La Fédération
 
Opinions
 
Actualité
 
Actions !
 
Campagnes
Mobilité
 
Aménagement du territoire
 
Energie, climat
 
Economie
 
Agriculture, nature
 
Pollution, environnement, santé
Formations & Appui
 
Newsletters
 
La place de la nature en ville et au parc Léopold de Namur
Hélène Ancion  •  2 février 2015  •  Espace public

-
Avec un aplomb qui varie de génération en génération, des espaces verts ont perduré dans nos villes wallonnes et peuvent se vanter d’avoir accompagné les gens et leurs projets. Les arbres ont parfois trop grandi, certains gazons de plus en plus pelés attendent leur injection d’achillée mille-feuille pour mieux résister au piétinement. Mais la nature en ville n’en a pas pour autant perdu ses attraits. L’un des principaux est tout simplement d’être là.

Quand elle fait partie de l’espace public, sous forme de parc ou de square, la nature devient un lieu que tous peuvent fréquenter. Elle a beau être jardinée et transformée, voire vandalisée, elle reste une respiration, une échappée. D’aucuns la voient comme une porte vers le reste du monde, plus que n’importe quelle sculpture en ronde-bosse, si évocatrice ou symbolique soit-elle. Sans avoir besoin d’aller s’asseoir sous les arbres d’un parc, bien des Wallons « comptent » sur lui, ils savent qu’un jour ils auront le temps de le faire et pourront ou oseront le faire.

Pourtant, les parcs des villes wallonnes ne pourront pas toujours servir de deuxième salon, ou de jardin pour nos concitoyens. Les parcs wallons sont une espèce en voie de disparition, surtout les petits parcs, ceux qui occupent une partie d’îlot.

Ils doivent se laisser paver, pour devenir des travées carrossables ou des aires de parcage « arborées ». Ils doivent abandonner leurs buissons, trop propices à la cachette de malfrats quand la nuit tombe. Ils doivent admettre que leurs arbres n’ont pas besoin d’un élagage mais d’une coupe à blanc, nettement plus efficace pour prévenir les chutes de branches. Ils doivent accepter de disparaître de A à Z pour laisser place à tel équipement indispensable et hautement structurant, combien plus utile à la population que leur végétation pâlichonne et leurs parterres jonchés de crasses. Ils doivent laisser dire quand on les prétend moribonds ou mal fréquentés. Ils doivent se garder de répondre « Vous ne m’avez pas entretenu. » et encore moins rétorquer « Etes-vous parfois venu me voir, depuis le temps que j’existe ? »

Le parc Léopold de Namur fait partie de ces parcs qui pourraient demain disparaître, alors qu’il a les atouts nécessaires pour être maintenu. Le projet de centre commercial « Côté-Verre », que la société City Mall compte installer sur l’entièreté de l’îlot, pourrait en effet tirer parti de la présence du parc, au lieu de faire table rase. Un collectif lance tout début février 2014 une grande consultation populaire sur ce sujet. Vous trouverez ici (en Word) et ici (en PDF), ou encore sur le site du collectif, les documents pour répondre à cette consultation ainsi que les explications sur la procédure à suivre.

Quels sont les atouts de ce parc en particulier ?

