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Ljubljana ou la petite leçon d’environnement donnée à l’Est
Benjamin Assouad  •  9 octobre 2014  •  Urbanisme

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Ljubljana, capitale slovène, s’est récemment distinguée en étant primée comme un des lieux de vie en Europe où l’environnement est le plus respecté.

Qu’ont en commun Stockholm, Hamburg, Vitoria-Gasteiz, Nantes, Copenhague ou Bristol ? Etre des capitales européennes ? Toutes ne le sont pas. Des métropoles où on sait jouer au foot ? On ne peut pas vraiment dire au vu des performances de leurs clubs respectifs. Des villes où on vit particulièrement bien ? Haa, là, on s’approche. Elles sont en effet les six villes qui à ce jour ont reçu le European Green Capital Award.


Ljubljana, une ville au milieu des Alpes (source : Benjamin Assouad)

Devenir Green Capital exige des mesures bien plus larges qu’une simple préservation d’espaces verts. En effet, la ville lauréate, qui doit avoir plus de 200.000 habitants, ne brille pas uniquement pour sa politique favorable à l’expansion du crapaud calamite ou à celle d’une autre espèce rare. Et, si la question du développement de la biodiversité est évidemment importante dans le choix de la Commission européenne, les lauréates brillent au final pour leurs performances environnementales globales. Concrètement, les candidates sont évaluées sur la base de douze indicateurs : la contribution locale à la lutte contre le changement climatique planétaire, les transports, les espaces verts urbains, le bruit, la production et la gestion des déchets, la nature et la biodiversité, l’air, la consommation d’eau, le traitement des eaux usées, l’éco-innovation et l’emploi durable, la gestion de l’environnement par les pouvoirs locaux et la performance énergétique. Autant d’aspects qui en fin de compte ont trait à la qualité de vie en général.

La compétition entre les villes allant croissant, obtenir le prestigieux titre est devenu un objectif prisé par de nombreuses collectivités. On peut ainsi espérer que Bruxelles, qui a échoué dans l’obtention du titre pour 2015, pour ses abyssaux problèmes de mobilité, sera d’autant plus motivée, dans les années à venir, pour rectifier le tir et diminuer une fois pour toutes la pression automobile, véritable fléau qui dégrade considérablement sa qualité de vie.

Pour 2016, le choix est déjà connu et c’est une petite surprise : il s’est en effet porté sur Ljubljana, ville d’ex-Yougoslavie, aujourd’hui capitale de la Slovénie. Loin des clichés de la ville d’Europe de l’est grise et abandonnée à la tristesse de ses grands ensembles et de son chaos post-industriel, cette ville de taille moyenne – 283.000 habitants – étonne par son excellente tenue et ses justes équilibres, entre développement économique et place centrale de l’habitant en ville, bonne accessibilité grâce à tous les modes de transport et verdurisation de qualité.


Un des espaces publics principaux du centre de Ljubljana, Kongressni trg, où la voiture a été totalement bannie (source : Benjamin Assouad)

Ljubljana et son environnement en amélioration constante

Les éléments particuliers de la candidature de Ljubljana, qui ont été les plus appréciés par la Commission européenne, sont au nombre de quatre :
- les efforts produits par la ville pour augmenter la conscience environnementale chez ses habitants ;
- sa stratégie de développement durable « Vision 2025 » ;
- l’ensemble des mesures prises par la ville, depuis l’indépendance du pays en 1991, qui ont concouru à une amélioration considérable de son environnement urbain ;
- le système très développé de transports publics dans l’agglomération.
Autant d’aspects qui sautent réellement aux yeux de l’observateur qui arpente aujourd’hui les quartiers de Ljubljana, du centre-ville historique aux franges périphériques.

Un vrai partage modal qui donne la part belle aux piétons

Le centre-ville de Ljubljana se déploie entre la « graine de café » de son centre-ancien - bien refondu par Jože Pleznik, l’architecte-urbaniste maison, des années 1920 aux années 1940 -, la gare centrale au nord, et le quartier plus gouvernemental à l’ouest.
Le trafic y est extrêmement modéré. Slovenska Cesta est l’unique rue qui y présente un trafic automobile d’importance. Traçant un axe nord-sud, il permet la traversée rapide du centre-ville, qui est assez étroit, coincé entre la colline du Château et le parc de Tivoli. Pourtant, à la faveur d’un partage sans concession de l’espace disponible sur le boulevard, le trafic automobile y est très maîtrisé. Une part importante de l’espace est réservée aux bus, avec des sites propres, aux vélos, avec des pistes cyclables, et aux piétons, avec de larges trottoirs. Au final, l’axe routier majeur du centre-ville de Ljubljana ne propose qu’une bande réservée aux voitures dans chaque sens. Le reste du centre-ville présente un trafic très maîtrisé.

