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Mobilisations « climat » : montée en puissance et en détermination
Noé Lecocq  •  8 novembre 2018  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre

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« Nos politiciens, sous l’influence des grandes entreprises, nous ont laissé tomber. Alors qu’ils emmènent la planète au bord du gouffre, il est temps de désobéir de manière non violente et perturbatrice. » C’est par ces mots que Georges Monbiot, éditorialiste du Guardian, résumait il y a quelques jours une perception grandissante parmi les citoyens qui se mobilisent pour la sauvegarde d’une planète habitable. Dans un nombre croissant de pays, le ton des mobilisations pour le climat est en train d’évoluer. Le politiquement correct se voit dépassé par un discours plus direct qui se veut en phase avec la gravité de la situation. Analyse.

Une crédibilité politique qui s’effondre

Dans une tribune publiée début septembre dans l’Echo, un groupe de citoyens belges s’impatiente :

« Aucune politique ne semble à la hauteur des actions à mener pour enrayer le changement climatique. (…) Avez-vous dû modifier une seule de vos habitudes dans votre mode de vie, à la suite de l’action des autorités publiques, durant ces 5 dernières années ? Avez-vous été sérieusement incités à isoler votre logement et renoncer au mazout, à manger plus végétarien et moins de viande, à rouler davantage en vélo et à abandonner votre voiture, à partir en vacances en train et pas en avion, à acheter en deuxième main et faire réparer plutôt qu’acheter neuf ? »

Et d’appeler à utiliser les élections pour « démettre les élus passifs et voter en faveur des candidats qui mèneront une véritable transition sociétale ».

Même tonalité en France, où l’Astrophysicien Aurélien Barrau rencontre un écho national suite à une tribune portée avec 200 personnalités médiatiques :

« Plus aucun pouvoir politique qui ne ferait de la sauvegarde de la planète sa priorité n’est aujourd’hui crédible. On ne peut pas être gouvernés par des gens qui nient la vie. »

« Toute politique qui n’est pas prioritairement écologique est aujourd’hui caduque, parce qu’elle est un crime contre l’avenir. (…) On ne peut pas continuer de faire semblant que tout est compatible avec tout. Il faut s’opposer à un peu de notre liberté, à un peu de notre confort mais c’est finalement pour avoir la possibilité de continuer à jouir d’une planète habitable.  »

En Angleterre, le lancement le 31/10 du mouvement pacifique Extinction Rebellion est soutenu par une centaine d’académiques qui s’expriment en ces termes :

« Nous ne tolérerons pas que ce gouvernement, ou tout autre, ne prenne pas de mesures énergiques et urgentes face à l’aggravation de la crise écologique. La science est claire, les faits sont incontestables et il est inadmissible pour nous que nos enfants et petits-enfants aient à supporter le poids terrifiant d’un désastre sans précédent fabriqué par nous-mêmes. »

« Notre gouvernement est complice dans son incapacité à reconnaître le fait que la croissance économique infinie sur une planète aux ressources limitées n’est pas viable. Au lieu de cela, il fait la promotion irresponsable d’un consumérisme effréné dans un marché débridé et il laisse les émissions de gaz à effet de serre augmenter. »

« Lorsqu’un gouvernement se détourne délibérément de sa responsabilité de protéger ses citoyens et d’assurer l’avenir pour les générations futures, il manque à son devoir le plus essentiel. Le « contrat social » est rompu, et c’est donc non seulement notre droit, mais aussi notre devoir moral de contourner l’inaction et le manquement flagrant au devoir du gouvernement, et de nous rebeller pour défendre la vie elle-même. »

Ce mouvement, qui envisage de bloquer une partie de Londres au mois de novembre, est mu par un slogan qui résume clairement la perspective adoptée : « L’espoir meurt, l’action commence ».

Points communs entre ces initiatives ? D’abord la tonalité directe, résultant d’une volonté de ne plus cacher ou minimiser la gravité objective de la situation. Ensuite la charge envers le monde politique qui, bien que l’ensemble de ses membres ne soient pas mis dans un même sac, se voit néanmoins tenu de reconquérir une légitimité en désintégration rapide, et de montrer qu’il peut encore servir à quelque chose pour défendre le bien commun. Troisièmement, ces initiatives sont authentiquement citoyennes : aucune d’elles n’émane de la société civile institutionnalisée, des ONG ou des associations environnementales. Elles sont d’abord l’œuvre d’individus, de femmes et d’hommes qui à un moment décident de s’exprimer et d’agir en tant que citoyens, sur des questions qui ne sont pas directement liées, la plupart du temps, à leur champ professionnel.

Et ironiquement, les ONG sont parfois la première cible, amicale, de ces initiatives citoyennes : ainsi Greenpeace UK a vu son siège occupé par Extinction Rebellion fin octobre, pour l’encourager à s’engager activement dans la campagne de désobéissance civile qui est mise sur pied…

Occuper le terrain et contester la légalité de ce qui détruit la planète

En termes de mobilisation, la tendance n’est pas neuve mais les mouvements se cristallisent sur l’occupation physique du terrain, en particulier dans les lieux ayant valeur d’exemple : mine de charbon de Hambach, en Allemagne, connue pour être la première source de gaz à effet de serre en Europe ; projets de fracturation hydraulique ou d’extension d’aéroport en Grande-Bretagne ; contournement autoroutier de Strasbourg (GCO) en France, etc. L’action juridique est également de mise, pour contester la légalité des projets qui contribuent à la destruction planétaire.

En Belgique, plusieurs initiatives vont dans le même sens et auront un certain retentissement dans les semaines et mois avenir. Citons-en quatre, sans exhaustivité :

  • 18 novembre 2018 : Trail du Second Souffle (et ses marches)
    Mobilisation sportive, sous le signe du #StopBeton, pour la sauvegarde de la vallée de la Vesdre grâce à l’abandon du projet de contournement autoroutier « CHB » à l’Est de Liège.
  • 27 novembre 2018 : Grève pour le Climat
    Stopper le travail pendant une heure et organiser sur son lieu de travail une discussion avec ses collègues sur la façon de lutter contre le réchauffement climatique, à quelques jours de la COP24.
  • 2 décembre 2018 : Claim the Climate
    Marche pour le climat à Bruxelles, qui se veut la plus grande manifestation jamais réalisée en Belgique pour le climat.
  • 2019 : L’affaire Climat
    Procès contre les gouvernements fédéral et régionaux de Belgique, soutenu à ce jour par 38.581 citoyens et visant à « forcer l’État à respecter ses engagements en matière de politique climatique ».

« Sommes-nous devenus à ce point insensibles que nous nous satisfassions de rester inertes face à l’énormité du réchauffement climatique ? » demandent près de 20.000 citoyens ayant signé l’appel pour déclarer l’état d’urgence environnementale en Belgique.

Il faudra certainement du temps et beaucoup de persévérance pour que ces initiatives mènent à de réels changements, il faudra dépasser les égoïsmes consuméristes présents dans notre société, ainsi que les logiques d’accumulation du profit. Cependant, la plus grande force de ces initiatives réside peut-être dans le sentiment de dignité qu’elles confèrent à celles et ceux qui les portent et qui y participent. Ce sentiment qui jaillit dans l’action, avec la conscience de faire ce qui nous paraît juste, peut nous tirer collectivement vers le haut, et peut-être libérer notre monde de sa spirale infernale.




 
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