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La reconversion des parkings
Juliette Walckiers  •  31 janvier 2011  •  Aménagement du territoire  •  Accessibilité / Mobilité

Construire de vastes parkings pour favoriser une mobilité plus durable ? Le cas du projet de parking relais à Louvain-La-Neuve.

Le parc des voitures belges ne cesse de croître. Les données disponibles permettent d’estimer que le seuil des 5 millions et demi de véhicules en circulation sera très bientôt dépassé en Belgique. Autant de véhicules qui ont besoin d’un espace de stationnement quand ils ne circulent pas, c’est-à-dire la majorité du temps. Faut-il en conséquence prévoir toujours plus de stationnement, qu’il s’agisse d’espaces public ou privé ?

Le pic pétrolier et les changements climatiques ont quitté la sphère des mythes pour devenir des réalités avérées par des scientifiques de grande renommée. Une chose est donc claire, on ne pourra indéfiniment faire circuler sans limite des millions de véhicules sur la surface de la terre. L’efficacité des nouvelles technologies, comme les agrocarburants ou la motorisation électrique, est encore très incertaine au niveau du bilan carbone. Par ailleurs, les matières premières que demandent ces procédés (production agricole ou lithium) ne seront jamais suffisantes pour permettre à tous de circuler quotidiennement en véhicules particuliers. A défaut de mesures politiques ambitieuses pour amorcer un changement progressif de nos habitudes de déplacements, la croissance inéluctable du coût du transport en véhicule personnel exclura tôt ou tard une bonne partie de la population de ce moyen de déplacement. A quoi serviront alors les kilomètres carrés d’espaces macadamisés au centre de nos villes, aux abords de nos gares, le long de nos voiries ? La question est encore plus pertinente pour les parkings souterrains et à étages, surfaces qui seront difficilement convertibles pour accueillir de nouvelles fonctions. On imagine mal ces superstructures, très couteuses à la construction pour supporter des tonnes de ferrailles, devenir des lieux conviviaux d’habitat ou de rencontres.

La mise en place du Réseau Express Régional est une mesure favorable pour diminuer l’utilisation de la voiture individuelle sur la Région bruxelloise. La ville de Bruxelles et ses communes périphériques disposent de nombreuses alternatives (tram, métro, bus urbains, vélos en libre service) pour se déplacer en leur sein. Pour attirer un maximum de navetteurs sur ce nouveau réseau, la SNCB, avec le soutien de la Région wallonne, prévoit la création ou l’agrandissement de parking-relais aux abords de futures gares RER du Brabant-Wallon. C’est le cas à Louvain-la-Neuve. Un double projet d’éco-quartier et de parking-relais sera très prochainement soumis à enquête publique. Sur un espace actuellement vierge situé dans le prolongement des quais de la gare SNCB et le long du quartier de la Baraque, va être construit une grande dalle qui abritera un parking sur plusieurs étages et au-dessus un quartier mixte de bureaux et de logements.


(source : SPF Mobilité et Transports - Google Earth)

Il est positif de voir s’élaborer un projet de densification de l’habitat et de mixité fonctionnelle aux abords d’une gare SNCB, future gare RER en l’occurrence. Les habitants de ce quartier devraient bénéficier d’un accès aisé, à pied ou à vélo, au centre de ville de Louvain-la-Neuve et aux gares de transports en commun (SNCB et TEC). Il faut les encourager à utiliser ces solutions de mobilité alternatives à la voiture individuelle. A cette fin, des mesures incitatives (stationnements sécurisés des vélos, continuité et sécurité des cheminements doux, accessibilité à une station Cambio, etc.) et des mesures dissuasives (limitation du nombre de stationnements disponibles, accès restreint du quartier en voiture, etc.) doivent être prévues. Malheureusement, le projet ne semble pas avoir pris suffisamment en considération ces éléments.

En effet, le projet prévoit un parking de plus de 3.300 places réparties sur plusieurs niveaux dont les 3 niveaux souterrains seront réservés à la SNCB-Holding (2.400 places), le reste étant destiné à l’UCL et à une vocation urbaine (950 places) [1]. La taille de ce parking pose question pour plusieurs raisons :

