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Après le gaz, voici le pétrole vert…
Arnaud Collignon  •  6 décembre 2018  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre  •  Energie  •  Energies fossiles

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La fédération pétrolière de Belgique vient de sortir son mémorandum pour les élections fédérales et régionales de mai prochain, mémorandum qu’elle présentait lors d’une conférence qui se tenait récemment à Anvers. Et le moins que l’on puisse dire est que celui-ci est étonnement vert pour un secteur qu’on voit mal en pointe dans la lutte contre les changements climatiques. Le titre du mémorandum est déjà tout un programme : « Pas de transition énergétique sans carburants liquides ». Même ton dans le speech de clôture, du président de la fédération, Mr Sepulveda, soulignant à quel point sa fédération et son entreprise (Exxon Mobile !) sont aujourd’hui « investit dans la transition bas carbone ». On est donc loin d’un discours à la Trump sur le climat ou d’un climato-scepticisme affiché … (Quelle évolution !)

Mais comment développer une vision crédible d’un point de vue climatique dans laquelle le business du pétrole aurait encore une place ? La « solution » proposée par les pétroliers est simple (et pas très étonnante...) : le développement de carburants non fossiles, principalement des biocarburants et des carburants de synthèse produit à base d’électricité renouvelable… Cette proposition très technologiste fait face à de sérieuse limites.

Primo : cette proposition repose uniquement sur des technologies en développement et autour desquelles un grand point d’interrogation demeure. Il s’agit de biocarburants de 3° génération à base d’algues ou de « résidus » de biomasse, de production à grande échelle d’hydrogène par électrolyse, de capture du CO2 et d’association de ce CO2 avec l’hydrogène pour produire du carburant de synthèse… La viabilité technique et économique de toutes ces technologies est un énorme point d’interrogation malgré des milliards € déjà investis en recherche et développement (la capture du CO2 à elle seule a englouti des milliards € d’investissements européens sans résultat probant) …

Secundo : cette proposition repose sur une production d’électricité renouvelable ou sur la disponibilité d’une quantité de biomasse durable difficilement imaginable. Les pétroles de synthèse seraient ainsi produits à base d’hydrogène lui-même issu d’électricité solaire et éolienne. Mais étant donné les pertes de conversion à chaque étape de ce processus, même une production modeste de pétrole vert requerrait des quantités d’électricité renouvelable immenses. Pour donner un simple ordre de grandeur, produire à peine 1/5 des 35 millions de tonnes de produits pétroliers consommés en Belgique en 2017 nécessiterait une production électrique de 400 TWh d’électricité soit, 5-6 fois la production d’électricité belge actuelle [1]

Et cela sans compter que l’industrie pétrolière n’est pas la seule à revendiquer l’utilisation de l’électricité renouvelable pour sauver sa peau. La voiture individuelle électrique, le gaz "vert" et maintenant le pétrole "vert", tous les secteurs économiques traditionnels imaginent pouvoir pérenniser leur business model en piochant dans une électricité renouvelable qui serait inépuisable et sans impact. C’est pourtant loin d’être le cas. L’électricité solaire et éolienne à un coût économique et environnemental et devra donc être utilisée avec parcimonie.

Pour défendre son plan 2050, l’argument de l’industrie pétrolière tourne autour d’un « mantra » : le pétrole vert permettrait de ne rien changer au système actuel. Les voitures avec un moteur à explosion pourraient continuer à rouler, s’approvisionnant à de bonnes vieilles pompes à essence et surtout la pétrochimie du port d’Anvers continuerait son business sans trop changer. Le secteur met aussi en avant les avantages liés au stockage facile du pétrole vert…

Ne rien changer ! La conclusion d’un des débats de la conférence, par le professeur Meysman de l’université d’Anvers sonnait un peu comme un désaveu poli de tout ce beau discours sur un pétrole vert. « Plutôt que du coté des technologies, la priorité est d’imaginer des nouvelles manières de se déplacer » a-t-il conclut. En effet, ce discours techno-futuriste risque bien de nous détourner de vrais enjeux comme revoir notre modèle de mobilité et d’aménagement du territoire en profondeur. Nous défaire de notre auto-dépendance demandera pourtant du temps et de la volonté… Un autre enjeux sera de transformer le secteur pétrolier et notamment la pétrochimie anversoise qui représente un large pan de l’économie belge et de nombreux emplois et ce, de manière crédible…


[1nous imaginons des pertes de conversion de 80%.



 
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