La Fédération
 
Opinions
 
Actualité
 
Actions !
 
Campagnes
Mobilité
 
Aménagement du territoire
 
Energie, climat
 
Economie
 
Agriculture, nature
 
Pollution, environnement, santé
Formations & Appui
 
Newsletters
 
La Belgique et l’Europe à la croisée des chemins énergétiques
Gaëlle Warnant  •  25 septembre 2014  •  Energies renouvelables  •  Gaz à effet de serre / CO2

-
Sécurité d’approvisionnement, accès à l’énergie pour tout un chacun, respect des limites environnementales, tel sont les trois objectifs de toute stratégie énergétique en phase avec les défis actuels et futurs. Trois piliers répétés comme un mantra par la plupart des acteurs de la société civile depuis de nombreuses années. Et pourtant, chacun de ces trois axes semble aujourd’hui plus que jamais fragilisé. La faute sans doute à l’absence d’une véritable stratégie énergie. Si c’est particulièrement criant en Belgique. L’ensemble des pays de l’OCDE ne sont pas en reste.

On ne s’étendra plus ici sur la situation énergétique critique que connaît notre pays suite à la mise à l’arrêt de trois réacteurs nucléaires pour cause de défauts rédhibitoires et d’actes de malveillance. Annonce de « black-out », plan de délestage… la prise de conscience de la vulnérabilité de notre approvisionnement en électricité semble aussi soudaine que surprenante. De fait, depuis plusieurs années, certains acteurs, dont la CREG, avaient attiré l’attention sur les risques que courrait notre pays. Plusieurs facteurs concourent à cette situation : une forte dépendance à une production centralisée d’origine nucléaire, une absence de cadre clair et prévisible qui aurait favorisé les investissements nécessaires, un marché de l’électricité en plein bouleversement, une loi de sortie du nucléaire votée en 2003 qui, 6 gouvernements fédéraux plus tard, n’a toujours pas été bétonnée ni traduite par un plan d’approvisionnement sûr qui anticipe et établisse les alternatives à l’atome au rythme des fermetures programmées. Chacun avance des théories pour pointer du doigt LE coupable. Pour certains l’occasion est trop belle d’incriminer un élément essentiel de toute transition énergétique durable : les énergies renouvelables. La faute à une position dogmatique qui nous obligerait à « être plus catholique que le pape » en matière de renouvelables ? Une sur-subsidiation qui aurait freiné la recherche et les investissements à long terme [1] ? La réponse adéquate serait-elle dès lors de freiner l’ambition renouvelable et de continuer avec les veilles recettes de rafistolage de centrales ?

Ce n’est pas vraiment ce que préconise l’agence Internationale à l’Energie (AIE) dans son dernier rapport dédicacé au marché des énergies renouvelables. L’AIE, qu’on ne peut pourtant pas qualifié d’intégriste vert, est inquiète face au ralentissement, fortement marqué dans les pays de l’OCDE, de la croissance des énergies renouvelables, hypothéquant ainsi le niveau de production renouvelable requis pour rencontrer les objectifs climatiques mondiaux.

Les pays non-OCDE, Chine en tête, continuent à développer les renouvelables à un rythme soutenu et deviendront le premier marché renouvelable d’ici 2020. Des politiques volontaristes de certains de ces pays poussent notamment la R&D dans le secteur, ce qui devrait inciter l’Union européenne à craindre la perte de son leadership en matière d’innovation et les avantages compétitifs qui l’accompagnent [2]. L’AIE pointe deux facteurs de ralentissement de la progression des renouvelables dans les pays de l’OCDE : une faible demande et des risques liés au cadre politique et régulatoire de plus en plus prégnants. Dans l’UE, les incertitudes relatives au cadre politique des renouvelables après 2020 et au développement d’un réseau électrique pan-européen pour faciliter l’intégration de renouvelables intermittentes contredisent la nécessité d’une approche énergétique sur le long terme et coordonnée au sein de l’Union.

Et l’AIE de soulever ce paradoxe « les énergies renouvelables sont une part nécessaire dans notre sécurité d’approvisionnement énergétique. Cependant, juste quand elles deviennent une option à prix compétitif dans un nombre croissant de cas, l’incertitude politique et régulatoire est croissante dans certains marchés clés. Une préoccupation qui découle du coût de déploiement des renouvelables » déclare AIE Executive Director Maria van der Hoeven [3]. Et d’ajouter « les gouvernements doivent faire plus distinctement une différence entre le passé, le présent et le futur, alors même que les coûts diminuent au fil du temps. Plusieurs énergies renouvelables n’ont plus besoin d’un niveau élevé d’incitants. Mais plutôt, étant donné leur nature d’être intensives en capital, les renouvelables demandent un contexte de marché qui assure un retour financier raisonnable et prévisible pour les investisseurs. Ceci appelle à une sérieuse réflexion sur une structure de marché nécessaire à l’atteinte d’un mix énergétique mondial plus durable.  »

La Belgique n’est donc pas la seule à s’interroger sur son avenir énergétique. Bon nombre de pays européens sont à la croisée des chemins. Les énergies renouvelables ont montré leurs faiblesses mais aussi leurs atouts pour convertir notre approvisionnement énergétique vers un mix plus durable et sûr. Fragiliser ce marché par des tergiversations politiques ne renforcera à terme que notre vulnérabilité économique et environnementale. Il est temps d’aller de l’avant avec une vision claire, un cadre cohérent. Dans ce contexte, on ne peut que se réjouir de l’inscription dans la Déclaration de politique régionale wallonne 2014-2019 de « la définition d’une véritable stratégie énergétique à long terme ». Car immanquablement les régions ont aujourd’hui plus de leviers en main pour concevoir un avenir énergétique qui devra s’appuyer davantage sur des ressources locales et des acteurs régionaux.


[1Interview de Corentin de Salle et David Clarinval : « La Belgique toujours en manque d’une vision énergétique » LeSoir 12/09/2014

[2Etude : « Staying with the Leaders : Europe’s Path to a Successful Low-Carbon Economy »- German Institute for Economic Research (DIW- Berlin), Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI- Paris), The London School of Economics and Political Science (LES- London), Wegener Center for Climate and Global (Graz), German Institute for International and Security Affairs

[3AIE, communiqué de presse 28 août 2014



 
Voir aussi
Dans la même rubrique
Soutiens