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En mobilité aussi, l’offre crée la demande !
Juliette Walckiers  •  25 septembre 2014  •  Mobilité

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C’est une pratique largement utilisée et développée par les services marketings, publicitaires et commerciaux : créer un nouveau produit pour susciter la demande. Et souvent, si l’on respecte quelques principes de base, ça marche ! Pensez au smartphone qui est dans votre poche : avant que cette petite merveille technologique n’arrive sur le marché, vous étiez très satisfaits de votre gsm, n’est-ce pas ? Un parallèle intéressant peut être fait au niveau de la mobilité.

Offrez plus d’espaces à la voiture, et vous aurez plus de voitures. C’est maintenant connu et reconnu par les bureaux d’étude généralement sous l’appelation « effet d’appel » : en élargissant les infrastructures routières, comme le ring par exemple, vous ne réduisez pas la congestion. Vous attirez simplement plus de voitures qui viendront à termes saturer votre nouvelle infrastructure routière. La logique est identique au niveau du stationnement. Effectivement, la probabilité de trouver aisément un espace de stationnement à destination influence fortement le choix de s’y rendre ou non en voiture. Plus vous proposez du stationnement, plus vous aurez des voitures. Et le parc automobile ne cesse de croître…

Bien entendu, une politique coercitive vis-vis de l’utilisation de la voiture individuelle, ne peut se faire que progressivement, en développant en parallèle les alternatives. Et ce qui est intéressant de souligner ici, c’est que la logique « l’offre crée la demande » existe aussi pour les alternatives. Il faut bien entendu une offre attractive. En Wallonie, un saut qualitatif important dans l’offre des mobilités alternatives à la voiture est nécessaire pour créer une nouvelle demande, celle du report modal.

Rien de tel qu’un petit exemple suisse [1], pour illustrer le principe.

Au nord-ouest de la Suisse, se trouve la République et Canton du Jura (RCJU) qui peut être décrite comme une région plutôt rurale ne connaissant pas de pôle urbain majeur, sinon la zone d’influence de la ville de Delémont comprenant quelques 25 000 habitants. La RCJU connaît une densité de population relativement faible avec des villes petites et moyennes qui font qu’on peut s’y déplacer facilement à pied, mais aussi en voiture. Malgré un contexte peu favorable aux transports en commun (peu de problème de circulation, offre de stationnement importante), les autorités organisatrices du transport de la RCJU ont pris le parti de développer les transports publics en travaillant sur l’offre. « Pour déclencher un changement de comportement dans l’utilisation des transports, nous avons estimé qu’il fallait proposer une offre de TP attractive pour la population  » [2]. Ils se sont attelés à changer la perception des transports publics, d’une part en choisissant un matériel roulant ultra-moderne et confortable, et d’autre part en travaillant sur les amplitudes de services. Sur la Région de l’Ajoie, un système de bus en semaine ne fonctionnait qu’aux heures de pointes. « Tôt le matin, à midi et en fin d’après-midi, ces bus articulés transportaient une ribambelle d’écoliers. Le reste du temps, ils dormaient au dépôt et étaient substitués par le bus sur appel Publicar. […]. Nous avons fait le pari de supprimer le Publicar et de réintroduire une offre régulière. C’était un pari à la fois politique et financier ». Résultats ? Avec l’introduction du nouvel horaire (en décembre 2011), l’offre a connu une nette progression, de 495 000 km produits annuellement à 770 000, soit +55%. L’amélioration de l’offre a séduit la clientèle, puisque la demande a augmenté dans des proportions équivalentes, de 2.5 à 4 millions de voyageurs.km, soit +60%.

Ils ont aussi développé un réseau de transport de nuit à l’échelle du canton, le Noctambus, avec 13 lignes de bus qui circulent la nuit de façon cadencée avec des correspondances entre les lignes. « On a tendance à l’oublier : souvent, c’est l’exceptionnel qui détermine l’habituel. Si un jeune a besoin de la voiture une fois par semaine pour sortir en soirée, il y a de fortes de chances qu’il fasse l’acquisition d’un véhicule pour satisfaire ce besoin. A partir du moment où la voiture est garée devant chez lui, il est très probable qu’il l’utilise pour tous ses déplacements, aussi en journée. Alors même qu’il pourrait très bien prendre le bus ou le train… » [3].

Nous invitons donc nos responsables politiques à réfléchir à quelle demande ils souhaitent susciter, celle des déplacements automobiles ou celle des transports en commun ? Et sur cette base, décider de l’affectation des budgets en politique de mobilité.


[1Suite à une rencontre personnelle en août 2014 avec David Asséo, délégué aux transports du canton du Jura, et complété à partir d’une interview publiée dans la revue suisse ATE Magazine de septembre 2014

[2David Asséo, in ATE Magazine, rubrique Perspectives « L’exceptionnel détermine l’habituel »

[3David Asséo, in ATE Magazine, rubrique Perspectives « L’exceptionnel détermine l’habituel »



 
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