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Derrière le masque anti-éolien (c’est pô beau !)
La Pastèque  •  26 février 2015  •  Energie éolienne

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« Comme on connaît ses saints, on les honore  » répétaient souvent ma grand-mère Marie et Lolo Ferrari (laquelle avait de graves lacunes en orthographe).

« Comme on connaît ses saints, on les honore » : la formule surgit instantanément de mes souvenirs d’enfance lorsque je découvris la signature figurant sous un article titré « Un de moins… Le chaud lapin du réchauffement, R. Pachauri, président du GIEC, passe à la trappe » dont je vous partage quelques morceaux choisis :

« (...) Le GIEC est ce groupe d’alarmistes professionnels qui annonce la fin de la planète depuis plus d’une décennie, avec l’aide d’Al Gore, ancien Vice-President des USA. Ce dernier fait aujourd’hui son beurre dans l’alarmisme climatique (avec 4 voitures 4×4 au garage et un avion sur le tarmac). Ils ont eu le prix Nobel, ce qui a tout à fait démonétisé ce prix, devenu politique. R. Pachauri est un drôle de coco. C’est un citoyen indien, très agressif, qui a pour tout diplôme celui d’ingénieur des chemins de fer. C’est parfait pour parler du climat ! (...)

Son Energy & Resources Institute (TERI) est consulté par des entreprises dans le monde entier pour savoir comment se comporter dans un monde où l’écologie politique cherche à nous faire sortir de « l’économie carbonée », le CO2 étant présenté comme l’ennemi de l’humanité, alors que ce gaz est essentiel à la croissance des plantes et est indispensable à la planète. (...)

Nous allons donc bientôt voir notre champion belge du réchauffement climatique, J.P. van Ypersele, devenir calife à la place du calife. Il va probablement pérorer enfin au niveau mondial et plus seulement dans les émissions de la RTBF concédées à Ecolo toute l’année. Quelle chance pour l’humanité ! » [1]

Derrière cette prose toute en nuances, s’affichait un nom (trop !) bien connu : Luc Rivet, le Don Quichotte anti-éolien, le vibrionnant et vitupérant porte-parole de l’asbl Vent de Raison.

Cet opposant dogmatique aux éoliennes s’affirme donc en climato-sceptique décomplexé. Mais c’est loin d’être la seule révélation sur le pedigree de l’individu : le média dans lequel il s’exprime en dit également très long sur son profil idéologique. Il s’agit en effet du « Peuple », le « quotidien belge de combat pour nos valeurs » lancé en 2013 par Mischaël Modrikamen pour véhiculer sur le net les idées très droitières de son Parti Populaire… au mépris de l’histoire d’un titre né au milieu du 19ème siècle du mouvement syndical socialiste. Luc Rivet assure depuis septembre 2014 la rédaction en chef de ce « Peuple » contre-nature. Cherry on the cake, il est également devenu il y a quelques mois directeur de la communication du PP et siège au sein de son bureau politique.

Chacun est libre de ses convictions et de militer là où il les retrouve ; si Monsieur Rivet se sent en accord avec lui-même au sein du Parti Populaire, grand bien lui fasse. Ses choix doivent être respectés mais on ne peut cependant faire fi de ce qu’ils nous disent des valeurs animant l’individu. Et « comme on connaît ses saints, on les honore »…

Les positions climato-sceptiques du bonhomme ne constituent pas à proprement parler une surprise tant elles transpiraient parfois de ses déclarations. Leur affirmation sans ambages éclaire néanmoins d’un jour nouveau sa croisade anti-éoliennes. « (…) le CO2 étant présenté comme l’ennemi de l’humanité, alors que ce gaz est essentiel à la croissance des plantes et est indispensable à la planète » : vues sous cet angle, évidemment, les énergies renouvelables dans leur ensemble n’ont que peu d’intérêt… Un esprit retors pourrait même aller jusqu’à les considérer préjudiciables à la planète ! Blague à part, on se trouve là face à un nouvel exemple de la mauvaise foi crasse que le personnage manie avec brio.