Si Ljubljana peut réserver à la voiture une place si faible sur la voirie sans perdre en accessibilité et en attractivité, c’est entre autres grâce à la grande efficacité de son réseau de lignes de bus, qui rayonnent dans la ville depuis le centre-ville. Les grandes chaussées d’accès au centre, souvent reconverties en larges avenues de grands ensembles de logements pendant la période communiste, sont ainsi empruntées par des lignes de bus à haute intensité de service. Ce système très compétitif dessert entre autres un ensemble de Park and Ride, dont la bonne utilisation par les navetteurs diminue d’autant la pression sur le centre-ville.

Un réseau cyclable très développé renforce cette impression de grand apaisement dans le centre de Ljubljana. Parfois sur le trottoir, souvent en site propre sur la voirie, les pistes cyclables de la ville permettent d’envisager le vélo comme bien autre chose qu’une activité simplement récréative. Pour effectuer un déplacement d’un point A à un point B, en particulier dans le centre, le vélo s’avère manifestement être le mode le plus efficace.


Les cyclistes profitent à Ljubljana d’un réseau dédié, quasi parallèle au réseau routier (source : Benjamin Assouad)

Le système de vélo partagé public, présent à Ljubljana comme dans de nombreuses grandes villes de l’ouest maintenant, permet vraiment d’envisager ponctuellement l’utilisation du vélo, comme complément à un déplacement dans un autre mode, le bus en particulier.

Ljubljana garantit enfin au piéton un grand confort et une grande efficacité dans ses déplacements. Cette bonne disposition va bien au-delà de la présence de larges trottoirs, qui s’abaissent sur les voiries pour permettre, aux personnes à mobilité réduite, dont les parents avec poussettes, de cheminer aisément en rue. La trame urbaine, jusque dans le centre-ville, se caractérise par un grand nombre d’ilots ouverts qui sont mis en relation entre eux et connectés aux espaces publics plus traditionnels - comme les places publiques - par des cheminements piétons facilités. Dans l’ensemble de ces espaces publics, la place de la voiture est réduite a maxima, tant en espace de circulation qu’en espace de stationnement.

Une conception généreuse de l’espace public

Une des particularités Ljubljana, ce sont ses nombreuses rues dévolues à d’autres modes de déplacement que la voiture. En effet, le centre-ville compte plusieurs rues qui sont fermées au trafic de transit et uniquement réservées pour le stationnement des bâtiments environnants. L’accès est protégé par des plots et des barrières contrôlé par des badges. L’espace, protégé de tout trafic automobile qui en résulte, est très important. Il est aménagé, d’une part, avec des pistes cyclables et des itinéraires piétons, d’autre part, avec de nombreux petits espaces publics et autres plaines de jeux. Et, particularité à souligner, ces espaces ne sont pas dédiées à l’activité commerciale, souvent l’unique fonction imaginée par les urbanistes et les pouvoirs locaux pour justifier du piétonnier. Elles n’en deviennent pas pour autant lugubres.


Cufarjeva ulica est une de ses rues du centre-ville qui sont dévolues uniquement aux modes doux et au stationnement pour riverains, et qui sont ponctuées d’espaces publics conviviaux (source : Benjamin Assouad)

Du piétonnier intégral, il y en a aussi à Ljubljana. Les rues du centre-historique, qui s’organisent autour de la Ljublanica et des principaux monuments de Jože Ple ?nik, sont en effet exclusivement piétonnes. Ce qui en fait un quartier assez monofonctionnel, où le commerce et le tourisme sont rois. Plus dans l’esprit de ce que toutes les villes d’Europe présentent dans leurs centres, les aménagements de ce quartier sont moins intéressants, et souffrent des mêmes travers que tous les piétonniers d’Europe : manque de contrôle social, franchising excessif des enseignes.
L’aménagement des berges de la Ljubljanica, agréables lieux de promenades est, par contre, une réussite indéniable. Leurs extrémités, excentrées, présentent même parfois un aspect naturel bien rare pour un cours d’eau urbain.

