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La Semaine Sans Pesticides : c’est quoi encore ce truc ?
Valérie Xhonneux  •  26 mars 2015  •  Santé environnement

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Décidément, il semblerait que l’éclipse de vendredi passé ait chamboulé certains esprits. Si la palme de la bidoche revient à Monsieur le Ministre Borsus pour sa sortie sur la viande de ce samedi, certains échanges du forum du midi de ce jeudi 19 mars, veille du jour d’ouverture de la Semaine Sans Pesticides, entre Alfred Bernard (Toxicologue de l’UCL) et l’animatrice du débat Fabienne Vande Meerssche, méritent la palme de la toxicité… Retour sur quelques points choisis.

On ne le dira jamais assez : les pesticides sont I-N-D-I-S-P-E-N-S-A-B-L-E-S. Oui oui, indispensables à notre production agricole. Indispensables pour éviter à nos populations les épidémies du Moyen-âges dues à certains vecteurs biologiques. Indispensables pour assurer une alimentation suffisante aux 9 milliards d’êtres humains à venir.

Telle est la conclusion que l’on pourrait tirer à l’écoute de l’émission. Evidemment, cela fait 50 ans que la recherche sur les alternatives aux pesticides est mal-aimée et non investie. Difficile dans ces conditions de faire émerger et de généraliser des techniques de production plus respectueuses de l’environnement et de la santé des agriculteurs. Pourtant, les études menées en France montrent qu’il est possible de réduire les quantités de pesticides utilisées de 40 à 50 % sans impacter les rendements de plus de 10 % dans les plus mauvais cas tout en garantissant de maintenir ces rendements à long terme. Ailleurs dans le monde ces propos sont tout simplement erronés puisque le passage à l’agriculture biologique dans des systèmes à petite échelles a pour effet d’améliorer très nettement les rendements agricoles...

Nous avons aussi, en Wallonie, des agriculteurs innovants qui produisent une alimentation de qualité sans aucun pesticide. Dans son rapport « Agroécologie et le droit à l’alimentation », Olivier de Schutter signale notamment des exemples de fermes-écoles ayant réduit de manière drastique leur utilisation de pesticides, tout en obtenant une augmentation des rendements. Mais ces initiatives sont trop souvent isolées et peu valorisées. Il faudrait davantage soutenir les agriculteurs en questionnement et en démarches d’innovation, surtout quand celles-ci permettent de développer des changements de pratiques. En aval, il faut inciter les consommateurs à privilégier les produits biologiques et ceux issus de ces filières innovantes en terme de durabilité. Et là, c’est, comme qui dirait, pas gagné.

Que retenir d’autre de cette émission ? Ha oui, que le trait a été forcé dans les liens de cause à effet, et que les pesticides utilisés actuellement sont beaucoup moins dangereux pour la santé et l’environnement. Si les premiers pesticides, persistants, ont été bannis au vu de leur toxicité, plus besoin de se tracasser aujourd’hui. C’est safe. No problemo. Peace and love…

Et que nous annonce le Centre Internationl de Recherche sur le Cancer (CIRC) 24 h plus tard ? Que le glyphosate, herbicide dont les volumes de production sont les plus importants dans le monde, est cancérigène probable pour l’homme. Pas « possible ». « Probable ». Nous pourrions aussi parler des néonécotinoides – dont le Parlement français propose l’interdiction définitive. Ou de ces pesticides interdits en Europe mais toujours autorisés ailleurs dans le monde : le DDT – dont l’inventeur a reçu le prix Nobel quand même – dans les pays du Sud pour lutter contre les vecteurs de la malaria, l’atrazine aux Etats-Unis. Le trait quant à leur dangerosité a peut-être été forcé (et encore), mais notre capacité à anticiper tous leurs effets a quant à elle été largement surestimée. Et la limite de nos capacités d’analyse de cette toxicité devrait nous amener à plus d’humilité, de prudence, et nous amener à reconsidérer sérieusement l’emploi de ces substances devenues banales dans nos supermarchés et jardineries – et malheureusement ubiquistes dans notre environnement.