1. Proximité de la gare de trains : peu de gares wallonnes disposent d’un parc public à si courte distance. Namur pourrait tirer parti de cette belle exception.
2. Mise en valeur des modes actifs : par sa situation à l’interface de plusieurs points-clés de Namur, le parc est traversé par les piétons, PMR, vélo et skate-boards, notamment. Le stationnement sauvage des véhicules devrait être empêché. Le parc pourrait, moyennant un aménagement plus logique et plus ouvert aussi, devenir une étape vraiment utile pour les piétons dans leurs trajets entre la gare et les rues commerçantes de Fer et de l’Ange. Que les gens continuent à l’utiliser dans leurs trajets, malgré son évidente dégradation, est une garantie pour son utilisation future, quand il sera remis en état.
3. Arbres de différents âges : les plus anciens spécimens ont été plantés lors de la démolition des remparts de Namur. Le parc a pris alors la place des fortifications proches de la Porte de Fer, face au chemin de fer qui était lui aussi nouveau dans le paysage à l’époque. D’autres vagues de plantation ont eu lieu à la fin du XIXe siècle et dans les années 1960. L’ensemble des arbres s’est maintenu jusqu’à nous malgré le manque d’aide phytosanitaire et d’élagage, ce qui augure d’une bonne résistance aux futurs travaux.
4. Parmi ces arbres, plusieurs ormes une ou deux fois centenaires : ils ont miraculeusement survécu à l’attaque de graphiose qui a décimé l’espèce voici quelques décennies. Une autre exception de taille en Wallonie !
5. Une végétation efficace malgré l’emprise au sol très réduite : l’allée plantée au XIXe siècle, à l’emplacement des remparts fraîchement détruits, a déjà été considérablement diminuée par la construction de la gare des bus et du parking de plusieurs étages qui y est superposé. Il en résulte une proportion minime d’espace occupé par la végétation au regard des surfaces imperméabilisées (bâtiments, allées, aires de stationnement sauvage). Les arbres parviennent, grâce à leur hauteur et à leur épaisseur, à jouer leur rôle d’hôtes ou d’abris temporaires pour plusieurs espèces, dont les humains. Ils agissent en outre pour réduire les effets de hausse de température que l’on connaît en milieu urbain en cas de période chaude. On ne pourra plus bénéficier de ces actions précieuses si ces plantations sont rasées pour construire sur tout l’îlot un édifice, même éventuellement muni d’un patio.
6. Une population positive tant vis-à-vis du parc que d’un centre commercial : La plupart des personnes ayant signé en 2012 la pétition lancée pour préserver le parc n’étaient pas opposées à un centre commercial dans ce quartier de Namur, elles étaient pour la préservation du parc. Avec son emprise énorme, la gare de bus qui va être démolie sur cet îlot fournirait la surface adéquate pour élever un centre commercial de plusieurs étages. Une démolition-reconstruction qui ferait à coup sûr son petit effet-levier dans les milieux architecturaux.
7. Un aménagement daté, une réfection qui attend son heure : de mauvaise foi serait celui qui affirmerait que le parc est dans un état magnifique. La mauvaise foi serait aussi de dire qu’on ne peut plus rien pour lui. Au contraire, avec ses flagrants défauts, le parc Léopold pourrait être réaménagé à peu de frais. Quelques travaux bien dosés suffiraient à ramener ce petit poumon du bon côté de l’urbanité. C’est un atout indéniable en période difficile pour les finances publiques.

Il s’agit bien, dans le cas du parc Léopold comme pour tout parc public en Wallonie et ailleurs, de souligner à quel point l’agrément procuré par ce type de lieu est irremplaçable. Une friche verte n’est pas accessible à tous au même titre qu’un parc public. Une avenue bordée d’arbres n’est pas un parc. Un rond-point très vert inaccessible aux piétons n’est pas un parc. Une aire pavée (même de « têtes de Napoléon » en véritable grès belge de récupération), garnie de bancs et de bacs fleuris, ne peut se substituer à un parc. Ensemble, ils peuvent commencer à former le fameux maillage vert dont on parle beaucoup ces temps-ci dans les cénacles d’urbanisme. Mais si le parc vient à manquer, les pas des piétons feront vite demi-tour et la nature n’osera pas faire les sauts qui s’imposent, par-delà les coupures.

Where the past exists the future may flourish (Peter Ackroyd cité dans “Home is where the heart is ?” de Ilse CRAWFORD, Quadrille, Londres, 2000.)

Le projet de SDER, qui est entré dans la dernière phase de son approbation, défend la nature en ville et les espaces verts à quelques minutes de marche pour tout habitant de la région. Il établit une relation entre l’attractivité des territoires centraux et la présence d’espaces verts en consacrant un paragraphe à la « Préservation et mise en valeur des espaces publics et des espaces verts participant à la qualité du cadre de vie des habitants ». La Fédération Inter-Environnement Wallonie vient d’émettre un avis sur ce projet de SDER où elle réaffirme que par « préservation », elle entend le maintien de l’existant et son enrichissement, non la substitution ou la compensation. Cette préservation sera pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie une des clés de la mise en œuvre des territoires centraux, car il en va de leur habitabilité. Elle demande donc de « tenir compte de la nature plus ordinaire, chaque activité devant pouvoir se réaliser en bonne intelligence avec elle. »

L’habitabilité des « territoires centraux » promus par le projet de SDER dépend en grande partie de la possibilité pour chaque habitant d’avoir vues sur des espaces verts plantés d’arbres, de pouvoir se rendre dans de tels espaces, de les traverser, bref de les incorporer à sa vie quotidienne. Un parc existant doit être à ce titre préservé et incorporé dans tout projet d’urbanisme en territoire central, car il est le gage de sa réussite, comme garant de l’acceptation sociale du projet et pour que soit assurée la présence authentique de la nature dans les lieux habités. L’objet social de City Mall étant de concevoir des centres commerciaux urbains, le groupe immobilier aura certainement à cœur de veiller à l’urbanité et à la durabilité de sa réalisation, même s’il doit la céder à un exploitant dans les mois qui suivront l’obtention du permis.