-  2.400 places pour les futurs navetteurs RER. Il est courant d’admettre que les P+R peuvent attirer 5% des automobilistes purs (par rapport à la charge de trafic du tronçon routier adjacent) [2]. Le flux estimé des salariés qui quittent la Province du Brabant-Wallon pour se rendre à Bruxelles est estimé à 22.800 [3] et ce ne sont pas tous des automobilistes ! C’est donc espéré un taux de plus de 10% pour la seule gare de Louvain-la-Neuve (Nivelles accueille aussi une gare RER) ! Par ailleurs, la SNCB a déclaré que l’objectif du RER est, à tout le moins, de maintenir au même niveau qu’en 1991 le nombre de navetteurs utilisant leur voiture personnelle pour se rendre à Bruxelles, ce qui signifie une hausse de 37% des utilisateurs de transport en commun  [4]. Si cet objectif est appliqué à la fréquentation actuelle de la gare de Louvain-la-Neuve, cela signifie une augmentation de 2.300 utilisateurs. N’est-il pas souhaitable d’envisager qu’une partie au moins des nouveaux navetteurs RER accède à la gare de LLN autrement qu’en voiture ?

-  800 places de stationnement pour 700 logements [5]. C’est plus que ce que prévoit la circulaire de Saeger pourtant largement remise en question. Cette circulaire qui date de 1970 a été prévue à l’origine pour éviter l’encombrement de la voirie publique par le stationnement des véhicules des occupants d’un nouvel immeuble à appartements dans un quartier. La circulaire prévoit que soit construit au moins un emplacement de stationnement par logement. Il faut savoir que l’application de cette circulaire est loin d’être obligatoire. Elle ne doit pas être de mise lorsque cela n’est pas souhaitable « pour certains noyaux urbains saturés lorsqu’il ne convient pas d’attirer un trafic nouveau grâce à la création de places de parcage [6] » . N’est-il dès lors pas aberrant de prévoir autant de places de stationnement pour un quartier qui se veut par ailleurs « durable » et qui est située au centre de Louvain-la-Neuve [7], ville partiellement piétonne, et à proximité des alternatives (gare SNCB, gare TEC, station Cambio) ?

-  150 places réservées au personnel de l’UCL. L’université dispose actuellement de 3.676 places de stationnement privé sur Louvain-la-Neuve dont 1.993 sont situées en centre-ville. Comment peut-on prévoir d’accroître encore cette offre alors que le Plan Communal de Mobilité d’Ottignies recommandait en 2003 de limiter l’offre au centre-ville à 1.100-1.200 places pour les employés UCL.

Élaborer un projet de 3.300 places de stationnement supplémentaires dans un centre-ville qui en compte déjà plus de 5.300 pour un coût estimé entre 28 et 61 millions [8], c’est planifier la poursuite de notre modèle de mobilité actuelle. C’est consacrer des deniers publics en faveur d’une population plutôt favorisée, celle qui a accès à l’automobile. C’est aussi croire en la pérennité et au développement de Bruxelles comme pôle d’emploi majeur.

Et si on osait planifier l’imprévu et envisager la fin du règne automobile ? A court terme, un parking de taille raisonnable pourrait attirer des navetteurs automobiles vers la nouvelle offre RER et laisser un certain budget pour développer les modes alternatifs d’accessibilité à la gare. A long terme, cet espace, limité à 2 niveaux sous la dalle par exemple, pourrait être converti en un lieu public convivial. A l’instar du projet Park 58 qui propose d’imaginer la conversion d’un immense parking situé au dernier étage d’un bâtiment du centre-ville de Bruxelles en un espace vert public à la vue imprenable [9], le futur parking-relais de LLN pourrait un jour devenir une grande salle des fêtes à disposition des habitants du quartier et à l’étage supérieur, semi-ouvert pour bénéficier de la lumière du jour, un parc parsemé d’espaces verts où enfants et adultes pourraient se détendre. Mais cela ne sera possible que si on le prévoit aujourd’hui comme un futur possible.


[1SPF, Direction Transport par Rail, n° projet 2245 : parking de Louvain-a-Neuve, situation au 31/12/2009

[2TEC n°166 juil/août 2001, P. Frenay, « P+R versus urbanisation au tour des n½uds de transports publics »

[3Plan Provincial de Mobilité du Brabant-Wallon, phase 2, rapport final, 20 novembre 2009 : estimation du flux des zones centre et est de la province, considérant que c’est la gare RER de Nivelles qui devraient attirer les habitants de la zone ouest

[4www.belrail.be, prévisions de trafic

[5www.besixred.be, description du projet Park & Ride remporté

[6C.E. N°98799 du 19.2.1992, R.A.C.E.,1992

[8Sur un document publié par le SPF Mobilité et Transport, une estimation de 28.471.070 EUR est indiquée ; tandis qu’une publication de Vers l’Avenir en date du 03/06/2009 annonce un budget de 61 millions d’EUR



 
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