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Nos villes se sont construites à proximité des rivières
Véronique Hollander  •  29 avril 2014

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Depuis 2005, Vesdre-Avenir défend l’intérêt paysager, patrimonial, économique et environnemental des centres-villes et plus particulièrement des bords de rivières.
C’est lorsque Forum Invest a proposé à la Ville de Verviers un projet de centre commercial de 25 000 mètres carrés recouvrant la Vesdre que plusieurs Verviétois ont choisi de se mobiliser.
Leur action a pris fin en juin 2013. Le centre commercial sera édifié. Vesdre Avenir a obtenu que la Vesdre ne soit pas recouverte, mais les bords de la rivière ne seront plus un lieu de vie pour les Verviétois : un mur de 20 mètres de haut courra sur près de 250 mètres le long de la berge.

Entretien avec Jean-Noël Crickboom, une des chevilles ouvrières de Vesdre-Avenir.


Se mobiliser collectivement n’est pas évident, beaucoup essayent sans pour autant y arriver. Pour Vesdre-Avenir comment cela s’est-il passé ?

Tout a commencé par une réunion de présentation du projet aux commerçants et aux mandataires politiques. Certaines personnes proches des commerçants nous ont invités, c’est à cette occasion que nous nous sommes rencontrés, la majorité ne se connaissaient pas avant. En sortant de cette réunion de présentation du projet, nous avons été plusieurs à discuter et à trouver important d’au moins se revoir pour parler de ce projet de centre commercial.
Cette première rencontre entre citoyens a rassemblé un peu monsieur-tout-le-monde et certains ont ressenti la possibilité de défendre l’intérêt commun. Nous nous sommes retrouvés autour de la rivière qui risquait d’être saccagée ; la rivière comme lieu de vie, comme patrimoine. C’est sur cette base que Vesdre-Avenir est née. Au début nous nous sommes beaucoup réunis et cela pouvait, parfois, être lourd de tenir des réunions, chaque semaine, jusqu’à 2-3 heures du matin.
Très vite, nous avons mis sur pied un site internet pour informer les citoyens et nous nous sommes tournés vers la presse pour communiquer largement.

Et vous aviez des ressources autour de vous pour construire un site, communiquer vers la presse ?

Nous avons fait avec les ressources disponibles. Pour une interview télé, par exemple, nous nous sommes fait aider par une personne de l’université qui nous a préparés. Nous avons fait des exercices face caméra et ensuite il nous indiquait les éléments à corriger et améliorer. Nous sommes au départ des amateurs qui avons dû prendre le taureau par les cornes. Les promoteurs et les politiques ont toujours pensé que nous avions des accointances pour arriver à mobiliser comme nous le faisions, mais non, c’est bien le message qui a entraîné la mobilisation citoyenne.
L’idée de la pétition est aussi venue vite. Nous avons récolté plus de 20 000 signatures, en rue, en discutant avec les gens. Et plus qu’une pétition, elle a été, pour nous, un test. Elle nous a permis de vérifier que nous défendions bien un message auquel les citoyens adhéraient. Nous nous sommes sentis porté par les citoyens

Combien de temps a duré votre mobilisation ?

+/- 7 ans d’action. Nous avons débuté en septembre 2005 et nous avons arrêté il y a un an, suite à une décision du conseil d’état qui n’accordait pas la suspension du projet aux riverains.
Mais nous avons obtenu des choses intéressantes. Notamment lorsque Benoît Lutgen est venu à Verviers déclarer qu’il n’accepterait pas le recouvrement des rivières en Wallonie. Cela a incité le promoteur à revoir son projet sans recouvrement de la Vesdre.
Mais il y aura toujours un mur de 20 mètres de haut sur 250 mètres de long en à pic à la berge. Et le mastodonte sera peut-être encore plus important car le Ministre Henry, prétextant une « amélioration » de la mixité du projet, a imposé quelques habitations sur sa toiture.
Malgré ce qui a été prétendu par les adeptes de cette ineptie urbanistique, nous n’étions pas des jusqu’au-boutistes, refusant tout projet de centre commercial. Nous avons proposés des balises pour que tout projet d’aménagement soit respectueux du cadre de vie.

