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Le pic pétrolier
Juliette Walckiers  •  4 mai 2011  •  Aménagement du territoire  •  Energies fossiles

Dans son organisation actuelle, notre société dépend très fortement des énergies fossiles, dont le pétrole.

Comme toute ressource naturelle, cette énergie fossile est en quantité limitée sur terre. Plus exactement, son renouvellement ne peut se mesurer que sur une échelle géologique et est donc trop lent par rapport à notre rythme de consommation. Ce dernier va s’accélérant, ignorant ou aveugle quant aux incidences graves que cela entraîne au niveau géopolitique, économique, social et environnemental.

Le pic pétrolier est le terme utilisé pour nommer le sommet de la courbe de production d’un champ pétrolier ou d’une région de production. L’expression désigne par extension le pic pétrolier mondial, c’est à dire le moment où la production mondiale de pétrole plafonnera avant de commencer à décliner, du fait de l’épuisement des réserves de pétrole exploitables. Les méthodes de prévision de ce pic s’inspirent des travaux de Marion King Hubbert, un géologue qui avait dans les années 1950 pronostiqué avec succès le pic de la production de pétrole américain. Chez nombre de scientifiques, la notion de pic est aujourd’hui remplacée par celle de « plateau ondulant » : la production resterait stable pendant quelques années avant de réellement décliner. Le débat se porte dès lors sur le moment où la pénurie de pétrole commencera à sévir, c’est-à-dire quand la production, poussée à son maximum, sera insuffisante pour satisfaire la demande mondiale.

Sur le sujet d’une pénurie à venir de cette source d’énergie, il y a des « pessimistes », à savoir notamment la plupart des géologues, qui considèrent que le pic pétrolier est déjà derrière nous. Il y a aussi des « optimistes », les économistes et les compagnies pétrolières, qui estiment qu’il y aura toujours de quoi satisfaire la demande.

La demande de pétrole est pourtant en croissance régulière. Celle émanant des pays européens et de l’Amérique du Nord s’est stabilisée mais elle croit fortement ailleurs, particulièrement en Chine, en Inde, ainsi que dans les pays exportateurs de pétrole. Dans pratiquement tous les secteurs économiques, les produits dérivés du pétrole sont devenus indispensables. Les carburants tirés du pétrole représentent 97% de l’énergie utilisée par les transports dans le monde. L’agriculture est complètement dépendante du pétrole : engrais, insecticides, engins agricoles. Pour la production alimentaire, on estime que sept à dix calories fossiles sont nécessaires pour mettre une calorie dans notre assiette.

Estimer les réserves

Mais qu’en est-il des réserves disponibles de pétrole sur terre ? Il y a des marges importantes d’incertitude concernant la taille réelle des réserves connues. Quant aux réserves encore inconnues, leur estimation varie plus largement encore. La difficulté à estimer les réserves est liée au risque géologique (découverte et taille du gisement), au risque économique (prix du pétrole et coûts de l’exploitation), au risque technologique (techniques d’extraction et de traitement disponibles) et enfin au risque politique (instabilité, guerre).

Les réserves de pétrole conventionnel, c’est-à-dire les champs pétroliers facilement accessibles, s’épuisent progressivement. Il est illusoire à l’heure actuelle d’espérer encore découvrir de nouveaux champs de ce type. Au mieux, des réserves de pétrole non-conventionnel pourraient encore être découvertes. Il s’agit des schistes ou sables bitumeux ou encore des champs off-shore en eaux profondes. Auparavant, ces réserves n’étaient pas exploitées car jugées non rentables. Leur exploitation nécessite en effet des investissements coûteux en technologie et en infrastructure. Avec le prix actuel de l’or noir sur le marché mondial, provoqué par une demande croissante, de tels investissements deviennent – hélas- rentables.

Mais la rentabilité n’est qu’un morceau du problème. Extraire, transformer et rendre utilisable le pétrole non-conventionnel nécessite beaucoup d’énergie. Qu’il s’agisse de pétroles lourds ou de schistes bitumineux, la plupart des filières de pétrole non-conventionnel sont également très polluantes : importantes émissions de CO2, consommation d’eau, émission de mutagènes et de cancérigènes. Elles entrent en conflit avec les objectifs de réduction de l’émission de gaz à effet de serre. Par ailleurs, les paysages sont lourdement impactés en cours d’extraction, des milliers de km² étant rendus pour des années partiellement à totalement impropres à toute activité humaine. Et puis, il y a d’autres dangers pour l’environnement, comme les dégâts catastrophiques provoqués l’an dernier par la fuite du puits off-shore dans le golfe du Mexique. Les compagnies pétrolières passent outre ce genre de considération. Ainsi, il semble que tant que la demande se maintiendra, entraînant une augmentation du prix du pétrole, il y aura des acteurs économiques privés prêts à prendre des risques environnementaux démesurés pour l’extraire.

Changer de modèle...maintenant !

Poursuivre notre modèle de développement actuel dépendant des énergies fossiles, c’est donc accepter de prendre des risques écologiques de plus en plus importants. Puisque nous savons que, tôt ou tard, il n’y aura plus de pétrole, nous pouvons dès à présent tenir pour certain que son prix va exploser. A côté des conséquences environnementales, la question sociale du pic pétrolier est tout aussi inquiétante, et encore moins évoquée. Car les premières victimes de cette situation, ce sont les hommes, à commencer par les plus pauvres. Si nous restons dans une économie dépendante du pétrole, si nous ne remettons pas en question dès aujourd’hui notre modèle de société basé sur la disponibilité du pétrole, tout coûtera de plus en plus cher : le chauffage des logements, les déplacements, mais encore la nourriture et les services. Il est urgent d’entamer notre transition vers une société qui offre des biens et services produits localement, et qui peut se satisfaire des énergies renouvelables pour fonctionner. Il est indispensable de préparer un monde viable et vivable tant écologiquement qu’économiquement. A défaut de commencer à bref délai cette transition, nous serons confrontés à une véritable et insoutenable révolution. Certaines villes et bourgades l’ont compris. Elles se sont déjà mises en marche. Ce sont les « initiatives en transition ».


En savoir plus

La Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT) vient de publier une note de recherche sur les vulnérabilités territoriales face à l’augmentation de prix des énergies fossiles : « Anticipation des effets du pic pétrolier sur le territoire wallon ». Y sont cartographiés et décrits les défis que cette augmentation annonce, notamment en matière d’immobilier, d’activités économiques, de méthodes agricoles.
Notes de Recherche, Numéro 15, Région wallonne, Décembre 2010, 26 pages. Auteurs : C. Bazet-Simoni, P. Obsomer, F. Quadu, V. Rousseaux, M. Servais, T. Zeimes, T. Bréchet.




 
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