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Journée mondiale de l’eau : un enjeu présent et (surtout) futur
Fil d’infos  •  22 mars 2015

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Ce 22 mars marque, au calendrier de l’ONU, la "Journée mondiale de l’eau". L’occasion de rappeler - une fois de plus.... - quelques chiffres que l’on désespère de voir régresser significativement : 748 millions de personnes dans le monde, dont 90% vivent en Asie et au sud du Sahara, n’ont pas d’accès à l’eau potable ; chaque jour, environ 1000 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies liées à une contamination de l’eau, un manque de sanitaires ou une mauvaise hygiène.

Ces chiffres ne disent toutefois rien des sécheresses qui frappent de plus en plus durement un nombre croissants de pays ni de la raréfaction d’une ressource essentielle que l’on gaspille avec un aveuglement suicidaire. Ainsi, selon le rapport annuel que l’ONU publie annuellement pour cette Journée mondiale, nous nous dirigeons vers une grave pénurie d’eau d’ici 2030 si nous ne changeons notre façon de l’utiliser et de la partager.

La RTBF a décrypté cet enjeu avec Jean-Michel Decroly, professeur à l’ULB et spécialiste de la géopolitique de l’eau. Un entretien qui permet de préciser et nuancer les problèmes auxquels nous risquons d’être confrontés et de mieux comprendre la nature des réponses à y apporter.

RTBF : Dans son rapport, l’ONU souligne ce risque de grande pénurie d’ici 2030. Cette prévision, elle est plausible selon vous ?

Jean-Michel Decroly : Parler de pénurie globale d’eau à l’horizon 2030 ou 2050, c’est un peu difficile à accepter tel quel. Mais en revanche, considérer qu’il y aura dans plusieurs régions du monde des situations de pénurie ou de stress hydrique [lorsque la demande en eau dépasse les ressources disponibles] qui seront marquées, c’est incontestable. En effet, on est dans un contexte ou d’une part, il y a une croissance des prélèvements en eau pour les différents usages sociaux et économiques. Cette croissance résulte à la fois de la croissance démographique et de la croissance de la consommation d’eau par habitant. Et d’autre part, dans des régions qui sont déjà en stress hydrique, les changements climatiques vont provoquer une réduction des précipitations et donc une réduction de la ressource renouvelable en eau douce.

L’ONU pointe aussi dans son rapport les conséquences de l’amélioration de l’accès à l’eau. En quelque sorte, la lutte contre la pauvreté s’accompagne d’une surexploitation de l’eau. Vous en pensez quoi ?

Jean-Michel Decroly : Il y a deux choses à distinguer : tout d’abord, la question qui a trait à l’agriculture. La lutte contre la pauvreté conduit à rendre plus facilement accessible l’eau à usage agricole pour l’irrigation, ce qui permet d’augmenter les rendements. Cela permet aussi de nourrir plus facilement les gens mais cela comporte effectivement un stress hydrique significatif.

Un autre aspect, c’est la question de l’approvisionnement des ménages. Cela représente 10 % à l’échelle mondiale. Il faut donc souhaiter que cet approvisionnement en eau potable continue à s’améliorer, que l’on réduise la fracture sociale de l’accès à l’eau. 770 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à une eau de qualité. Donc en fait, dire qu’une amélioration de l’accès à l’eau et une réduction de la pauvreté vont peser sur l’accès général à l’eau et accroître la pression sur les ressources en eau, ce n’est pas très pertinent.

Le réchauffement climatique jouera aussi un rôle dans cette éventuelle pénurie ?

Jean-Michel Decroly : Oui ! Les modèles relatifs aux changement climatiques pointent d’une part une évolution dans les précipitations. Ce que l’on prévoit, c’est que dans certaines régions du monde, notamment les latitudes tempérées, les précipitations risquent d’augmenter. Dans d’autres, elles vont diminuer. Les régions concernées, ce sont les régions tropicales, des zones où les précipitations sont assez faibles comme dans le monde arabo-musulman. La diminution des précipitations va provoquer un accroissement du stress hydrique. Du coup, dans plusieurs régions, l’eau va devenir un bien de plus en plus rare.

L’autre aspect, c’est le fait qu’avec l’élévation du niveau marin, il va y avoir des zones côtières qui vont être confrontées à une montée des eaux marines. Et cette montée est problématique parce qu’elle va entraîner une salinisation accrue des nappes phréatiques qui se trouvent sur les littoraux ou dans les arrières pays proches des mers, ce qui va réduire les possibilités de prélèvements.

L’ONU dit aussi dans son rapport que cette pénurie d’eau risque aussi de renforcer les tensions dans le monde.

Jean-Michel Decroly : Il y a des avis très contradictoires à ce sujet. Là où l’eau est peu abondante, elle doit être partagée entre plusieurs types d’usagers ou d’états, notamment dans le cadre des grands fleuves transnationaux comme le Nil ou le Tigre et l’Euphrate. Là, la situation de pénurie peut provoquer des tensions et cela pourrait eventuellement déboucher sur des conflits. Jusqu’à présent, il n’y a pas encore eu de guerres ouvertes autour de l’eau, mais il y a déjà eu des tensions très vives entre la Syrie, la Turquie et l’Irak, à propos du partage des eaux du Trigre et l’Euphrate et récemment, des tensions vives entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethyopie concernant le partage du Nil.

Et en ce qui concerne les conséquences en cascade de situation de sécheresse par exemple ? L’ONU fait un lien direct entre la sécheresse en Russie et les printemps arabes.

Jean-Michel Decroly : Dans le contexte d’une économie mondialisée comme la nôtre, une sécheresse en Russie qui provoque une réduction de la production céréalière russe et qui se répercute sur le prix des céréales au niveau mondial peut avoir des répercussions sur les coûts alimentaires au Moyen-Orient et provoquer une déstabilisation des états en question. Surtout si ce sont des états qui sont dans une situation de dépendance alimentaire.

Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour mieux gérer l’eau ?

Jean-Michel Decroly : Il y a deux aspects, l’un technique et l’autre lié à la gouvernance. En ce qui concerne l’aspect technique, le principal usage de l’eau aujourd’hui est un usage agricole et donc lié à l’irrigation. Et donc il faudrait améliorer ces techniques d’irrigation, c’est à dire passer d’une irrigation par nappes, où l’on ouvre les vannes d’un canal d’irrigation pour couvrir le champ d’eau, à des sytèmes plus coûteux, plus difficiles à mettre en œuvre, qui sont des systèmes d’irrigation goutte à goutte. Cela permettrait de réduire les prélèvements en eau pour les usages agricoles.

Et il y a aussi la question de la gouvernance de l’eau, à tous les niveaux, au niveau international, national ou local. Au niveau international, il n’existe pas de règles de droit international sur le partage des fleuves internationaux, ce qui ouvre la voie à des conflits. Il y a aussi cette question : comment mieux gérer l’eau dans des états pauvres, est-ce qu’il faut développer des infrastructures lourdes pour distribuer l’eau potable par le réseau comme cela se fait chez nous ou trouver des systèmes alternatifs qui permettent d’équiper des ménages avec des outils qui permettent de purifier l’eau qu’ils prélèveraient dans des puits. Ce sont là des enjeux complexes et qui se situent à différentes échelles.




 
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