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Nous étions cent mille !
Geoffroy Deschutter  •  17 octobre 2013  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre

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« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port »

Ainsi parle le Cid, revenu en héros de la bataille. Nous, nous étions cent mille ! Cent mille arrivés au port de Copenhague. Cent mille venus de toute l’Europe, de tous les horizons, de toutes les militances. Cent mille à défiler, avec passion, pour notre climat, notre planète. Ce fut notre bataille à nous. En sommes-nous, comme le Cid, revenus en héros ?

En tout cas, pour moi, militant de l’environnement depuis quelques décennies, il y aura bien un avant et un après Copenhague. Jamais avant Copenhague, il n’y avait eu de manifestation de 100.000 personnes pour un enjeu environnemental.

Quelques jours plus tôt, à Bruxelles, nous étions déjà 10.000 et là aussi, ce fut sans précédent. Là, dans ma ville, je me suis senti porté par cette foule qui nous suivait, nous supportait, nous portait en avant, nous envoyait à Copenhague. Copenhague aura en tout cas démontré cela : l’environnement est un enjeu de société susceptible de mobiliser 100.000 personnes. Donc oui, nous sommes revenus de la bataille avec une forme de victoire.

Dans quelques semaines, nous reprendrons le train. Le train de Varsovie cette fois (Comment ? Vous n’êtes pas encore inscrit ?). Ce que nous savons déjà, c’est que les attentes envers la C.O.P. de Varsovie ne sont pas démesurées. Ce que nous savons aussi,c’est qu’il n’y aura plus les 100.000 personnes de Copenhague. La vague qui nous avait alors portés est-elle retombée ? Oui !

Mais les vagues ne sont que les composantes d’une marée, comme les batailles ne sont que les épisodes d’une guerre. Le plus grand acquis de Copenhague, ce n’est pas que nous ayons gagné ou perdu cette bataille là. Le plus grand acquis c’est que, aujourd’hui, le champ de bataille existe. A partir de là, l’enjeu est bien d’investir, au mieux, ce champ de bataille. Quelles sont donc les batailles essentielles que nous avons à y mener ?

La pièce du Cid a été représentée pour la première fois en 1637. Juste quatre années après que Galilée ai failli être condamné pour avoir affirmé que la terre tournait autour du Soleil. « Et pourtant elle tourne ! » aurait-il marmonné après avoir accepté de se renier. Pourtant aujourd’hui, c’est un lieu commun.

Ce qui a empêché les hommes de son temps de croire Galilée n’est pas la valeur de son travail scientifique. Ce qui les a poussé à le condamner, c’est que son affirmation, pourtant scientifique, était révolutionnaire au sens politique du terme. Elle remettait fondamentalement en cause l’ordre du pouvoir établi.

Nous ne devons pas nous faire d’illusion sur l’ampleur et la nature des batailles que nous menons et sur celles qu’il nous reste à mener. Pas plus que sur les résistances auxquelles nous avons à faire face. Les questions climatiques ne sont plus l’objet de débats scientifiques, ce sont des questions qui adressent des enjeux de pouvoirs. Elles ne remettent pas en cause des interprétations scientifiques, elles remettent fondamentalement en cause la vision dominante, le modèle de société dans lequel nous vivions et le rang des priorités tel que ce modèle le défini.

Cette radicalité de la posture, nous allons devoir sans doute l’assumer pour réellement faire avancer nos batailles. Et notre force, comme pour Galilée, c’est bien que nous savons que la vérité scientifique est factuelle et que, de ce fait, la société devra l’intégrer, pas seulement comme une information mais comme une remise en cause fondamentale du modèle de développement. Il y a lieu d’intégrer la finitude de la planète comme un enjeu structurel et consubstantiel à tout développement. Et c’est une question de pouvoir, bien plus que de Science…

« Et pourtant elle est finie ! »