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Mercédès, premier de classe européen… en matière de triche sur la consommation de carburant
Pierre Courbe  •  Pierre Titeux  •  7 novembre 2014  •  Transport routier  •  Gaz à effet de serre / CO2  •  Energie

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Si votre Mercedes avale 40% de carburant de plus qu’annoncé dans les brochures de la marque, ce n’est pas imputable à votre mode de conduite mais au fait que le constructeur allemand est le champion européen de la manipulation des tests de consommation. Impossible, dès lors, de reproduire en conditions réelles les résulats annoncés mesurés en laboratoire. Telle est une des conclusions du rapport « Mind the gap ! » publié ce jeudi par la fédération européenne Transport and Environment (T&E) dont est membre Inter-Environnement Wallonie (IEW). Ce rapport met en évidence la triche des constructeurs sur les tests de consommation… et l’échec des législateurs européens à résoudre le problème.

En 2008 était adopté le Règlement européen fixant des objectifs de réduction des émissions de CO2 [1] des voitures neuves. Selon le rapport de T&E, la moitié des progrès officiellement enregistrés en la matière depuis cette date ne sont que du vent ! Pour les voitures Opel/Vauxhall (GM), ce sont moins de 20% des améliorations mesurées en laboratoire au cours des 5 dernières années qui se retrouvèrent effectivement « sur la route »… La différence entre les consommations en conditions réelles et les chiffres des constructeurs s’est même en moyenne accrue, passant de 8% en 2001 à 31% en 2013 pour les véhicules privés. Sur base d’un kilométrage de 15.000 km, la surconsommation de carburant se traduit par une facture additionnelle d’environ 350 euros par an !

Le mal nommé test NEDC (New European Driving Cycle pour Nouveau cycle de conduite européen) n’est pas adapté aux voitures et modes de conduite modernes. Il est par ailleurs truffé d’échappatoires que les constructeurs ne manquent pas d’exploiter pour produire de meilleurs résultats [2]. Un nouveau cycle, plus réaliste, le WLTP (Worldwide harmonized Light vehicles Test Procedure) devrait être introduit en 2017 mais les Etats membres traînent à confirmer la date. La pression exercée par les constructeurs, désireux de pouvoir continuer à exploiter les failles des tests actuels jusque 2022 au moins, explique ce peu d’entrain. Selon les calculs de T&E, si les tests NEDC sont maintenus, le gap entre consommations annoncées et réelles pourrait atteindre 50% en 2020 et le cumul des émissions de CO2 supplémentaires serait de l’ordre d’un milliard de tonnes !

Aux USA, des vérifications de conformité sont menées par l’Agence pour la Protection de l’Environnement. Elles permettent d’identifier et sanctionner les constructeurs qui trichent sur les tests. Hyundai et Ford ont ainsi été priés de rembourser leurs clients en raison de la publication de chiffres de consommation incorrects ; une procédure est en cours à l’encontre de Mercedes et de BMW-Mini. Le système européen est, en comparaison, totalement inefficace. Si la nouvelle Commission ne le renforce pas (contrôle et sanction), les seuls endroits où les voitures pollueront moins demeureront les laboratoires.


[1Et donc de réduction de la consommation : la combustion d’un litre d’essence produit 2,36 kgCO2, celle d’un litre de diesel en produit 2,63

[2Selon l’édition 2013 du rapport « Mind the gap ! », il existe 20 manières différentes de « réinterpréter » les procédures de test pour abaisser les chiffres de consommation de carburant (et donc d’émissions de CO2).



 
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