La Fédération
 
Opinions
 
Actualité
 
Actions !
 
Campagnes
Mobilité
 
Aménagement du territoire
 
Energie, climat
 
Economie
 
Agriculture, nature
 
Pollution, environnement, santé
Formations & Appui
 
Newsletters
 
Nos sentiers : un patrimoine à préserver !
Juliette Walckiers  •  8 septembre 2010  •  Aménagement du territoire  •  Accessibilité / Mobilité  •  Tourisme et loisirs

En Belgique, comme dans la plupart des pays européens, il existe un patrimoine à la fois historique, culturel et naturel qui n’est pas inscrit au Patrimoine universel de l’UNESCO et n’apparaît même pas dans les missions de l’Institut du Patrimoine wallon, il s’agit de nos sentiers !

Les chemins et sentiers sont qualifiés de « vicinaux » parce qu’ils mettent en communication des villages entre eux. Leur origine est si ancienne qu’elle échappe à la mémoire des hommes. C’est à l’époque de l’apparition de la sédentarité et de l’agriculture que remonte le tracé du réseau de base de la plupart des chemins ruraux. Quand, en 58 avant J.-C., César arriva en Gaule, il fit construire un important réseau de communications routières. Ces chaussées romaines reliaient les agglomérations urbaines entre elles et certaines reprenaient le tracé des anciennes voies gauloises. Bien plus tard, l’occupation française lègue à la Belgique une administration des ponts et chaussées et une classification des routes selon leur importance. Après la révolution de 1830, la Belgique s’engage dans un vaste plan de développement des réseaux de communication. Les communes vont alors améliorer les chemins vicinaux jusque là négligés. Le 10 avril 1841, la loi sur la voirie vicinale est promulguée. Ce fut le point de départ de l’établissement des Atlas des chemins vicinaux. Ce sont les Communes qui les établiront. Les quelque 3000 km de chemins vicinaux doublent en dix ans. Malheureusement, la tendance s’est ensuite inversée : beaucoup de sentiers ont disparu. Revente, usurpations, prescription trentenaire extinctive, coupure par de gros axes routiers, manque d’entretien,... de nombreux chemins sont devenus de moins en moins praticables et pratiqués.

A leur origine, ces sentiers étaient pourtant des lieux vivants : paysans, commerçants, artisans et écoliers les utilisaient quotidiennement et s’y rencontraient. Sur certains sentiers apparaissent des potales. Elles étaient placées à un carrefour, au bord d’un chemin pour la protection des voyageurs ou en commémoration d’un événement. Des chapelles ou stèles jalonnaient également les sentiers et quelques-uns de ces petits bâtis peuvent encore être admirés. Nos sentiers sont bel et bien un héritage historique qui nous rappelle les us et coutumes de nos ancêtres.

Préserver nos chemins et sentiers, n’est-ce donc pas utile pour préserver une trace de notre histoire ? De la même manière que l’on rénove un château ou une vieille ferme ?


Sentier à Gourdinne

Au-delà de l’intérêt historique ou culturel à conserver nos sentiers, il existe aussi un intérêt naturaliste. Ces petites voies sont en effet des milieux généralement riches en biodiversité, refuges pour la faune et la flore. Ce sont de véritables corridors biologiques qui forment un maillage d’espaces de « nature » au sein de milieux plus artificiels. Lieux de rencontre avec la nature, ces sentiers ont un rôle important à jouer d’un point de vue de l’éducation environnementale, parce que découvrir et connaître notre milieu permet de l’apprécier, de prendre conscience de sa fragilité et de la nécessité de le protéger. Par ailleurs, ces sentiers s’inscrivent dans des paysages typiques et admirables à préserver.

Parce qu’ils sont des témoins de notre passé et des espaces naturels appréciables, les chemins et sentiers vicinaux de notre pays ne devraient-ils pas être reconnus comme partie intégrante de notre patrimoine ? Certainement. De plus, ce patrimoine est un héritage utile et qui pourrait l’être de plus en plus. D’un point de vue économique, le maintien des chemins et sentiers est primordial au développement du tourisme « doux » et du tourisme « vert ». D’un point de vue environnemental, les petites voiries vicinales sont nécessaires au transfert modal qui doit aujourd’hui être encouragé étant donné les limites du « tout à la voiture » qui a prévalu ces dernières décennies. La pollution et les accidents générés par les véhicules motorisés ont un coût de plus en plus lourd sur la santé et sur l’environnement. De plus, la voiture individuelle est un mode de déplacement peu durable étant donné sa dépendance aux ressources pétrolières, énergie non renouvelable et en voie d’épuisement. Nos chemins et sentiers nous invitent à une autre mobilité, plus durable.

L’auteur tient à remercier Sylviane Gilmont, de Sentiers.be, pour la mise à disposition de son expertise et ses apports constructifs.




 
Voir aussi
Dans la même rubrique
Soutiens