L’essentiel se situe toutefois ailleurs : à l’instar du fond de commerce idéologique du PP, le combat anti-éolien porté par Luc Rivet se fonde entièrement sur la primauté absolue de l’intérêt individuel. Il reconnaît d’ailleurs sans difficulté la réaction égoïste à l’origine de son engagement : « Il y avait un projet éolien dans ma commune. À mes yeux, ces machines représentaient un véritable coup de poing dans mon environnement. Une éolienne, c’est une fois et demi la hauteur de l’Atomium. Faut arrêter de rigoler ! » [2] Et c’est ce même réflexe Nimby que Vent de Raison active pour faire monter l’opposition à tout projet : « On démarre sur la perte de valeur de leur maison si on met une éolienne. Et puis quand les gens se sentent concernés, on passe à des arguments plus scientifiques. » [3] Des arguments sanitaires, techniques ou environnementaux qui font office de cache-sexes dissimulant mal les égoïsmes en action.

Le discours populiste sur le coût de l’éolien et « l’argent public offert aux promoteurs » s’inscrit dans le même courant de pensée.

Pour Vent de Raison, « Eoliennes = la ruine de la Wallonie » [4] ; pour le Parti Populaire, « Plus que du vent, ce sont désormais des milliards d’euros qu’elles (les éoliennes) brassent au profit de quelques oligarques à la fortune rapide et largement subventionnée. » [5]
L’un et l’autre surfent sur le sentiment le mieux partagé au sein de la population : la haine de l’impôt – au cœur, avec l’immigration et l’insécurité, du slogan du PP qui entend « mettre les points sur les (ces) i » – et son corolaire poujadiste, le gaspillage des deniers publics.
Mais ces chevaliers blancs si prompts à dénoncer les subsides accordés aux renouvelables en général et à l’éolien en particulier ne pipent mots des montants astronomiques alloués depuis des décennies au secteur nucléaire… De même, ils taisent soigneusement le coût pour le budget de l’Etat – et donc, in fine, pour les contribuables dont ils prétendent défendre le portefeuille – du maintien en activités des centrales actuelles et de la construction du (des) nouveau(x) réacteur(s) qu’ils appellent de leurs vœux. Cette indignation très sélective à de quoi surprendre et interpeller quant aux intérêts qu’elle sert. Le parti comme l’homme semblent aussi dévoués aux intérêts de l’atome qu’opposés à ceux de l’éolien…

« Comme on connaît ses saints on les honore. » Climato-sceptique, pro-nucléaire, individualiste, populiste, poujadiste, sécuritaire, ultralibéral… : ce que je découvre des engagements de sa figure de proue m’incite à dénoncer plus que jamais le combat de Vent de Raison. D’autant que les positions de l’homme apparaissent très largement partagées par l’association. Si certains projets éoliens méritent peut-être et même sans doute qu’on les combatte, il faudrait éviter de discréditer ces combats en les accolant aux idées et « valeurs » rancies qui animent le lobby aveugle des opposants par principe.

Ah, oui, j’allais oublier : alors que la presse annonce que l’homme « restera malgré tout pleinement impliqué en tant que militant et porte-parole du collectif anti-éolien Vent de Raison » [6], Vent de Raison « fait savoir que Luc Rivet, un de ses fondateurs et collaborateur actif, a pris la décision de contribuer à la vie d’un parti politique en apportant à celui-ci ses talents de communicateur. Puisque la plateforme se doit d’être libre de tout lien avec les partis politiques, Luc s’est déchargé de sa responsabilité de porte-parole de Vent de Raison. » [7] Va comprendre, Charles ! Mais qu’il passe dans l’ombre ou reste dans la lumière n’a somme toute que peu d’importance : le masque est tombé.


[4Un des slogans affichés massivement par l’association à l’occasion de l’enquête publique sur la Plan éolien wallon.



 
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