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Objectif énergie climat 2020 : l’UE en bonne voie, la Belgique à la traîne
Cécile de Schoutheete  •  29 octobre 2015  •  Efficacité énergétique  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre  •  Energies renouvelables

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L’agence européenne de l’environnement vient de publier l’édition 2015 de son rapport "Trends and projections in Europe 2015" qui évalue les progrès de l’UE dans l’atteinte des objectifs énergie et climat 2020 [1].Le rapport analyse les données 2013 et donne des premières estimations pour 2014. Les tendances sont présentées pour l’UE dans son ensemble ainsi que par Etat membre.

L’UE en bonne voie pour 2020…

Pour 2013, le rapport confirme la tendance des années précédentes : l’UE est en bonne voie pour atteindre les objectifs du paquet énergie climat 2020.

- Le déploiement constant des énergies renouvelables a fait monter leur part à 15% de la consommation finale d’énergie en 2013. L’UE devra maintenir ce taux de croissance pour atteindre son objectif de 20% en 2020 alors qu’avec le temps, les projets deviennent plus coûteux à développer et que des barrières économiques persistent dans certains Etats membres.

- La consommation d’énergie primaire en 2013 a diminué de 8,3% par rapport à 2005. Cette tendance devra être poursuivie pour atteindre l’objectif d’efficacité de 20% en 2020 (qui équivaut à une réduction de 13,2% de la consommation d’énergie primaire par rapport à 2005). La baisse enregistrée entre 2005 et 2013 s’explique par les mesures d’efficacité énergétique mises en place à travers les Etats membres ainsi que par la récession économique. En cas de reprise économique, l’UE aura plus de mal à atteindre son objectif. Deux études de la Commission publiées en 2014 intègrent des projections économiques. Elles concluent que l’UE risque de manquer son objectif de 0 à 3%. A noter par ailleurs, que l’ensemble des objectifs d’efficacité énergétique annoncés par les Etats membres dans leurs plans nationaux est inférieur de 3% à l’objectif de 20%...

- Les émissions de gaz à effet de serre en 2013 étaient de 19, 8% inférieures à celles de 1990. L’objectif climat est donc presque atteint, avec 7 ans d’avance ! Une tendance qui s’est confirmée en 2014, puisque les premières estimations pour l’année dernière chiffrent les émissions à -23%. Une bonne nouvelle à condition que les quotas excédentaires ainsi engrangés ne soient pas transférés à la période 2020-2030 affaiblissant d’autant l’objectif climat 2030 déjà jugé insuffisant. La réduction de l’intensité énergétique de l’économie européenne ainsi que le développement des énergies renouvelables sont les principaux facteurs explicatifs de la baisse observée des émissions. Ces facteurs permettent contrebalancer les effets à la hausse de la croissance démographique et économique ainsi que de changements dans le mix énergétique du gaz vers le charbon.

…mais pas pour 2050

Le rapport évalue également les progrès de l’Union dans l’atteinte de ses objectifs à plus long terme : 2030 et 2050. Cette mise en perspective illustre la faiblesse des objectifs 2020 et 2030 et l’ampleur de la tâche encore à réaliser d’ici 2050. Pas question de reposer sur ses (maigres) lauriers ! L’Europe devra encore fournir des efforts considérables pour atteindre l’objectif de 80 à 95% de réduction des émissions d’ici 2050.

- Le rythme de réduction des émissions devra s’accélérer entre 2020 et 2030 et être multiplié par 3 ou 4 après 2030 par rapport à la tendance que nous connaissons ces dernières années (voir le graphique ci-dessous).

- En matière d’énergie renouvelable, la tendance actuelle devra se poursuivre après 2020 pour atteindre l’objectif de 27% d’énergie renouvelable en 2030, ce qui est loin d’être évident. Après 2030, le taux de croissance devra être multiplié par 2 ou 3 par rapport à celui de la période 2005- 2013.

- L’objectif de 27% d’efficacité énergétique en 2030 représente carrément un ralentissement de la tendance : 0,8% de réduction de la consommation d’énergie primaire par an entre 2020 et 2030 contre 0,9% entre 2005 et l’objectif 2020. Un comble alors que les économies d’énergie sont la clé de la décarbonisation de notre économie.

La Belgique : un bulletin insuffisant !

La copie de notre pays laisse, elle, à désirer. Alors que 13 pays sont sur la voie d’atteindre leurs trois objectifs, la Belgique fait partie des cinq pays qui ne reçoivent pas une note satisfaisante pour deux des trois objectifs.

- Seule l’évolution des énergies renouvelables est dans le vert. La tendance sera néanmoins difficile à maintenir côté wallon étant donné le tassement observé des capacités renouvelables installées en 2014 [2]. Le secteur photovoltaïque ne s’est pas encore remis des valses hésitations de l’exécutif en matière de soutien à la filière et le développement de l’éolien est freiné par de nombreux recours.

- La Belgique reçoit une note « orange » en matière de gaz à effet de serre. Les émissions 2013 sont inférieures à l’objectif annuel. Par contre, selon les projections pour 2020, les émissions seraient supérieures aux objectifs annuels à partir de 2017 avec un dépassement de plus de 6% de l’objectif en 2020 ! Les flexibilités offertes par la directive permettraient à la Belgique d’atteindre malgré tout son objectif en mettant en réserve les quotas excédentaires accumulés en début de période pour combler les déficits des dernières années.

- En matière d’efficacité énergétique, la Belgique est notée dans le rouge avec une consommation d’énergie primaire en 2013 (tout juste) au dessus de la trajectoire de réduction linéaire sur la période 2013-2020.

Des mesures additionnelles sont indispensables pour remettre notre pays sur les rails. Alors que les négociations sur le burden sharing connaissent une énième complication, ce rapport est une nouvelle piqure de rappel de l’urgence d’aboutir à un accord.


[1Pour rappel, en 2020 :
- 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Cet objectif est subdivisé en 2 sous-objectifs : -21% par rapport à 2005 pour le secteur ETS et -9% par rapport à 2005 pour les secteurs non ETS ;
- 20% d’énergie renouvelable dans la consommation finale d’énergie ;
- 20% d’efficacité énergétique (par rapport aux projections d’un scénario « business as usual » pour 2020).



 
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