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De la nécessité de bien comprendre l’interdiction du désherbage chimique…
Valérie Xhonneux  •  11 septembre 2014  •  Polluants chimiques  •  Santé environnement

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Ca y est, c’est officiel : depuis ce premier septembre, le désherbage chimique des trottoirs et allées de garages reliés à un égout, c’est fini ! Si les motivations de l’interdiction sont assez claires (quoi que…), sa mise en application l’est un peu moins…

Petit rappel de ce qui a motivé l’évolution de la législation. Le ruissellement des pesticides dans les eaux de surface, amplifié par une pulvérisation à proximité des filets d’eau, a un impact indiscutable sur la qualité biologique de nos cours d’eaux. Par ailleurs, leur entrée dans l’environnement entraine potentiellement la contamination de la chaine alimentaire, nous exposant à leurs effets délétères. Enfin, l’utilisation des pesticides est associée à une exposition directe des personnes qui appliquent ces produits, et ce d’autant plus que les règles de « bonne utilisation » ne sont pas respectées (et notamment les mesures de protection comme les gants, le masque et des vêtements couvrants) [1].

Revenons sur ce que précise la législation (extraits de la brochure « Les nouvelles dispositions règlementaires en matière de gestion des espaces verts publics d’application à partir du 1er juin 2014" du SPW) :

« Les mesures suivantes s’appliquent, tant aux particuliers, qu’aux agriculteurs, mais aussi aux gestionnaires d’espaces publics :
• respect d’une zone tampon (non traitée) dans les cas suivants (à partir du 1er septembre 2014) :
1. le long des eaux de surface sur une largeur minimale de six mètres à partir de la crête de berge et ne pouvant être inférieure à celle définie dans l’acte d’agréation de chaque pesticide en vertu de l’arrêté royal du 28 février 1994 relatif à la mise sur le marché, la conservation et l’utilisation des pesticides à usage agricole ;
2. le long des terrains revêtus non cultivables (TRNC) reliés à un réseau de collecte des eaux pluviales, sur une largeur d’un mètre ;
3. en amont des terrains meubles non cultivés en permanence sujets au ruissellement en raison d’une pente supérieure ou égale à 10 % et qui sont contigus à un terrain revêtu non cultivable relié à un réseau de collecte des eaux pluviales, sur une largeur d’un mètre à partir de la rupture de pente ;
[…]
 »

Là comme ça, ça n’a pas l’air très compliqué. Et pourtant, les récents reportages réalisés sur cette nouvelle législation illustrent bien la nécessité de renforcer la communication sur le « pourquoi et le comment »….

Premier exemple : dans le journal télévisé de la RTBF, on voit un professionnel expliquer la législation en s’arrêtant consciencieusement de pulvériser un herbicide à un mètre du filet d’eau. Il n’est pas sauvé le filet d’eau : c’est à un mètre de la surface connectée qu’il faut s’arrêter (soit à un mètre du début du trottoir) ! Si même un professionnel se trompe, c’est bien que la loi [2] est plus compliquée qu’il n’y parait...

Autre exemple, à la fin du même reportage : un particulier pulvérise son trottoir à l’eau de javel. Une fois encore, il n’est pas sauvé le filet d’eau : l’eau de javel est également toxique pour l’environnement et la santé de l’applicateur, et une fois dans l’environnement elle peut également pénétrer dans la chaine alimentaire (voir à ce sujet la fiche conseil 107 d’écoconso « Pourquoi et comment se passer d’eau de Javel ? »). Et que dire des commentaires sur le site de rtl info, où un internaute dit qu’il pulvérise du vinaigre et du sel, ou pire, qu’il utilise de l’essence … !!! Un gros effort d’information est donc également nécessaire sur comment substituer les herbicides par des produits/techniques/aménagements qui ne font pas pire que mieux.