Troisième enseignement : il vaut mieux manger des fruits et légumes contaminés par des pesticides que pas de fruits et légumes. En effet, les études montrent l’effet protecteur contre le cancer liés à la consommation de fruits et légumes, alors qu’elles ne mettent pas en avant d’effets négatifs liés à la présence de pesticides. Et précisons : les limites maximales de résidus (LMR) ne constituent pas un seuil de toxicité, leur dépassement ne doit donc pas alerter le consommateur.

Hé ben si, le dépassement des LMR doit nous alerter. Tout d’abord parce qu’il représente une infraction aux bonnes pratiques de production : les LMR représentent la quantité de pesticides qui peut subsister sur un produit lorsque les conditions d’utilisation édictées par l’Union Européenne sont respectées. S’il y a dépassement, c’est qu’il y a eu infraction lors de la production ! En ce qui concerne la question de la consommation de fruits et légumes contaminés : bien sûr qu’il est préférable de consommer des fruits et légumes contaminés que pas de fruits et légumes – mais il est aussi bien mieux de consommer des produits exempts de résidus de pesticides que des produits présentant des contaminations multiples par les pesticides, fussent-elles en dessous des LMR ! D’abord parce qu’ils permettent de réduire drastiquement l’exposition des producteurs – premières victimes de l’utilisation des pesticides – et de réduire les impacts négatifs pour leur santé. Ensuite parce que l’absence d’utilisation de pesticides durant la production permet de réduire l’exposition des riverains, de l’environnement, et des consommateurs en bout de course. Bénef pour tout le monde donc. Et enfin, last bust not least, parce que le stress engendré par les maladies rend les fruits et légumes plus riches en nutriments bénéfiques pour la santé…

De plus, je n’oublierai pas que si les grandes surfaces limitent leur offre aux seules pommes Jonagold et Granny Smith, parfaitement calibrées, de couleur (et de saveur !) uniforme, c’est parce que moi, petite consommatrice, je le demande ! Le désintérêt des variétés anciennes et plus résistances aux maladies, c’est de ma faute. Le gaspillage alimentaire du au rejet des produits non calibrés, c’est de ma faute.

Et les fraises espagnoles dans les supermarchés au mois de février c’est la faute des consommateurs aussi ? Restons sérieux trois secondes. Les consommateurs ont un certain poids pour influencer ce qui leur est proposé (notamment en refusant de l’acheter, telles lesdites fraises ibériques). Mais si l’on considère le cas des pommes, par exemple, les critères de sélection des variétés produites ont été leur présentation, leur tenue à la conservation frigorifique et leur productivité. Nullement leur résistance aux maladies – ce qui aurait pourtant permis de réduire l’utilisation de pesticides [1]. L’image de la pomme parfaitement ronde, sans accro, d’un rouge brillant (comme la pomme de Blanche-Neige, tiens tiens), n’a pas été inventée par les consommateurs – mais par les publicitaires qui l’ont ancrée profondément dans les esprits à coup de magnifiques campagnes de marketing. Et les dindons de la farce sont – malheureusement – une nouvelle fois nos producteurs, contraints de s’assurer du respect de ces critères pour assurer un écoulement de leur production.

Enfin, retenons que la Nature est également toxique – et qu’il n’y pas que l’Homme qui s’empoisonne (Il est un fait : la nature ne nous a pas attendu pour inventer la toxicité des substances. Mais sommes-nous vraiment obligés de renchérir et de polluer notre environnement à tel point que le simple fait de respirer ou de manger constitue le point d’entrée de contaminants de synthèse dans notre organisme ?), que c’est la dose qui fait le poison (sauf dans le cas des perturbateurs endocriniens, mais ça il faudra l’expliquer la prochaine fois parce qu’ils n’ont même pas été cités dans l’émission),...




 
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