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Energie : la suédoise chipote…
Cécile de Schoutheete  •  11 septembre 2014  •  Electricité  •  Nucléaire  •  Efficacité énergétique

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La menace d’une pénurie d’électricité cet hiver s’impose ces dernières semaines en haut des agendas politiques et médiatiques. Alors que le gouvernement sortant communiquait la semaine dernière son plan de délestage, c’est au tour des négociateurs de la future coalition fédérale d’annoncer leur « solution » : une prolongation des réacteurs de Doel 1 et Doel 2 qui devaient fermer en 2015. Une mauvaise solution à bien des égards.
Tout d’abord, il est utile de rappeler que les difficultés que connait actuellement la Belgique en matière de sécurité d’approvisionnement sont dues en premier lieu à des arrêts imprévus… de réacteurs nucléaires. On a tout d’abord appris que les unités de Doel 3 et Tihange 2, mises à l’arrêt suite à la présence de milliers de microfissures dans leurs cuves, pourraient ne jamais redémarrer et ne seraient en tout cas pas opérationnelles cet hiver. Il y eut ensuite la découverte d’une « perte d’huile de la turbine à vapeur dans sa partie non nucléaire » consécutive à une « intervention manuelle volontaire sur la vanne de décharge du réservoir d’huile » qui imposa de stopper l’activité de Doel 4. Prolonger des réacteurs qui figurent déjà parmi les plus vieux au monde, c’est maintenir notre dépendance envers de grosses unités de production qui ont déjà montré leur vulnérabilité et les risques qu’elles font peser sur la sécurité d’approvisionnement.

Par ailleurs, il ne sera pas possible de simplement maintenir en activité plus longtemps Doel 1 et Doel 2. Les réacteurs devront s’arrêter à la date prévue. La quantité de combustible dans leur cœur a été calculée pour s’épuiser à ce moment-là. Or, d’après l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire, il faut un délai de un à deux ans pour commander de nouvelles barres de combustibles. Electrabel devra également obtenir une nouvelle autorisation de production et réaliser pour ce faire d’importants travaux de rénovation. Si Electrabel accepte de réaliser ces coûteux investissements (600 millions d’euros pour la prolongation de Tihange 1), ceux-ci dureront sûrement quelques mois. Pas sûr donc que Doel 1 et Doel 2 pourront à nouveau fournir de l’électricité sur le réseau avant 2017. Leur prolongation n’apporte donc aucune solution au risque de pénurie d’électricité qui se pose à court terme. Or la situation devrait déjà se détendre à partir de la mi-2016 grâce à 1000 MW de capacité d’interconnexion supplémentaire à la frontière nord, soit plus que la puissance de Doel 1 et 2 réunis. [1]

A plus long terme, la prolongation de Doel 1 et 2 compliquerait même la situation. Explications. La fermeture soudaine de trois réacteurs nucléaires est venue exacerber une situation déjà délicate. Paradoxalement, la difficulté provient d’une surcapacité d’unités produisant de l’électricité à bas prix. Plusieurs causes de combinent : l’essor des renouvelables, une abondance de charbon bon marché suite au développement du gaz de schiste aux Etats-Unis, un marché du carbone moribond qui ne permet pas de rendre les centrales au gaz compétitives face au centrales au charbon plus polluantes, le maintien de centrales nucléaire amorties. Cette surcapacité tire les prix de l’électricité vers le bas et diminue sensiblement le nombre d’heures de fonctionnement des centrales traditionnelles au gaz, compromettant leur rentabilité. Plusieurs d’entre elles ont déjà fermé ou ont annoncé leur fermeture prochaine. Or ces centrales flexibles sont nécessaires pour couvrir les pics de consommation. Dans ce contexte, les nouveaux investissements ne sont eux non plus pas rentables sans soutien public, et ce, quelle que soit la technologie. Si les pays voisins sont également concernés par ces évolutions, la Belgique est particulièrement vulnérable. L’absence de politique énergétique claire et les tergiversations sur la sortie ou non du nucléaire ces dix dernières années ont découragé il y a déjà longtemps les investisseurs chez nous alors que les Pays-Bas ou l’Allemagne voyait encore récemment de nouveaux projets sortir de terre. L’électricité renouvelable et le nucléaire/charbon ne sont pas compatibles : tant pour l’occupation du réseau que pour le modèle de marché. La fermeture progressive des centrales nucléaires et au charbon, alliée à une réforme du marché du carbone, permettra à terme d’augmenter le nombre d’heures de fonctionnement des centrales au gaz flexibles et de rétablir leur rentabilité. Nous sommes dans une période de transition délicate entre un ancien système électrique basé sur le nucléaire/charbon et un nouveau système construit autour des renouvelables. L’évolution est déjà en marche mais les acteurs de marché ont besoin d’une politique énergétique claire pour continuer. C’est tout le contraire du nouveau remaniement du calendrier de sortie du nucléaire annoncé par la Suédoise qui, de ce fait, constitue plutôt un recul regrettable.




 
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