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Ce ne sont pas des porcs sains qu’il faut abattre, mais le modèle agro-industriel !
Xavier Delwarte  •  18 octobre 2018  •  Agriculture

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La décision unilatérale du Ministre Ducarme d’abattre 4000 porcs le dimanche 23/9 en soirée sans que les organisations agricoles wallonnes, l’UPV (Union Professionnelle des Vétérinaires), les éleveurs concernés, les organisations environnementales et de consommateurs... ne soient conviés et tout ceci, afin de « rassurer » les marchés démontrent une fois de plus la schizophrénie que nous imposent les règles commerciales et spéculatives de l’agro-business mondialisé.

Sans revenir sur la responsabilité de certains chasseurs et du politique sur la prolifération éhontée des sangliers ni sur les causes encore inconnues de l’origine de la peste [1], il nous semble important d’évoquer la vision « animal-machine-dollar » qui permet d’aboutir à de telles gabegies. Excepté le fait qu’il fallait agir d’un point de vue sanitaire pour éviter la propagation du virus aux porcs domestiques, certes inévitable comme le disent les vétérinaires de l’UPV dans leur communiqué [2], n’aurait-il pas été possible de le faire autrement, avec discernement et non dans la précipitation comme ce fut le cas ?

Cette décision brutale va en effet mettre des éleveurs paysans indépendants pendant de trop nombreux mois dans une détresse financière terrible (et l’on ne parle pas ici du coût mental et moral d’un tel abattage)…

Porc fermier et en intégration, même constat ?

La différence importante entre la filière porcine dite en intégration et la filière porcine paysanne (labels fermiers PQA, CoProSain, bio et plein air), sur ce petit territoire - mais c’est extrapolable à toute la Belgique - a, dans le débat, été trop occultée.

Vu la législation sur les nitrates dans les eaux souterraines, la Flandre a depuis une bonne vingtaine d’années décidé de pousser la filière porcine intégrée en Wallonie également. Ce mode de production est pointé du doigt sur la question du bien-être animal et sur celle des dégâts à l’environnement . Mais, on l’oublie trop souvent, sur le plan social, cette filière réduit l’éleveur à un simple ouvrier même si c’est pourtant lui qui investit dans les bâtiments et s’endette à vie, l’empêchant de se réorienter si le contexte change.

Cet éleveur est donc « pieds et mains » liés et souvent l’omerta est la règle dans ce petit monde clos (cfr. témoignages éleveurs sur le plateau de la RTBF (A VOTRE AVIS, 26/9/18).

Pourquoi abattre si rapidement ces 4000 porcs ?

Les porcs issus de l’intégration porcine sortent d’une filière hyper contrôlée, de la farine de soja OGM (aliment) en passant par les bâtiments, les porcelets fournis, l’abattage. Mais aussi : les marchés prédéfinis par contrat avec l’agroalimentaire et la grande distribution, le tout avec les mêmes acteurs et les mêmes bailleurs de fonds. Cette filière agro-industrielle compte six millions de porcs en Flandre, brasse des milliards d’€ tout en fournissant plus ou moins 15 000 emplois…

L’arrivée soudaine de la peste porcine africaine en forêt gaumaise a semé la panique privant les porcelets sevrés issu de cette filière de toute possibilité d’engraissement et les porcs engraissés de toute possibilité d’abattage de crainte de la contamination.

Pour marquer le coup, on a donc décidé de frapper fort en abattant sans aucune descrimination les porcs de cette filière ET ceux de la filière paysanne dont les caractéristiques sont fondamentalement différentes.

Pourtant, les porcelets ou encore les porcs gras issus de la filière paysanne auraient pu trouver des acquéreurs quasi immédiatement via les filières d’éco-consommateurs ou même par le travail qui était lancé par le Collège des producteurs... Certains petits élevages n’ont eu que deux jours pour réagir, ce qui relevait de l’impossible vu que l’abattoir local ne pouvait gérer un tel afflux soudain.

Grâce au placement des doubles clôtures montées sur le pouce dans ces élevages extensifs, deux à trois semaines supplémentaires pour gérer la crise auraient permis à ces éleveurs de mieux tenir le coup financièrement et moralement. La sélection génétique est perdue à jamais. Sera-t-elle payée ? Et si oui, suffisamment ? Soixante éleveurs ont été touchés dont 42 avaient moins de 10 porcs et 12 plus de 50 bêtes. N’oublions pas qu’une ferme paysanne sans porc est une ferme vide car le porc joue un rôle agroécologique !