Quels ont été les moments les plus difficiles de votre action ?

Les retournements de vestes politiques, nous en avons vu quelques-uns. Ou les journalistes qui ne sont pas libres d’écrire parce que le promoteur fait de la publicité dans leur journal. Le plus décevant a été l’irresponsabilité politique à moyen et long terme. Nous ne nous sommes pas retrouvés dans une situation où les acteurs politiques nous expliquaient qu’ils devaient prendre telle décision pour telle raison, mais dans une situation où dans le même temps on nous demande de nous battre, de produire des arguments et où ceux qui nous les demande les jettent et n’en tiennent pas compte. Ils n’ont pas mesuré l’importance des choses à long terme, ils ont répondu à des logiques qui leurs sont propres.
La déception n’est jamais venue des citoyens, il y avait un respect énorme de leur part.
Nous nous sommes organisés de façon démocratique, nous avons produit des analyses et des arguments de façon professionnelle et cela n’a pas été apprécié à sa juste valeur.

Tu m’as dit que dès le départ, vous vous êtes inscrit dans une vision plus globale de la défense de l’environnement. Comment cela s’est-il concrétisé ? Pour des personnes qui ne vous connaissent pas bien, votre action peut paraître plutôt locale ?

Nous avons essayé de tirer le projet hors du local. Nous avons été invités à Bucarest, à Bruxelles et en France pour parler de la préservation des rivières. Parce que cela se passe à Verviers et que ça touche des intérêts particuliers, certains préfèrent cantonner le phénomène à du local alors qu’il s’agit d’une situation exemplative pour toutes les villes.

Qu’est-ce que cette mobilisation t’a apporté sur le plan personnel ?

Je ne suis pas satisfait du résultat, j’ai toujours pensé qu’un moment donné le bon sens prendrait le dessus pour des choses aussi importantes. Actuellement je suis toujours très déçu par l’attitude de nos dirigeants. Nos enfants, nos proches et finalement tous ceux qui se sont rassemblés pour permettre un tel combat ont apprécié. C’est le plus important. Quant à ce qu’il adviendra du centre de Verviers pour ses habitants, chacun appréciera d’ici quelques années …

Quel enseignement général tires-tu de ton expérience ?

Que cela vaut la peine de se battre, c’est important de prendre ses responsabilités de citoyen. Au bout du compte je suis triste de constater que c’est quand même « le pot de terre contre le pot de fer ». On l’avait entendu au début de l’action, mais nous n’avions d’autre choix que de refuser un tel fatalisme …
D’une manière générale je suis d’une part très heureux d’avoir rencontré des personnes plus qu’intéressantes, et d’autre part plutôt inquiet pour l’environnement.

Si tu pouvais donner un conseil à un collectif qui se lance dans l’opposition à un projet de ce genre ce serait lequel ?

Le plus important c’est l’état d’esprit. Il faut bien sûr essayer de fonctionner en s’organisant, en se structurant, en réfléchissant continuellement à la meilleure stratégie possible, mais tout en gardant le plus grand respect pour chacun. Se mobiliser en faveur d’un idéal, mais en conservant les deux pieds sur terre.

Quel avenir envisages-tu pour ton association ?

Nous nous sommes battus pour quelque chose de ponctuel et nous sommes au bout du processus. Le fonctionnement de la ville ne permet hélas pas de tirer profit de toute la recherche citoyenne mise en œuvre. Par conséquent, nous avons enfin la possibilité de souffler et de nous ressourcer. Nous souhaitons que quelque chose sorte de notre expérience mais nous ne savons pas encore sous quelle forme.

Merci Jean-Noël




 
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