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Lueur d’espoir au Royaume de l’Immobilité
Christophe Schoune, Secrétaire général  •  25 février 2016  •  Mobilité  •  Transport routier

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Si tous les chemins mènent à Bruxelles, les dizaines de milliers de “navetteurs” automobilistes ne se posent plus tant la question de l’itinéraire que du temps de parcours qu’ils devront “subir”. Le cauchemar de l’info-trafic est quotidien et la congestion s’est amplifiée, ces dernières semaines, à la défaveur de la fermeture de plusieurs tunnels bruxellois. Loin de nous réjouir des désagréments pour celles et ceux qui n’ont d’autre choix que de prendre leur voiture pour gagner la capitale, on conviendra que ces lézardes dans le béton bruxellois, conjuguées à la cure d’austérité sans précédent imposée au rail belge, ont le mérite d’engendrer un large débat public sur les enjeux de mobilité.

Réunions de crise, forums divers, concertations, propositions… Les partis et les gouvernements ont répondu avec des accents différents, ces dernières semaines, pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle nous a conduit la faiblesse de l’action publique, en cette matière complexe où interviennent tous les niveaux de pouvoir, depuis de nombreuses années. Appelant à “l’union sacrée” pour résoudre les problèmes de congestion, le président du CDH, Benoit Lutgen, a déposé sur la table une série de propositions pour faciliter le covoiturage vers Bruxelles, terminer les travaux du RER ou alléger le prélèvement kilométrique des poids lourds aux heures creuses [1] ; plus discret, le président du PS, Elio Di Rupo, a, dans le cadre du « chantier des idées », réuni ses parlementaires pour entendre les propositions de la société civile et de notre fédération en particulier sur les enjeux de mobilité, notamment ; de son côté, le président d’Ecolo, Patrick Dupriez, soutenait en début de semaine la mise en place d’un “budget mobilité” de minimum 700 euros pour les travailleurs qui remplacerait les avantages accordés aux voitures de société [2].

Cette dernière sortie faisait écho à la proposition similaire formulée la veille par le ministre de l’Emploi Kris Peeters (CD&V) afin de promouvoir les modes de transport alternatifs à la voiture (marche, vélo, transports publics) dans le cadre de son plan en dix points visant à moderniser le droit du travail) [3]. Soutenu par les employeurs (FEB), le plan Peeters a reçu un accueil glacial des leaders de la FGTB, qui y décèlent le risque “d’une flexibilité accrue des travailleurs sans réel sursalaire” [4] [5] .

Sous la loupe politique, ce volet mobilité du plan Peeters brise un tabou érigé par la NV&A à propos des voitures de société. Rien n’est décidé et la partie est loin d’être gagnée afin de sortir d’un système, critiqué dans de nombreux rapports de l’OCDE [6], qui engendre une perte de recettes fiscales pour l’Etat de 3,4 milliards d’euros selon les calculs de notre fédération [7]. Il convient dès lors de saluer la volonté d’un « poids lourd » de la politique fédérale de transformer cette politique inéquitable et coûteuse pour la collectivité. Soutenir fiscalement les choix individuels liés à des modes de déplacement durable serait non seulement bénéfique pour la santé publique et l’environnement, mais également pour le budget de l’Etat.

Certes, il n’est pas encore question, à ce stade, de reconsidérer la fiscalité automobile dans sa globalité afin d’orienter les comportements d’achat vers des véhicules moins gourmands ; certes, les perspectives budgétaires du rail belge ne sont guère enthousiasmantes et la dotation des transports publics wallon demeure gelée ; certes, une vision coordonnée susceptible d’engager notre pays dans une réduction drastique des émissions liées aux transports demeure dans les limbes… desquelles émerge timidement le projet de Plan fédéral de mobilité. Mais une lueur d’espoir brille à nouveau au Royaume de l’Immobilité. Où l’on a vu les quatre ministres de la Mobilité et le Vice-Premier ministre Didier Reynders (MR) se réunir pour la première fois depuis plusieurs années ce lundi sans s’écharper publiquement. Et ils promettent même de se revoir ce vendredi, dans le cadre de la Plateforme d’intermodalité initiée par la Ministre Jacqueline Galant (MR), pour avancer sur le dossier RER, notamment. Fait piquant : la réunion de ce lundi a tardé à démarrer, car deux ministres sur cinq… étaient coincés dans les embouteillages. Opteront-ils pour le métro ou le train afin de se rendre à la réunion de demain ?


[5Le système des voitures de société induit un déficit en matière de contribution au bien public qui s’élève, en chiffres ronds, et selon les calculs d’IEW à :
o 1,0 milliards d’euros annuels de pertes de cotisations ONSS patronales,
o 0,7 milliards d’euros de pertes de cotisations ONSS employés,
o 1,7 milliards d’euros de pertes de précompte professionnel,
soit un total d’environ 3,4 milliards d’euros.



 
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