euro 3 ! Relevons à ce sujet que la Flandre en a tenu compte dans le calcul de sa nouvelle taxe de mise en circulation (TMC) basée sur les émissions des voitures. Ainsi, le coefficient « pollution de l’air » appliqué dans ce calcul (un brin complexe) est égal à 357,23 pour une voiture diesel Euro 3, très proche du coefficient (331,92) retenu pour les voitures diesel Euro 5. Les voitures essence Euro 3 ont un coefficient plus faible : 71,08.

« Les voitures munies de la dernière technologie ne rejettent que des niveaux infimes de particules » affirme le représentant de la FEBIAC. Si la masse de particules émises par kilomètre roulé a en effet diminué sous l’effet de la législation européenne, il n’en va pas de même du nombre de particules émises. Ainsi, l’application de l’injection directe aux moteurs à essence multiplie dangereusement le nombre de particules émises par kilomètre roulé. Les normes Euro 6, qui entreront en vigueur en septembre 2015 et s’appliqueront aux deux types de motorisation, fixent le plafond à 600 milliards de particules par kilomètre (oui, vous lisez bien : 6 x 1011). Des niveaux infimes, disiez-vous ?

Au passage, le responsable de la communication de la Febiac se paie le luxe d’une petite charge contre les contrôles de vitesse réalisés par la police pendant les périodes d’abaissement de la vitesse maximale autorisée sur certains tronçons autoroutiers. Un peu de poujadisme n’est jamais inutile lorsqu’il s’agit de caresser l’automobiliste dans le sens du poil ! Il ironise «  je pensais que [la police] avait comme priorité la sécurité routière et de punir les infractions comportant de vrais dangers ». Tout en soulignant l’importance capitale d’améliorer la sécurité routière, nous tenons tout de même à souligner que le danger associé à la pollution de l’air est bien réel. En 2006, l’organisation mondiale de la santé (OMS) chiffrait à 12.800 le nombre de décès annuels imputables à la pollution par les particules fines en Belgique [1]. Sachant qu’approximativement 25% des particules fines sont imputables aux transports, 3.200 décès annuels sont induits par le trafic. Ne s’agit-il donc pas là de « vrais dangers » ?

Face à certains discours simplificateurs, biaisés, voire délibérément faux, il est parfois difficile de contrôler un sentiment de haut-le-cœur. Voir ainsi méprisés les enjeux sociaux et environnementaux pour la défense d’intérêts financiers finit par faire désespérer de voir jamais se mettre en place les politiques qui, courageusement, lucidement, se fonderaient sur une priorité absolue : le respect de la personne humaine et de son environnement.




 
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