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On a perdu le développement durable
Fil d’infos  •  1er juin 2015

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Alors que s’ouvre la Semaine du développement durable, ce concept semble plus présent que jamais. Mais il est devenu une expression floue, plutôt qu’un programme politique à réaliser. Où en est-on aujourd’hui et ce concept apporte-t-il des évolutions concrètes ?

Après la chute du Mur de Berlin au tournant du 20e siècle, l’ONU s’est mobilisée autour d’un projet mondial qui devait réunir « l’environnement » et le « développement » sous l’égide d’une expression très consensuelle, le développement durable, ou soutenable, si l’on veut traduire le terme anglais initial de sustainable de la sorte.

La Conférence de Rio pour l’environnement et le développement en 1992 fut un moment majeur d’espoir : des réorientations de grande envergure semblaient pouvoir s’engager. Un vaste programme appelé Agenda 21 fut approuvé par les Etats, de même que la Convention des Nations unies sur le changement climatique, qui va réunir sa 21e « conférence des parties » à Paris cette année, ou encore une Convention sur la protection de la biodiversité.

Une expression floue plus qu’un programme politique

Durant les années 90, à la faveur du multilatéralisme, de nombreux engagements ont été pris dans tous les pays en vue d’améliorer des problèmes d’environnement tout en les coordonnant à des avancées relatives au développement humain. Cependant la décennie 2000 vit un affaiblissement de ce mouvement, à mesure que le hiatus entre ce projet et les tendances réelles des impacts environnementaux grandissaient, dans une dissension d’intérêts nationaux. Lors du nouveau Sommet de la Terre, en 2012, à Rio de Janeiro, les accords engrangés alors apparaissaient bien timides à l’aune de l’espoir initial.

Pour autant le développement durable semble plus omniprésent que jamais. Mais il est devenu une expression floue, plutôt qu’un programme politique à réaliser. Ce n’est pas faute d’avoir créé des institutions. Il en existe de nombreuses, dans tous les pays, et la France n’est pas en reste. Cependant la possibilité de réorganiser le développement par des actions transversales, au bénéfice des besoins humains ou de la qualité de la vie, est apparue difficilement concrétisable dans la réalité politique.

Il est probable que l’on ait surestimé la dynamique supposée naître d’une convergence bénéfique entre « environnemental, social et économique », ces trois dimensions du développement durable en fait floues et multiformes. Surtout, une série de tendances contraires à ces convergences ont continué à faire leur oeuvre. Recherche de croissance purement économique à court terme, difficultés à sortir des intérêts établis dans le système énergétique, faiblesse des régulations et croissance des inégalités en sont quelques unes.

Parallèlement de nombreuses entreprises se sont emparées du thème du développement durable, lui donnant un sens pratique qui ne couvre que partiellement les objectifs de départ. Elles ont multiplié les rapports de responsabilité sociale, les formes d’audits très élaborés, et surtout les appels à de « petits gestes », par lesquels des consommateurs choisiraient des comportements plus vertueux, incluant si possible des produits « verts ».

Des collectivités locales et des associations multiples ont également promu de nombreuses initiatives sous cette bannière, qui ont le mérite d’explorer des alternatives et des innovations en réunissant des citoyens motivés ou intéressés, même si les dynamiques de diffusion de ces expériences demeurent peu cernées.

Des voies multiples

Tout n’a pas été négatif dans les évolutions en terme de développement mondial ces dernières décennies. Des progrès substantiels ont été accomplis dans les pays en développement en terme de santé notamment, et on peut pointer l’accès beaucoup plus important à l’eau potable par exemple, ou l’augmentation de l’espérance de vie.

Par ailleurs, l’ancien monde post-colonial est en voie de recomposition avec la montée en puissance de pays émergents qui brouille le clivage entre pays développés et en développement, béant à l’époque de Rio. Mais deux grandes interrogations se font jour sur ces évolutions globales.

D’une part il subsiste de nombreuses populations très appauvries en dehors des dynamiques de développement, quand ce n’est pas sur des territoires ravagés par des conflits. D’autre part, l’amélioration des conditions de vie de certaines populations s’est produite selon une trajectoire peu différente de celle, très intense en consommation de ressources, qui a été et reste celle des pays les plus riches. Ainsi, la Chine n’est pas seulement devenue le premier émetteur de gaz à effet de serre au monde, avec un total équivalent à celui de l’Europe et des Etats-Unis réunis, mais ses émissions par habitant sont aujourd’hui comparables à celles d’un Européen moyen.

La poursuite de cette évolution, qui reste non soutenable à l’aune de la vocation initiale du développement durable, peut faire craindre des décroissances ou effondrements divers. Pourtant ce n’est sans doute pas via des mots d’ordre binaires, comme développement durable versus décroissance, que passent des actions favorables aux progrès.

Les voies en restent multiples, et incluent à la fois la construction d’une crédibilité plus forte pour des modèles alternatifs, l’expérimentation et l’engagement citoyens, la compréhension des obstacles et des rapports de force qui bloquent les évolutions, la mise en oeuvre de dynamiques collectives. Pourquoi ne pas profiter de la semaine du développement durable dans ce sens ?

- Complément d’info : La Semaine européenne du développement durable

Auteur : Edwin Zaccaï dirige le Centre d’étude du développement durable à l’Université libre de Bruxelles.

Source : Courriel à Reporterre.




 
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