Pour garantir cette urbanité et cette durabilité, le partage de l’espace est indispensable. L’îlot Léopold est capable d’accueillir un nouveau centre commercial de plusieurs étages à la place de la gare des bus, et de maintenir son parc public arboré en bordure immédiate de rues très fréquentées de Namur. La mixité des fonctions prônée par le projet de SDER prend ici tout son sens, et un relief inédit. Il s’agirait dès lors d’un véritable voisinage sur un même îlot, et non d’un îlot monofonctionnel, entièrement voué au commerce sur deux niveaux étendu sur toute la surface disponible. Ce voisinage existe déjà tant bien que mal à l’heure actuelle, il serait amélioré parce qu’enfin établi sur des bases saines. Dans cette configuration, le parc ajouterait une valeur indéniable au centre commercial et lui servirait d’antichambre ; le centre commercial insufflerait au parc son dynamisme et renforcerait son entretien. Une telle mixité bien vécue serait un gage supplémentaire d’habitabilité pour le centre-ville de Namur.

Mais au-delà de l’habitabilité, qui affermit les liens entre un habitant et le lieu de son domicile, il en irait de la respectabilité de la ville et des pouvoirs publics locaux. Dans le monde entier, le propre des villes est d’avoir maintenu sur de longues périodes temporelles des espaces verts publics dotés d’arbres de haute taille. Les cimes défiant les immeubles impriment la rétine des visiteurs et des habitants. Ces arbres sont un sujet de fierté, un ingrédient indispensable pour donner un cachet de grandeur et d’élégance aux constructions. Garder de tels arbres, tant pour préserver l’environnement que pour préserver une image soignée, fait partie des prérogatives des villes wallonnes, au même titre que garder des haies bien taillées fait partie des prérogatives de la campagne. Et s’il se trouve exister des arbres de grande taille dans des parcs publics à la campagne, tant mieux ! Qui oserait s’en plaindre ?

En savoir plus :

Lise Bourdeau-Lepage le soulignait dans l’article d’introduction d’un dossier de « Métropolitiques » mis en ligne le 21 février 2013 : « Longtemps opposées, la nature et la ville recherchent aujourd’hui une nouvelle manière de coexister. Ce dossier de Métropolitiques questionne la manière dont le développement urbain peut intégrer la nature ; les désirs, parfois contradictoires, auxquels ce phénomène renvoie ; et les enjeux à la fois écologiques, économiques et esthétiques qu’il soulève. » Le dossier complet est une référence pour les lecteurs désireux d’explorer le thème de la présente nIEWs.

Geoffrey Caruso, président de l’association Namur2080, est l’auteur de l’article « N’opposons pas espaces verts et développement économique ! » qui a servi de rampe de lancement à la présente nIEWs. L’article est téléchargeable et consultable en ligne.

Les défenseurs du parc Léopold de Namur ont développé leur propre argumentaire, et dédié un site à leur action.

Un petit article à propos des remparts de la ville de Namur : Namur Magazine n°37 « Porte de Namur - Les fortification urbaines », par Jean-Louis ANTOINE, publié sur le site de la ville. On y apprend que Jules Borgnet, témoin de la démolition des derniers vestiges en 1860, était archiviste et ardent défenseur de l’intérêt monumental, historique et archéologique des portes et murs namurois. Piètre consolation posthume, son nom a été donné à la rue Borgnet, qui longe le parc.

La sculpture à plusieurs personnages et le kiosque des informations touristiques, qui contribuent à l’impression de désordre, de vétusté et de négligence associée au parc Léopold, pourraient être idéalement relogés à l’intérieur du centre commercial. D’autres solutions pour une meilleure intégration des centres commerciaux dans les espaces bâtis ? Un dossier de la Fédération Inter-Environnement Wallonie est en préparation, sur ce sujet. Il analysera en profondeur la problématique des centres commerciaux, leur histoire et leur raison d’être, afin de remettre en contexte les recommandations de la position produite en 2013 par la Fédération (réussir au mieux l’implantation d’un centre commercial, dans le respect de son environnement tout à la fois naturel, humain, économique et social).

Des photographies du parc sous tous les angles sont publiées en ligne dans un blog relatant des coups de cœur namurois.




 
Voir aussi
Dans la même rubrique
Soutiens