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Myrrha, nouveau joujou nucléaire du Gouvernement fédéral
Arnaud Collignon  •  26 septembre 2018  •  Nucléaire  •  Energie

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Des millions pour le secteur nucléaire

Le Gouvernement fédéral est décidément plein de surprises sur la question du nucléaire. Alors que d’un coté il soutient mordicus qu’il veut en sortir en 2025, (même si nous sommes plus que dubitatifs sur sa volonté réelle), il décide d’attribuer un demi milliard d’argent public dans le financement d’un projet de réacteur nucléaire expérimental, le projet Myrrha. Cet investissement fait suite à un autre de 394 million€ qui avait déjà été attribué en 2010. Bref, bon an mal an, on approche du milliard d’euros attribués à un projet qui ressemble de plus en plus à un puits sans fond.


Ce qui ne manque pas de piment, c’est qu’une partie de ce pactole viendra du Fonds de transition énergétique créé par la ministre Marghem en contrepartie de la prolongation des réacteurs de Doel 1 et 2. A l’époque la ministre avait promis-juré-craché que l’argent collecté auprès des opérateurs nucléaires ne retournerait pas dans les caisses du secteur. Paroles, paroles, paroles (air connu). Je vous prends d’une main et vous rends de l’autre…

C’est que le budget de Myrrha n’a cessé de gonfler ces dernières années. Alors qu’en 2011, son directeur parlait de 960 millions €, on en est aujourd’hui à près d’1,6 milliards €… En outre, le projet peine à trouver d’autres investisseurs. Pour les dénicher, le Gouvernement belge s’est fait le délégué commercial de Myrrha, le Secrétaire d’Etat au commerce, Peter De Crem, n’ayant pas hésité à prendre son bâton de pèlerin pour démarcher les investisseurs.

Pourquoi Myrrha ?

La justification apportée par le gouvernement au soutien de ce projet est qu’il pourrait apporter une solution à l’insoluble question des déchets nucléaires…. Une des applications potentielles des expérimentations qui seraient menées dans ce réacteur expérimental serait la transformation des déchets de haute intensité en déchet de moindre intensité… Mais la route semble longue avant cet hypothétique résultat et le résultat bien incertain. Ainsi le professeur Gilbert Eggermont, ancien membre du conseil scientifique du gendarme nucléaire, l’AFCN, souligne à quel point le projet est « un énorme risque économique assorti de nombreuses questions en terme de sécurité, d’environnement et de risque de prolifération nucléaire » [1]. En outre cela ne permettrait pas de faire disparaître les déchets nucléaires de haute intensité, les déchets transformés resteraient dangereux pour des milliers d’années… De là à parler d’une solution.

Mais la question principale demeure clairement l’opportunité pour un gouvernement qui entend sortir du nucléaire d’investir massivement dans le développement de cette technologie. Le professeur Eggermont soulignait dans son rapport combien cette décision « surprenait la plupart des observateurs internationaux qu’un pays avec une loi de sortie du nucléaire (…) autorise et finance un programme gigantesque qui vise à faire le contraire » [2]. A l’heure ou la transition énergétique regorge d’opportunités pour investir dans la recherche et le développement (le stockage de l’électricité, la gestion de la flexibilité…), le gouvernement fédéral semble s’accrocher au nucléaire comme une moule à son rocher…


[1NUCLEAR ENERGY GOVERNANCE SEPIA PROJECT ; Gilbert Eggermont (VUB) Jean Hugé (VUB) ; Belspo ; 2011 ; P76

[2P.75



 
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