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Mieux maîtriser les conséquences des pluies torrentielles
Karine Thollier  •  Lionel Delvaux  •  30 mai 2016

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Les inondations dont plusieurs communes sont les victimes nous amènent à poser à nouveau les questions relatives d’une part à leurs causes et d’autre part aux moyens mis en oeuvre pour les empêcher. Du côté des causes, l’artificialisation des sols (développement des infrastructures mais surtout du bâti, gestion peu naturelle des berges des cours d’eau et des bassins d’orage) et la gestion des sols en agriculture sont identifiées comme les principales responsables. Quant aux réponses que l’on peut apporter à ces nuisances spectaculaires, elles sont relativement connues, mais elles peinent à être mises en place. La prévention y occupe une place prépondérante. Quelques considérations sur ces calamités que les climatologues nous annoncent plus fréquentes.

Le présent texte fut publié fin juillet 2014. Il reste parfaitement adapter aux épisodes pluvieux qui ont cours ces jours-ci. Voir aussi, le 22 juin 2012 : Les coulées de boue, la faute au Bon Dieu, le 23 juin 2011 : Les coulées de boue ne sont pas une fatalité !

Reprenons ! Les inondations sont-elles une fatalité ? Certes il est difficile d’empêcher la pluie de tomber, mais il est clair que l’homme a joué un rôle important dans le processus qui amène finalement une rivière à déborder ou une quantité élevée et inattendue d’eau à ne pas être "absorbée" suffisamment rapidement et donc à noyer villes, villages et champs. Les coulées de boue, peu présentes cet été du fait que les récoltes n’ont pas encore laissé les champs nus, constituent une autre conséquence parfois impressionnante de ces pluies diluviennes.

Imperméabilisation des sols

L’une des principales causes est l’imperméabilisation excessive des sols. Jusqu’à présent, pour résoudre ce problème, on a surtout pensé digues, barrages, rigoles d’écoulement... Mais les systèmes naturels peuvent aussi contribuer de manière significative à la régulation de l’écoulement de l’eau, tout en apportant un bénéfice écologique indéniable. Et, heureusement, ce constat commence à percoler. La commission Européenne a notamment lancé une étude en vue de préparer un guide méthodologique pour les Etats Membres. L’idée est que ces infrastructures vertes soient incorporées dans les mesures des deuxièmes plans de gestion de bassin hydrographique qui doivent être adoptés pour décembre 2015.

L’intérêt pour ces mesures naturelles de rétention d’eau, qui font partie de ce que l’on appelle plus globalement les infrastructures vertes, a émergé fortement au niveau Européen en 2013. D’abord suite à la publication de la Communication sur les infrastructures vertes (2013/0249) puis suite à la parution du BluePrint en novembre, où le rôle de ces mesures naturelles est mis en avant et où la Commission propose un soutien à leur inclusion au sein des deuxièmes plans de gestion hydrographiques, grâce à une guidance en cours d’élaboration.

L’intérêt des mesures naturelles de rétention de l’eau saute rapidement aux yeux : moins coûteuses que les solutions technologiques classiques, elle amènent généralement des bénéfices directs et indirects. Plutôt qu’un bassin d’orage qui ne fait que retenir l’eau pendant une courte période de temps, une zone de débordement contrôlé de cours d’eau ne requiert pas de béton, n’est pas difficile à entretenir et abrite également une faune et une flore qui sont en régression constante spécifiques à cet habitat. Le reméandrement des cours d’eau permet lui de réduire la vitesse d’écoulement et donc l’érosion de la terre en cas d’augmentation de débit.

L’intérêt accru de la Commission européenne pour les mesures naturelles de rétention d’eau devrait, on l’espère, donner de l’inspiration à nos politiques. La Wallonie a décidé de tenter de rattraper son retard en matière de plans de gestion par district hydrographique et a lancé une enquête publique sur les grandes questions que devront résoudre ces plans (nous y reviendrons dans quelques semaines...) ; la lutte contre les inondations y figure, parmi d’autres.

En parallèle, la Wallonie se penche plus particulièrement sur sa stratégie de lutte contre les inondations. La cartographie des zones inondables wallonnes a été mise en jour fin 2013. En plus de la carte d’aléas d’inondation, deux cartes on été créées : la carte des zones inondables permet de préciser les zones inondables en fonction de scénarios (inondations à 25, 50 ou 100 ans), et la carte des risques d’inondation permet de visualiser rapidement les zones où les inondations affecteraient le plus grand nombre d’habitants. Par ailleurs, des plans de gestion de risque d’inondation sont en cours de rédaction et devraient être soumis à enquête publique début 2015.

Voir aussi : Bassins d’orage, creuser et la nature fait le reste !

Les coulées de boue ne sont pas une fatalité !

Par-delà une multiplication de la fréquence et de l’intensité des épisodes pluvieux, la répétition des coulées de boue à laquelle nous sommes régulièrement confrontés trouve son origine dans une modification des pratiques agricoles et la spécialisation des exploitations. Ainsi, l’abandon de l’élevage a eu pour conséquence le labour de prairies, souvent en pente, qui formaient une ceinture verte autour des villages ruraux, les protégeant de ces coulées boueuses. Par ailleurs, la taille des parcelles cultivées, facteur important de risque d’érosion, n’a cessé de s’accroître conjointement au volume des exploitations, aux remembrements et aux échanges de terre entre exploitants. Dernier élément notable, la qualité des sols cultivés s’est fortement dégradée avec une réduction importante du taux de matière organique, ce qui joue tant sur la capacité d’infiltration de l’eau que sur la cohésion du sol.

Rappelons que pour lutter contre ces phénomènes, les agriculteurs wallons peuvent bénéficier de manière volontaire du soutien d’une équipe technique spécialisée. La Région finance à ce titre des dispositifs anti-érosifs via son régime de mesures agro-environnementales. Toutefois, purement incitatif, ce système semble manquer cruellement de volontaires. Pourtant à bien observer nos campagnes, ce ne sont pas les signes annonciateurs de problèmes qui manquent : l’érosion diffuse y est importante et nombre de ravines sillonnent nos terres de culture.

Outre la nécessité d’interdire la culture sur des parcelles présentant un risque trop important (risque érosif estimé à 30 tonnes/an), il importe de renforcer significativement les normes actuelles. La culture sur des parcelles à risque devrait ainsi inclure des aménagements spéciaux, notamment des bandes enherbées permanentes dont le nombre et la largeur seraient proportionnels. Et si malgré ces dispositifs, les problèmes persistent, il conviendrait de conditionner la culture au respect de propositions (redéfinition du parcellaire, limitation de certaines cultures, création de talus...) émises par l’un des conseillers techniques régionaux compétent sur le sujet.

En l’absence d’une prise en charge volontariste, les riverains, les communes et l’environnement continueront à prendre l’eau.




 
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