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Néonicotinoïdes : après les abeilles et les oiseaux, ils déciment la vie aquatique !!
Lionel Delvaux  •  4 juin 2013  •  Pollution agricole

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Après les abeilles et l’avifaune, les néonicotinoïdes sont incriminés pour leurs impacts sur la biodiversité aquatique. Une nouvelle recherche menée sur le terrain et à grande échelle montre que l’imidaclopride, un pesticide systémique de la famille des néonicotinoïdes, a une influence néfaste sur les libellules, les éphémères, les escargots et les crustacés. Dans cette étude très récente, les concentrations d’imidaclopride dans les eaux de surface du réseau de surveillance néerlandais sont couplées à l’observation d’animaux aquatiques. Dans les cours d’eau et rivières pollués au-delà de la norme autorisée, la diversité biologique a diminué de 70 %.

L’imidaclopride est l’insecticide plus utilisé dans le monde. Il s’agit d’un insecticide systémique qui pénètre dans la plante et se répand via la sève dans tous ses tissus végétaux. La Commission européenne a récemment limité l’utilisation de certains néonicotinoïdes (Clothianidin, Imidacloprid et Thiametoxam), pour une durée de deux ans. Ils ne pourront plus être utilisés sur les plantes à fleurs parce qu’ils sont responsables de la mortalité des abeilles. A cette liste devrait s’ajouter le Fipronil, un autre néonicotinoïde largement utilisé et considéré par l’EFSA comme présentant un risque aigü élevé pour les abeilles. Ce dossier n’est que la partie émergée de l’iceberg car une méta-étude récente mettait en évidence la toxicité chronique des néonicotinoïdes pour les oiseaux, caractérisée entre autres par des effets notables sur leur reproduction.

Eaux de surface surveillées en Hollande, mais pas chez nous

Le réseau de surveillance des pesticides dans l’eau permet d’apprécier la concentration de l’imidaclopride dans les eaux de surface. Les données collectées dans l’étude hollandaise [1] l’ont été sur une période de 8 ans dans un réseau de 800 points de mesures. Ces données ont ensuite été comparées avec les données existantes relatives à la diversité des animaux aquatiques dans les eaux de surface néerlandaises. Pour rappel, seule une petite fraction des néonicotinoïdes utilisés est absorbée par la plante, le reste est lessivé par l’eau du sol vers les cours d’eau ou les nappes aquifères. De part sa forte rémanence, ce pesticide persistera longtemps après la récolte avec de graves conséquences. L’étude montre que lorsque la norme est dépassée, on compte jusqu’à 70 % en moins d’insectes aquatiques.

L’imidaclopride est au Pays-bas l’insecticide qui dépasse depuis 2004 le plus régulièrement la norme admissible dans les eaux de surface. Sur ces huit dernières années, la norme a été dépassée dans la moitié des points de mesure. Fait remarquable, certains points de mesure ont dépassé la norme d’un facteur de 25 000. Dans ces conditions, l’eau de la rivière est à ce point contaminée qu’elle peut directement être utilisée pour la pulvérisation en champs. Les chercheurs ont également montré l’incidence négative sur la diversité des espèces et le développement des larves dans les rivières et cours d’eau dont le seuil de contamination était conforme à la Loi, soit en deçà du niveau de 13 nanogrammes par litre.

Contrairement aux Pays-Bas, il n’y a pas de données publiques disponibles et récurrentes sur l’utilisation des néonicotinoïdes, ni même de suivis de la contamination dans nos eaux de surface. En Wallonie, les mesures de concentration les plus récentes dans les eaux de surfaces datent de 2002 et sont inférieures au seuil de 0,05 mg/l.

Vers une interdiction totale

Cette étude récente révèle la faillite du système d’évaluation et de suivi des pesticides dans l’environnement. Cinquante ans après la mise en évidence de l’impact du DDT sur les chaînes alimentaires, la famille de pesticides la plus utilisée au monde, celle qui couvre les plus larges surfaces dans notre pays et probablement en Europe, ne fait même pas l’objet d’un suivi de ses concentrations dans l’environnement. En sus, les données relevées par le réseau de contrôle néerlandais mettent une fois encore en cause la capacité de prédiction des modèles utilisés pour la mise sur le marché des pesticides. L’interdiction temporaire annoncée par la Commission de trois néonicotinoïdes sur les seules cultures butinées par les abeilles est certes un premier pas important, mais c’est en fait très peu au regard de leur impact environnemental. La mortalité des abeilles suite à l’utilisation de ces pesticides n’est jamais que la partie émergée de l’iceberg. Ces insecticides sont extrêmement toxiques, restent très longtemps dans le sol et l’eau et constituent de cette manière une menace énorme pour les insectes et les oiseaux des plaines.

Les effets négatifs sur l’environnement pèsent nettement plus que les avantages « offerts » à l’agriculture. Il importe d’aller au-delà des mesures européennes et d’interdire l’usage des néonicotinoïdes.


[1Van Dijk TC, Van Staalduinen MA, Van der Sluijs JP (2013) Macro-Invertebrate Decline in Surface Water Polluted with Imidacloprid. PLoS ONE 8(5) : e62374. doi:10.1371/journal.pone.0062374



 
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