La Fédération
 
Opinions
 
Actualité
 
Actions !
 
Campagnes
Mobilité
 
Aménagement du territoire
 
Energie, climat
 
Economie
 
Agriculture, nature
 
Pollution, environnement, santé
Formations & Appui
 
Newsletters
 
Les socialistes français préfèrent l’agro-industrie à l’agriculture paysanne
Alain Geerts  •  20 février 2015  •  Agriculture

-
Ce samedi 21 février s’ouvre en France le salon de l’agriculture inauguré par un discours du président François Hollande. C’est l’occasion pour les acteurs concernés de faire le point sur les politiques et pratiques dans ce secteur qui s’avère d’une importance primordiale pour l’évolution de notre vie sur terre. Quelques articles critiques, glanés auprès de médias alternatifs et associatifs indiquent que la tendance lourde qui se dessine sans la moindre nuance fait la part belle à une agriculture industrielle soucieuse de rentabilité - surtout financière - au détriment et de l’environnement et de la survie des paysans/agriculteurs traditionnels. Les socialistes au pouvoir, qui pourtant ne comptent pas beaucoup d’électeurs au sein des agriculteurs, se couchent…

Pour introduire la grand messe agricole française, a lieu, ce vendredi, un colloque réunissant politiques et chercheurs en agronomie et en économie, colloque placé sous le signe de l’innovation, laquelle serait essentielle quand on prend notamment conscience que l’agriculture est responsable de 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il y est question d’adaptation rapide des végétaux aux nouvelles conditions climatiques, d’agroécologie à la sauce Le Foll (ministre de l’agriculture), de modification des régimes alimentaires des animaux pour qu’ils émettent moins de méthane, d’agriculture « climato-intelligente », d’énergie aussi, biomasse oblige. Le tout s’appuiera sur le « comportement entrepreneurial » des agriculteurs. Bien. Il y a donc, sans entrer dans un débat à ce stade sur les solutions proposées, un constat de non-durabilité du modèle agricole actuel du fait de ses conséquences tant sur le climat que sur l’environnement au sens large, notamment sur la pollution du sol et de l’eau, et, au-delà du constat, l’identification d’une urgence à agir.

Mais qu’observe-t-on comme évolution sur le terrain ?

La Confédération paysanne vient précisément, pour objectiver la réalité de terrain, de publier une carte de l’industrialisation de l’agriculture. Vous y découvrez, outre la célèbre ferme des 1000 vaches qui vient d’être mise en service en Picardie, un élevage de 250.000 poules pondeuses dans la Somme ou de 125.000 poulets dans le Vaucluse, mais aussi un centre d’engraissement de 2000 taurillons dans l’Aube, ou encore une maternité industrielle de 900 truies qui vont « produire » 23.000 porcelets par an dans les Côtes d’Armor… Bref, des fermes-usines dédiées aux rendements financiers, dans lesquels travaillent beaucoup de machines et quelques ouvriers spécialisés qui n’ont rien d’agriculteurs.

Sur quelle politique s’appuie ce système d’agriculture industrielle ?

Ce mardi 17 février, s’est tenue à Matignon, une rencontre entre Manuel Valls, premier ministre et Xavier Beulin, le charismatique président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), le grand syndicat agricole français. Les résultats de cette discussion ont été communiqués le lendemain par le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll :
- assouplissement des conditions d’ouverture des élevages industriels de volaille : jusqu’à 40 000 bêtes, seul l’enregistrement sera nécessaire ;
- contrôles environnementaux allégés, et la durée de recours juridique contre les élevages industriels sera réduite ;
- cerise sur le gâteau, poursuite et la relance des projets de retenues d’eau pour l’irrigation.
Le drame de Sivens (voir ici, ici ou ici) est bel et bien oublié…

Xavier Beulin, l’industriel qui décide de l’avenir de l’agriculture française

Tout (enfin presque) s’explique quand on cerne mieux qui est exactement Xavier Beulin. Outre donc sa casquette de président du syndicat agricole, il est également président du groupe Avril (Sofiprotéol jusqu’il y a peu), une multinationale de l’agro-industrie qui compte plus de 150 sociétés différentes et dont le chiffre d’affaire dépasse les 7 milliards d’euros. « Et partout où l’on regarde, on constate que les activités industrielles de Sofiproteol s’accordent parfaitement avec le développement des fermes-usines et des nouveaux besoins qui leur sont corrélés : le groupe est un partenaire stratégique de l’industrialisation de l’agriculture » [1].

Le cynisme du bonhomme n’a pas de limite quand on sait - et cette anecdote n’a peut-être rien à voir avec le contenu de cet article, mais mérite tout de même d’être racontée - que sieur Beulin s’est déclaré « Charlie », lors d’un déjeuner de presse tandis que la veille, Fabrice Nicolino, un de ses détracteurs les plus féroce [2] depuis de très nombreuses années notamment dans les pages de Charlie Hebdo, était en salle d’opération - et reste aujourd’hui hospitalisé - blessé aux jambes lors de la tuerie [3]. Je lui laisse d’ailleurs le mot de la fin : La messe serait donc dite ? Elle l’est, et depuis le début. Derrière le rideau de scène, la ferme des 1000 vaches, que nos compères Hollande-Beulin soutiennent de toutes leurs forces coalisées depuis le début. Le Foll, sur ordre volontairement consenti, a choisi l’industrie contre l’agriculture paysanne. La FNSEA contre la Confédération paysanne. L’infernale pollution des sols et des eaux contre le dynamique essor de la production bio. Le grand massacre de bêtes contre le respect dû à toute créature vivante. Qu’ajouter ? Ces gens me font honte.


[2Pas un simple ennemi « bête et méchant », un ennemi qui combat avec les armes de déconstruction massive que sont l’investigation, le recoupement des sources, les rencontres, les reportages, une flopée de convictions profondes et un soupçon de bon sens dans un monde qui part en vrille. Laure Noualhat, Non, tout le monde n’est pas Charlie, Six pieds sur terre, libération



 
Près de chez vous
inscrire votre événement
Soutiens