Ljubljana s’avère par ailleurs être une ville largement « enfants admis » ! Outre les nombreuses plaines de jeux que l’on peut trouver dans les espaces publiques, il y existe un nombre conséquent d’établissements privés (cafés, restaurants…) qui proposent également des espaces de jeux, à la grande satisfactions des parents !

Des parcs à foison

A cela s’ajoute une quantité impressionnantes d’espaces verts propices à la détente, y compris dans le centre-ville.


Le parc de Tivoli offre un espace de récréation et d’épanchement à portée de pieds du centre-ville (source : Benjamin Assouad)

La colline du Château et le parc Tivoli en sont les exemples emblématiques. Outre leur taille conséquente, ces espaces verts se caractérisent par un aspect relativment sauvage. Le parc Tivoli, avec son jardin botanique et ses aires de récréation, se déploie ainsi à l’entrée du parc naturel de Tivoli Rožnik Šiška, qui présente plusieurs kilomètres de randonnées pédestres, en forêt dans les collines, avec vue sur ville à 360°.

Une propreté exemplaire

Autre caractéristique remarquable de la ville primée : une grande propreté. Discipline sociale ? Activisme des agents communaux ? Sûrement un peu des deux. Une propreté que l’on retrouve au niveau de l’état des façades des immeubles. Ce qui n’exclut pas du centre-ville toute créativité picturale en rue. L’un ou l’autre espace du centre – à commencer par le célèbre Metelkova, le projet d’habitats alternatifs année 1970 développé dans une ancienne caserne – exprime d’ailleurs sur ce point une rare débauche d’expression de Street art.


Des containers enterrés permettent la collecte sélective des ordures dans de nombreuses rues (source : Benjamin Assouad)

La grande propreté des rues est aussi à mettre en lien avec la politique ambitieuse de collecte et de traitement des déchets ménagers de la ville. Chaque rue, ou presque, a un espace dédié de collecte sélective particulièrement ingénieux : les conteneurs sont souterrains, ce qui diminue très nettement l’encombrement et permet une bonne intégration au mobilier urbain.

Quand la ville se fait dans le respect de l’activité agricole

On oppose souvent agriculture et ville. La ville, qui augmente sans cesse son emprise sur les champs et les prairies, augmente aussi ses besoins alimentaires. La conciliation n’est donc pas aisée, loin s’en faut. Le respect de formes urbanistiques spécifiques, préservant la surface non-bâtie en ville et structurant les extensions urbaines selon une certaine compacité, peut cependant la faciliter. C’est le sentiment que donne clairement le mode d’urbanisation de Ljubljana.

Dans de nombreux quartiers, les intérieurs d’ilots sont protégés, assurant le maintien de nombreux potagers urbains.


Au sud du centre-ville, les quartiers de Trnovo et de Krakovo ont su conserver leurs intérieurs d’ilot verdurés, plantés pour l’essentiel de potagers urbains (source : Benjamin Assouad)

Plus en périphérie, l’urbanisation se développe très distinctement des modalités belges. Les rubans d’urbanisation le long des chaussées semblent inexistants. Les extensions urbaines sont organisées autour d’éléments polarisants – un commerce alimentaire, un arrêt de bus, une place centrale – et proposent une densité bâtie dégressive depuis l’élément polarisant.

Un urbanisme modèle au cœur des Alpes

Hors extensions urbaines, une même densification s’observe autour des gares ferroviaires de l’agglomération. La Ljubljana moderne a hérité d’un réseau de gares ferroviaires secondaires assez important qui permet aujourd’hui une structuration intéressante de l’agglomération, avec des quartiers plus denses, bureau et commerce, autour.

Un ultime aspect du traitement urbanistique de grande qualité de la capitale slovène est la valorisation et la protection des collines et montagnes environnantes. Ljubljana met ainsi particulièrement en valeur les différents reliefs naturels qui l’entourent, en les préservant de l’urbanisation, et en en garantissant un accès visuel quasi permanent.
Une distinction largement méritée donc pour la capitale slovène qui atteste qu’en Europe, tant au nord qu’au sud ou qu’à l’est, l’intégration de la dimension environnementale dans l’organisation et le développement des formes urbanistiques variées est non seulement possible, mais largement encouragée. Une inspiration pour l’une ou l’autre ville wallonne ?




 
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