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Le meilleur traitement pour nos eaux wallonnes : vigilance et prévention ! (1/2)
Gaëlle Warnant  •  23 novembre 2017

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La pollution des eaux par diverses substances, dont celles dites émergentes [1] , est une préoccupation grandissante auprès des consommateurs. Entre craintes légitimes et fausses rumeurs, ces molécules menacent-elles la qualité de notre eau potable et nos écosystèmes aquatiques ? S’intoxique-t-on vraiment en buvant un verre d’eau du robinet ? Autorités wallonnes, producteurs d’eau et centres de recherche ont mené de vastes études sur la présence de substances potentiellement problématiques dans les eaux wallonnes. Les premiers résultats sont plutôt rassurants mais la vigilance reste de mise.

Le projet IMHOTEP (Inventaire des Matières Hormonales et Organiques en Traces dans les Eaux Patrimoniales et Potabilisables) mené par la SWDE, l’Issep et le CRA-W, s’est particulièrement penché sur les molécules médicamenteuses. Au total une soixantaine de molécules, de différentes classes thérapeutiques y compris à usage vétérinaire, ont été recherchées dans différents compartiments du cycle de l’eau (eaux de surface, souterraines, eaux potables ou encore effluents traités des stations d’épuration).

Alors que le Belge est un des plus gros consommateurs de médicaments au niveau européen, il n’est pas surprenant de retrouver des résidus de substances pharmaceutiques dans les eaux. Mais les quantités mesurées par l’étude sont faibles et ne constituent pas un risque pour la santé humaine. C’est bien entendu dans les eaux de surfaces que les résidus médicamenteux se retrouvent plus fréquemment. Le paracétamol, un analgésique ultra courant, a été détecté dans tous les sites échantillonnés et 25 autres molécules sont retrouvées dans plus de 40 sites, anti-douleurs et anti-inflammatoires en tête, suivi de médicaments cardiovasculaires, diurétiques et neuroleptiques. Au niveau des concentrations, elles sont très variables selon les molécules. Elles se situent entre 10 et 100 ng/l pour la majorité d’entre elles mais certaines, comme le paracétamol ou des traceurs d’hôpitaux, peuvent dépasser les 1000 ng/l. Chose surprenante, les hormones, sujet de nombreuses inquiétudes figurent parmi les classes pharmaceutiques les moins observées. C’est bien sûr au niveau des masses d’eau des zones fortement peuplées que les concentrations sont les plus élevées. Comparativement à des études similaires menées dans d’autres pays européens, la Wallonie présente des concentrations inférieures à celles observées ailleurs.

Les relevés des effluents des stations d’épuration (STEP) montrent les mêmes classes de molécules détectées en eaux de surface avec toutefois un abaissement des concentrations en sortie de STEP par rapport au milieu récepteur. Ainsi, le paracétamol omniprésent dans les eaux de surface est bien dégradé, par contre le diclofénac (molécule active du Voltaren®) est plus persistant.

Les eaux souterraines, qui selon les conditions géologiques sont « filtrées » par le sol et sous-sol, sont relativement épargnées même si elles ne sont pas exemptes de résidus à des concentrations très faibles. Les molécules les plus fréquentes sont un analgésique, un antibiotique, deux neuroleptiques et un diurétique. Pas de quoi s’affoler cependant, sur 44 résidus pharmaceutiques pris en compte, 42 affichent une concentration inférieure à 10 nanogrammes/litre ou sont sous le seuil de quantification. Deux molécules se retrouvent dans des concentrations comprises entre 10 et 100 ng/l : un anti-inflammatoire, le diclofénac et un neuroleptique, la carbamazépine.

Quant aux eaux potabilisables (majoritairement eaux de captages dans les aquifères et, pour 20% de notre approvisionnement, prélèvements en eaux de surface), les résultats sont rassurants. En additionnant les concentrations respectives des 44 molécules recherchées, la concentration totale en résidus médicamenteux reste inférieure à 30 ng/l pour 121 sites étudiés sur 140. Seuls 4 sites présentent des concentrations supérieures à 100 ng/l.

Si le seul fait de détecter ces substances peut en inquiéter plus d’un, il est absolument nécessaire de relativiser ces chiffres « 10 nanogrammes par litre, c’est l’équivalent d’un comprimé de 500 milligramme dilué dans 200 piscines olympiques  ». Ainsi, avec les concentrations détectées dans les eaux potabilisables, à raison de 2 l d’eau par jour bus pendant 70 ans, un consommateur ingérerait 76 mg de molécules médicamenteuses sur sa vie entière. Boire de l’eau du robinet n’est donc pas nocif pour la santé et est bien plus respectueux de la planète que l’eau en bouteille plastique.

Trop souvent banalisée, l’eau reste un produit d’exception qui doit être préservé et surveillé. Au lieu de tirer sur l’ambulance, il faudrait davantage s’interroger sur notre consommation de médicaments et autres substances chimiques (pesticides, cosmétiques, etc.). Sans remettre en cause l’utilité et les bénéfices des avancées pharmaceutiques et pharmacologiques, il est urgent de développer une approche préventive et holistique. Autorités européennes et nationales, industries pharma, prescripteurs et consommateurs, il est nécessaire d’agir à tous les niveaux pour réduire la présence de substances dans l’environnement. Car si les résultats de l’étude IMHOTEP sont plutôt rassurants, la persistance et le comportement de certaines molécules ainsi que leurs impacts sur le milieu récepteur doivent être mieux étudiés.

Dans la seconde partie de cet article, nous aborderons les résultats de l’étude BIODIEN qui a recherché la présence de perturbateurs endocriniens dans les eaux wallonnes.


[1Ces substances ne sont pas à ce jour incluses dans les réglementations actuelles ni dans les programmes de surveillance du milieu aquatique. Elles ont été identifiées par la communauté scientifique à partir de l’examen de données (éco)toxicologiques et d’occurrence dans l’environnement. Il s’agit notamment de substances chimiques que l’on nomme les hormones, les perturbateurs endocriniens, les nouveaux pesticides, les composés pharmaceutiques, les produits de beauté ou tout autre nouveau composé pour lequel les connaissances actuelles sont insuffisantes pour évaluer le risque de sa présence dans l’environnement.



 
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