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Attractivité commerciale des centres villes : ce que nous enseigne le dernier classement de l’AMCV
Audrey Mathieu  •  26 septembre 2018  •  Aménagement du territoire  •  Urbanisme

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Lorsqu’on s’intéresse au développement commercial des villes wallonnes, il est un acteur qui semble incontournable : l’Association du Management de Centre-Ville (AMCV). Animant notamment le réseau des associations de gestion de centre-ville, cette structure est également à l’origine d’un certain nombre d’études et d’analyses du contexte commercial et son évolution, en Wallonie, au niveau national ou encore international. Quand elle publie son classement des villes wallonnes en termes de dynamique commerciale, nous sommes toute ouïe !

Sur base d’un certain nombre de critères (nombre de cellules vides, nombre et type de commerces…) cumulés et analysés par l’AMCV, une trentaine de villes wallonnes sont ainsi passées au crible. Mais attention, il s’agit ici exclusivement d’une analyse de l’attractivité commerciale des villes.

Liège sur la première marche du podium, suivie de près par Namur, puis Waterloo

Un premier élément à souligner est certainement l’arrivée dans les centres villes d’un nouveau type de commerçants. Ils sont jeunes, issus de commerce en ligne et très présents sur les réseaux sociaux. Pour maintenir leur développement, ils recherchent une vitrine physique. Mais pas n’importe où. A l’instar de Chanel qui ne prétend pas s’installer ailleurs que dans des maisons de maître ou des hôtels particuliers de quartiers chics, cette nouvelle génération recherche des rues où le bâti et le patrimoine sont entretenus et valorisés. La qualité et la convivialité des espaces publics y jouent aussi un rôle important. En outre, des villes ayant une vision globale du type de développement qu’elles souhaitent sur leur territoire ainsi qu’une stratégie cohérente avec cette vision sont également appréciées [1].

Par ailleurs, l’adaptation de la législation sur les baux commerciaux, permettant notamment des contrats de location de courte durée (un an), a certainement aidé l’installation de ces jeunes indépendants mais a aussi permis l’apparition d’un nouveau type de commerce comme les magasins éphémères.

Qui a dit qu’il fallait un centre commercial pour redynamiser un centre-ville ?

S’il est bien admis maintenant que les centres commerciaux en périphérie nuisent à la santé des petits commerces des centres villes situés à proximité, certains maintiennent coûte que coûte que les villes ne pourront trouver leur salut qu’avec l’arrivée d’un mastodonte commercial. Il y a quelques jours le responsable de la rédaction de Charleroi de la RTBF s’exprimait sur les ondes de la Première concernant l’impact de Rive Gauche dans la ville basse : si on peut constater un retour des visiteurs dans cette partie de la ville, tout le monde n’en bénéficie pas de la même façon. Alors que l’horéca, ou encore le cinéma Quai10 se portent bien, les petits commerces des rues adjacentes ne peuvent pas en dire autant car les locomotives du centre commercial absorbent et monopolisent la clientèle. Participant également à l’émission, Jean-Luc Calonger, président de l’AMCV, en profitait alors pour rappeler aux centres villes « qu’un centre commercial dans un centre-ville n’est pas forcément la panacée pour sortir de tous les problèmes ».

Faut-il à nouveau rappeler qu’un centre commercial n’est autre qu’un pur produit financier et ne répond pas toujours à une demande commerciale ? Les promoteurs de centres commerciaux n’ont donc rien à tirer des enseignements d’un classement comme celui de l’AMCV. Leurs yeux sont bien trop rivés sur les taux d’intérêt qui, en restant à un niveau si bas, permettent aux centres commerciaux de rester des produits d’investissement très rentables. Pour preuve : Rive Gauche vient d’être vendu pour la coquette somme de 300 millions d’euros alors qu’il en avait coûté 200 à son promoteur moins de 5 ans auparavant. C’est ce qu’on appelle un investissement rentable, pour ne pas dire juteux.

Par conséquent, c’est bien au monde politique qu’il appartient de prendre ses responsabilités. Au niveau régional, en maintenant les aides et l’accompagnement pour les jeunes commerçants, en revoyant à la hausse les budgets dédiés à la rénovation et la revitalisation urbaine, en favorisant financièrement le maintien et la valorisation du patrimoine bâti. Mais aussi au niveau local, en prenant des décisions cohérentes avec une stratégie et une vision de développement urbain souhaitables pour tous les acteurs qui font la ville. Espérons que ce soit dans cette optique que les 7 villes bénéficiant des subsides de la politique des grandes villes, s’investiront prochainement dans l’élaboration de leur Perspective de Développement Urbain (PDU), outil désormais obligatoire si elles veulent continuer à profiter de cette manne financière importante.

Logo de l’article  : La rue Souverain Pont, à Liège, est une rue qui retrouve sa fonction commerciale d’antan avec des commerces de niche et des concepts originaux. Du made in Wallonia au made it yourself, plusieurs de ces commerces, après un début éphémère, sont maintenant installés de façon permanente.

Photo : Google Earth


[1En 2016, la Fédération insistait sur l’importance de ces éléments dans son avis sur la Politique de la Ville en Wallonie que vous trouverez ici.



 
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