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L’urbanisme carolo au travers de l’objectif du Musée de la photographie
Benjamin Assouad  •  15 janvier 2015  •  Urbanisme

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Au-delà des « photos-cartes-postales-pour-touristes », la photographie est un art plus complexe que ce que l’on s’imagine souvent. C’est d’autant plus vrai quand on cherche à rendre compte de la réalité d’une ville en général et de villes comme Charleroi en particulier. Le Musée de la photo local s’y attèle via des photographes de renom. Bref tour d’horizon.

Au delà des clichés, voir une ville au travers d’un objectif photographique permet souvent de mieux l’appréhender, la sentir, la comprendre. C’est précisément le but des missions photographiques, demandées depuis plusieurs années par le Musée de la photo de Charleroi, à divers photographes de renom. Le travail de la photographe française Claire Chevrier constituait, au printemps 2014, le résultat d’une quatrième mission.

Ce qui frappe, à travers ces différents regards, c’est leur diversité, ainsi que la sensibilité multiple des choses montrées. On est toujours à Charleroi, et pourtant la ville apparaît chaque fois autre.

Si Claire Chevrier a pris le parti de découvrir la ville de manière très systématique, ce ne fut pas le cas de ses prédécesseurs qui furent plus instinctifs. Ainsi, Bernard Plossu avait d’emblée été séduit par le ring qui encercle le centre-ville et offre sur l’ensemble de la ville, des points de vue singuliers. Dave Anderson et Jens Olof Lasthein s’étaient eux au contraire plutôt plongés dans la vie quotidienne de la grande métropole, allant à la rencontre de ses habitants, de ses quartiers.

Bernard Plossu : une perception impressionniste d’une ville multiforme

Avec Bernard Plossu, il n’y a pas d’image choc. Ce qu’a montré le photographe français dans sa mission, c’est une perception impressionniste de la ville, qui exprime parfaitement le melting-pot de sensations qui a été le sien quand il a déboulé la première fois sur cet OVNI qu’est le ring local.

D’une part, des prises de vues très vigoureuses, de jour, des rues commerçantes du centre – ou apparentées –, sous un vif soleil d’hiver, et de nuit, un kaléidoscope d’images des néons publicitaires reflétés par la pluie. D’autre part, des petits formats, plus intimistes, en noir et blanc, dans lesquelles Plossu met à jour, tel un archéologue, les strates des décors du passé : enseignes modernistes, architectures d’inspiration soviétique, vitrines d’un autre temps, bazar désuet.


Une image de Charleroi, selon Bernard Plossu (crédits : http://auroremartignonifrancais.blogspot.be)

Dave Anderson : une plongée émouvante parmi les habitants

Le photographe américain est allé au plus près des gens et des choses. Loin des reportages habituels sur la misère totale et sans avenir de Charleroi, il livre ce qu’il voit de manière décomplexée : des familles qu’il croise dans la rue, qu’il rencontre chez elles, des jeunes qu’il capte avec dignité, des enfants qui jouent.
Dave Anderson s’intéresse aussi beaucoup au travail, boulangers, ouvriers… se concentrant sur leur tâche. Dans ces clichés, ces travailleurs sont indéniablement plus vrais, plus forts, tous autant qu’ils sont, que des beautés plastiques de magazine, durement marqués pour certains, encore vierges et plein d’espoir pour d’autres. Tout ça se mélange parfois comme parmi les supporters de foot qu’il immortalise.


Une image de Charleroi, selon Dave Anderson (crédits : http://www.loeildelaphotographie.com)

Jens Olof Lasthein : le social, la grande richesse de la ville

Le photographe suédois a lui aussi abordé la réalité de Charleroi par l’angle de ses quartiers et de ses habitants. Le résultat, ce sont des photos dures et âpres, qui montrent à la fois la misère sociale de la ville mais aussi son déclin industriel. Jens Olof Lasthein est d’ailleurs « conscient qu’il y a une grande tristesse dans ces photos parce que c’est la fin d’une période, un déclin. Mais c’est un constat à faire dans plusieurs endroits et pas seulement à Charleroi. Nous sommes dans une période de transition. »
Mais ce qu’apprécie l’artiste à Charleroi, c’est qu’ici « il y a un esprit spécial, qui vient de cette époque où l’industrie fonctionnait et il y a une atmosphère très tolérante. C’est chaleureux, ouvert et amical. On rencontre des Marocains, des Tunisiens, des Belges, des Turcs, des Français, des Polonais, des Grecs, des Italiens, des Espagnols et chacun peut parler ! Je n’avais jamais expérimenté ça en Europe de l’Ouest. Je veux dire : il y a plein d’endroits avec des mélanges de ce genre mais, ici, j’ai expérimenté autre chose. Les groupes se mélangent bien et je pense que ça vient de cette période industrielle où les gens avaient l’habitude de travailler ensemble et ils habitent ici depuis plusieurs générations. Et ça c’est positif pour le futur car la véritable richesse est dans les capacités humaines. Avec le cœur et, ici, vous avez un véritable capital d’humanité ».


Une image de Charleroi, selon Jens Olof Lasthein (crédits : http://www.lebalbooks.com/)

Claire Chevrier : une mission photographique très méthodique, quasi systématique

Claire Chevrier a choisi une voie clairement différente de ses prédécesseurs, plus réfléchie et balisée systématique. « J’ai d’abord approché la ville par l’extérieur, explique-t-elle, pour en appréhender la structure mais aussi l’inscription dans un paysage, ce qui l’entoure, ses limites  ». Ce qui donne une série d’images de la ville en surplomb. On découvre l’agglomération carolo dans son ensemble, mais à une certaine distance. On y retrouve les terrils, la campagne, la verdure qui l’entoure. Comme un condensé de ce qui la constitue, on peut apercevoir sur une même photographie des maisons individuelles, d’anciens sites industriels marqués de leurs cheminées, des bâtiments publics, des châssis à molette ultimes restes de puits de mines, etc.

Dans d’autres clichés, la photographe se rapproche un peu. Elle reste en hauteur mais saisit des portions plus réduites du paysage, à commencer par les axes routiers, véritable marqueur identitaire de la ville autant qu’une de ses plaies les plus profondes.
Vue de haut, Charleroi affiche un visage des plus chaotiques urbanistiquement, les styles architecturaux et les activités les plus divers se mélangeant. Mais la photographe redescend parfois à la surface, et montre, de manière très inattendue, que même dans les lieux bétonnés – aspérités dans l’asphalte des routes, berges de canal –, la verdure s’impose souvent malgré tout.

Enfin, elle braque l’objectif vers les grands sites industriels qui sont tellement emblématiques de la ville. Elle les photographie de loin, dans leur ensemble, y traquant la texture, les couleurs, le vide. Puis elle se rapproche pour y pénétrer. La présence humaine y est minime, plus encore que dans les rues de la ville qu’elle a montrées vues d’en haut.


Une image de Charleroi, selon Claire Chevrier (crédits : http://www.rtbf.be/info/medias/detail_charleroi-dans-le-viseur-de-la-photographe?id=8190265)

La quatrième mission photographique confiée par le Musée de la Photo à Charleroi s’est avérée, comme les précédentes, des plus passionnantes. Utile, une fois de plus, quand on s’intéresse, au-delà de l’esthétique, à l’évolution urbanistique de la ville, et à l’urbanisme en général, en Wallonie et ailleurs. A retrouver en images, ici et là, sur le net, comme sur le site d’Arte. Pour le reste, guettons avec impatience la future exposition rendant compte de la prochaine mission photographique du Musée de la photo.




 
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