Deuxième reportage : celui du journal télévisé de RTL. Pas une bêtise, que du contraire, c’est plutôt le bon sens qui s’exprime ici : le particulier interviewé ne comprend pas que les herbicides soient interdits sur les trottoirs et pas dans les jardins, alors que « la nappe phréatique est toujours là ». Ce n’est pas tant ici le comment mais le pourquoi de l’interdiction qui nécessite une meilleure diffusion. L’interdiction d’application des herbicides sur les surfaces connectées au filet d’eau vise à réduire la contamination des eaux de surface, très vulnérables aux effets de ces substances, par le ruissellement. Il ne s’agit pas ici de réduire la contamination globale de l’environnement par les pesticides (ce qui pourtant aurait bien du sens – et qui entrainerait alors une interdiction d’utilisation des herbicides au jardin aussi…). En effet, seules certaines familles de pesticides sont lessivées dans les sols et peuvent ainsi atteindre et contaminer les nappes phréatiques. En général, les pesticides se dégradent progressivement dans les sols même si les produits de leur dégradation peuvent à leur tour être lessivé et contaminer les nappes.

Autre point soulevé : l’accès persistant à ces substances en magasin. Si elle n’est pas citée dans le reportage, il faut souligner les progrès réalisés grâce à la scission des agréations, qui limite la gamme de produits accessibles aux particuliers et impose des exigences quant au conditionnement des produits qui leur sont destinés. Mais il n’empêche : l’accès à ces produits pour les particuliers reste questionnable – et doit d’autant plus être remis en cause que la France vise une interdiction d’utilisation des pesticides par les particuliers à l’horizon 2022 ainsi qu’une interdiction de mise sur le marché de produits phytosanitaires à usage non professionnel [3].

Dernière illustration : un article paru sur l’avenir.net le 28 août, relate les débats animés d’un conseil communal de la ville de Villers-le-Bouillet, suite à l’entrée en vigueur de la phase transitoire qui amènera les communes à un « zéro pesticide » d’ici 2019. On peut y lire les déclarations d’un conseiller communal, membre de la majorité Ensemble : « Personnellement, j’entretiens régulièrement mon trottoir à l’aide de produits et je l’annonce d’ores et déjà, je continuerai à le faire de cette façon ! Pas question pour moi de changer. ». Décidément, il n’est pas sauvé le filet d’eau : si même les élus ne respectent pas la législation sur leur trottoir, où va-t-on ? Législation qui ne tombe pas du ciel, soit dit en passant : la directive « pesticides », qui impulse cette démarche globale de réduction d’utilisation des pesticides, a bien été négociée avec les Etats-membres et votée par le Parlement Européen. Sa transcription en décret wallon a été soumise au vote du Parlement wallon [4]. Enfin bref, elle a été lue et relue par les élus des différents niveaux de pouvoir concernés. Et il est bien dommage (ou plutôt : complètement anormal) qu’un élu annonce, de manière éhontée, qu’il ne respectera pas la loi. Il est question ici de protection de l’environnement et, à travers elle, de protection de la santé des citoyens. S’agit-il d’objectifs si anodins que pour balayer d’un revers de la main une législation qui vise à les atteindre ?

On le voit, l’effort de communication à venir est conséquent. Il ne s’agira pas uniquement de signaler l’interdiction prévue par la nouvelle législation, mais aussi et surtout de mettre en avant les alternatives qui existent et sont à disposition des particuliers pour désherber les trottoirs. Et, de manière générale, de faire émerger un nouveau regard collectif sur ces visiteurs de nos jardins, animaux et végétaux. Pour que d’intrus indésirables, ils redeviennent membres à part entière de ces écosystèmes. Un peu de tolérance dans nos regards nous permettrait probablement aussi de (re)découvrir les vertus dont ils se parent…


[1D’autres diront que si les mesures de protection sont respectées il n’y a pas d’exposition… je vous laisse trancher.

[2Ndlr : bien que la question ne soit pas couverte par la législation wallonne, le respect des mesures de protection de l’applicateur posent question : où sont donc passés ses gants ? Et un vêtement qui couvre les jambes ? S’il respecte aussi bien les mesures visant à la protection de sa santé, qu’en est-il de son respect des mesures de protection de l’environnement ? Mais heureusement, la mise en œuvre de la phytolicence permettra, par le biais de la formation continue, de corriger progressivement ces petits couacs.

[3ici et ici

[443 membres ayant voté favorablement, 16 s’étant abstenus…



 
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