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Inondations et coulées de boue : à la croisée des chemins de l’agriculture et de l’aménagement du territoire
Audrey Mathieu  •  14 juin 2018  •  Aménagement du territoire  •  Agriculture

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Les orages et les pluies intenses que nous venons de connaître ces derniers jours et les dernières semaines nous rappellent, une fois de plus, combien nous sommes vulnérables face aux éléments naturels qui se déchaînent. Faute de changement radical dans nos comportements et nos idéaux, le dérèglement climatique continue inexorablement sa course tel le Titanic lancé à toute allure sur un iceberg. Si nous ne pouvons changer le cap, nous pourrions à tout le moins faire preuve de plus de résilience pour en supporter les conséquences. Nous ne pouvons en effet empêcher les tempêtes, orages ou autres pluies torrentielles, mais nous pouvons encore en atténuer les conséquences. Une petite analyse pour rappeler le lien étroit entre l’aménagement du territoire, notre mode d’agriculture, et notre capacité à surmonter une des conséquences de ce dérèglement climatique, ce n’est jamais inutile.

Artificialisation des sols

La surface de terrains artificialisés représente plus de 10,4% du territoire wallon. Cette artificialisation, en progression constante (+ 39,3% depuis 30 ans, soit 16,5 km²/an), s’opère notamment au détriment des terres agricoles avec, d’après des chiffres issus du cadastre, une perte de 547 km² entre 1985 et 2015 (correspondant à une perte de 5,9% en 30 ans), soit une perte annuelle de 18 km². Depuis 1985, l’artificialisation du territoire résulte essentiellement de l’expansion du résidentiel, dont la superficie est passée de 723 km² à 1060 km² (soit une augmentation de 46,6%). Ces statistiques, issues du Rapport sur l’Etat de l’Environnement wallon publié en 2017 par le Service Public de Wallonie, montre à quel point les terres non artificialisées, et particulièrement les terres agricoles, sont mises sous pression par l’urbanisation. Qu’il s’agisse de constructions de nouveaux logements, d’implantations de zonings d’activités économiques, ou encore de mises en œuvre de contournements routiers, il est évident que cette artificialisation a un impact considérable sur les sols et les fonctions écosystémiques qu’ils remplissent : rôle déterminant dans la production de denrées alimentaires et de matériaux renouvelables comme le bois de construction, habitats qui entretiennent la diversité biologique, tant souterraine que terrestre, filtration de l’eau et régulation du débit des eaux qui alimentent les aquifères, élimination des contaminants et réduction de la fréquence et du risque d’inondations et de sécheresse, régulation du microclimat dans les environnements urbains denses, en particulier lorsqu’ils sont recouverts de végétation, et enfin, fonctions esthétiques par l’intermédiaire du paysage [1].

Un mode d’exploitation agricole non durable

L’artificialisation des sols ne concerne pas uniquement la bétonisation. L’agriculture conventionnelle, par ses pratiques, modifie également fortement la composition organique du sol et par conséquent, les fonctions précitées de celui-ci, particulièrement concernant son rôle de filtration des eaux et de régulation du débit des eaux qui alimentent les aquifères. Eliminer l’utilisation de pesticides et fongicides pour restaurer le sol en matière organique, pratiquer l’alternance des cultures au sein d’une même parcelle ou encore aménager les bordures des champs avec des haies ou des fossés naturels sont autant de solution à mettre en œuvre pour limiter l’érosion des sols et le ruissellement.

Les inondations et les coulées de boue ne sont donc pas une fatalité et il est temps maintenant que les comportements et les pratiques évoluent, tant au niveau agricole qu’en termes d’aménagement du territoire. Un travail de lobby et de sensibilisation que la Fédération a entamé depuis de nombreuses années et qui s’est notamment matérialisé il y a quelques semaines avec la sortie de son dernier numéro des Lettres des CCATM consacré à l’agriculture durable.

Crédit photo : ©GISER, la Cellule GISER et les universités de Louvain (UCL) et Liège (Gembloux ABT) forment un pôle de recherche et d’information technique sur l’érosion des terres agricoles en Région wallonne. http://www.giser.be/

Illustration d’un dispositif pour ralentir les flux et diminuer les vitesses érosives.


[1Extrait d’un document de travail des services de la Commission européenne intitulé « Lignes directrices concernant les meilleures pratiques pour limiter, atténuer ou compenser l’imperméabilisation des sols », 2012.



 
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