Deux poids deux mesures

Cette peste porcine a finalement remis en lumière le système mondialisé capitaliste passéiste et non durable de l’agroalimentaire industriel. En neuf jour, il a ruiné, avec la complicité active des groupes financiers et banques, de l’Afsca, du Boerenbond et l’accord des politiques, des éleveurs passionnés qui proposaient des produits sains et de qualité en Gaume.

Le comble dans ce dossier, c’est que ces « éleveurs victimes » sont précisément ceux qui se plaignent de la prolifération et de l’expansion des sangliers bien nourris aux fins de chasse…

Ce modèle schizophrène, d’un autre âge, doit être revu à la lumière de cette enième crise, après celles de la dioxine, de l’ESB, du fipronil, de la viande de cheval, de Véviba… On ne peut que regretter que ce sont souvent les paysans « résistants » autonomes, les exemples à suivre, qui en paient le prix fort. M. Ducarme a brandi le principe de précaution pour abattre ces 4000 porcs sains, ce qui ne peut qu’étonner quand on compte le nombre de dossiers où il aurait eu toute sa pertinence mais pour lesquels on n’y a pas eu recours (les néonicotinoïdes par exemple).

Une autre Politique Agricole Alimentaire « Commune » européenne (PAAC) doit voir le jour, après 2020, pour réorienter les pratiques et il est donc grand temps que nos décideurs belges et régionaux comprennent qu’il faut fermer le tome de l’agriculture industrielle pour résoudre les défis sociaux (jeunes agriculteurs), environnementaux (climat, biodiversité) et sociétaux de #Demain.

Quelle « agriculture » voulons-nous ?

La fonction première de l’agriculture est la production de denrées alimentaires paysannes et transformées si possible artisanalement et cela, en quantité et qualité suffisantes.
Cette qualité est à la fois gustative, sanitaire (sans résidu de pesticides) et bactériologique (sans bactérie tueuse promue par l’artificialisation des procédés mais avec des bactéries provenant du « cru » vivant).
Cette qualité organoleptique dépend avant tout des méthodes et des moyens de production mis en oeuvre sur la ferme et dans les ateliers de transformation.

La qualité des produits doit être identifiable, reconnue et traçable (même si cela ne garantit pas un mode de production écologique). Cela assure le respect du consomm’acteur et la reconnaissance du producteur/transformateur dont les noms et adresses doivent être indiqués sur l’emballage recyclable.

Le travail paysan avec et pour la Nature

Cette agriculture durable voire agroécologie garantit aux générations futures un environnement naturel et viable, la préservation des ressources naturelles, le stockage du carbone, des émissions faibles et l’entretien des espaces naturels et semi-naturels qui permettent à la diversité biologique indigène de vivre en harmonie avec son territoire.

Ce rôle Agri-Nature pourrait être qualifié de second rôle joué par l’agriculture moderne paysanne.

L’agriculture fait partie de l’économie sociale.

L’agriculture est un secteur économique prépondérant et essentiel dans nos campagnes, mais aussi, depuis peu, dans nos villes en transition. Etre paysan, ce n’est pas seulement avoir une fonction économique ou environnementale, c’est aussi être un acteur socialisant. L’agriculture paysanne solidaire, en garantissant un nourriture saine et accessible, participe pleinement au développement local d’une ville, d’une région, d’une ceinture alimentaire, d’un versant, d’un territoire...

Ce rôle permet de réapprendre des techniques, de réapprendre ce qui relève du commun (terres collectives) et aussi de réapprendre la provenance des aliments en ville mais aussi en zone rurale, lesquelles se réduisent trop souvent aujourd’hui à des « dortoirs ». Il s’agit de redonner tout son sens au mot « pays »ans. Cette troisième fonction, sociale, de l’agriculture n’est pas à négliger commer ce fut le cas pendant de nombreuses décennies.

Un défi politique important pour marquer le coup vers le type d’agriculture promu dans le cadre de la présente analyse est d’influer de manière la plus convaincante possible sur le projet de réforme de la PAC (Politique agricole commune) pour la période 2020 – 2027, sujet que nous avons développé dans ce communiqué en plateforme associative.

Bibliographie :

Peste Porcine Africaine

Modèle agricole de #Demain


[1(voir communiqué de presse IEW-Lionel Delvaux « Peste porcine africaine : quand les responsables se font passer pour les victimes ! »



 
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