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Le nucléaire vulnérable face aux changements climatiques
Cécile de Schoutheete  •  21 avril 2016  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre  •  Nucléaire

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L’énergie nucléaire est présentée par ses défenseurs comme une solution incontournable au problème du réchauffement de la planète en raison des faibles émissions de CO2 de la filière. Pourtant, les réacteurs nucléaires sont vulnérables face aux conséquences des changements climatiques. Une centrale nucléaire a en effet besoin d’eau en permanence pour évacuer la chaleur produite par la réaction nucléaire, et ce même à l’arrêt.
- En bord de mer ou sur les cours d’eau à fort débit, les centrales fonctionnent en circuit "ouvert" : chaque réacteur prélève près de 50 m³/seconde pour ses besoins en refroidissement. L’eau est ensuite rejetée à une température plus élevée.
- Sur les cours d’eau où le débit est plus faible, elles fonctionnent en circuit dit "fermé" : chaque réacteur pompe près de 2 à 3 m³/seconde dont une partie est ensuite évaporée dans les tours de refroidissement, formant un panache blanc caractéristique ; le reste est ensuite rejeté. Les deux tiers de l’énergie produite par une centrale sont perdus sous forme de chaleur.

Les centrales nucléaires situées au bord de cours d’eau exigent donc des débits suffisants. Ces centrales doivent par ailleurs, respecter des limites au réchauffement des fleuves. Les rejets thermiques par les centrales agissent en effet comme une barrière qui réduit considérablement les chances de survie des poissons grands migrateurs, comme les saumons et truites des mers. Leur impact est d’autant plus important en période de fortes chaleurs, lorsque le débit est réduit et la température de l’eau en hausse. Avec le réchauffement climatique, les vagues de chaleur deviendront plus fréquentes, plus intenses et plus longues. En Belgique, en 2050, une forte vague de chaleur pourrait se produire un été sur deux.

La canicule de 2003 en France a déjà obligé EDF à arrêter ou faire fonctionner à puissance réduite 17 réacteurs nucléaires et à importer massivement de l’électricité à prix d’or. Les pertes de production ont atteint 5,3 TWh en 2003, soit l’équivalent de 200 jours de fonctionnement d’un réacteur. La facture pour EDF a été salée : 300 millions d’euros. Et ce malgré des dérogations successives permettant d’augmenter temporairement le niveau des rejets thermiques des centrales pour assurer l’équilibre du réseau [1]. Les vagues de chaleur correspondent en effet à des périodes de consommation d’électricité accrue, notamment pour la climatisation. Pour la canicule de 2006, les pertes de production ont atteint 2,5 TWh.

50% des réacteurs nucléaires en chantier dans le monde sont construits en Inde et en Chine, dont les ressources en eau, déjà sous pression, seront fortement affectées par les impacts du réchauffement (fonte des glaciers himalayens, perturbations des moussons,…).

Les incendies dus à la sécheresse peuvent également menacer les sites nucléaires, comme à Mayak en Russie (2010) et à Los Alamos aux États-Unis (2011).

Quant aux réacteurs nucléaires en bord de mer, ceux-ci sont eux vulnérables à l’élévation du niveau des mers [2] , à l’augmentation du nombre de tempêtes et à l’érosion des côtes.
En 1999, la tempête Martin a failli déclencher une catastrophe nucléaire à la centrale du Blayais, près de Bordeaux. Sous l’effet combiné d’une forte marée et de vents violents, des vagues ont envahi l’enceinte, coupant une partie de l’alimentation électrique et des voies d’accès. La conjonction de la hausse du niveau des mers et de conditions météorologiques extrêmes pourrait exposer nombre de centrales côtières à un risque majeur d’inondation .

La liste des inconvénients du nucléaire est, il faut en convenir, très très longue, non ?

Cette infographie résume l’ensemble des arguments développant pourquoi le nucléaire ne sauvera pas le climat. http://www.sortirdunucleaire.org/infographie-climat


[2Dans le dernier rapport du GIEC, l’augmentation projetée du niveau de la mer pour 2081- 2100 relativement à la période 1986-2005 varie entre 26 à 55 cm pour les scénarios les plus optimistes et 52 à 98 cm pour les scénarios les plus pessimistes.



 
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