La Fédération
 
Opinions
 
Actualité
 
Actions !
 
Campagnes
Mobilité
 
Aménagement du territoire
 
Energie, climat
 
Economie
 
Agriculture, nature
 
Pollution, environnement, santé
Formations & Appui
 
Newsletters
 
"Participez !", qu’ils disent
V.hollander  •  4 septembre 2014

-

La participation et la démocratie sont en permanence au cœur de nos débats : à l’occasion d’enquêtes publiques, lorsque l’avis de la Fédération est sollicité sur des plans régionaux, dans les conseils d’avis, par l’interpellation publique via nos communiqués de presse ou nos nIEWs. Pour notre part, nous veillons également à la participation interne lors des événements de la fédération : conseils associatifs, assemblée générale, etc.

L’appel à la participation résonne parfois comme un mot d’ordre, une injonction : « Participez ! ». Sous-entendu « participez ou ne venez pas vous plaindre de décisions qui vous déplaisent ». Mais suffit-il d’émettre l’injonction de la participation pour qu’elle soit effective et efficiente ? Bien sûr que non. On ne peut en effet occulter une série de freins inhérents aux processus, le premier et non des moindres étant l’accès, dans tous les sens du terme, à celui-ci.

L’accès intellectuel d’abord, c’est-à-dire la possibilité de comprendre le sujet et les enjeux qui lui sont liés. Personnellement, sans être totalement bête (ce qui est sujet à débat pour certains ?), je serais incapable de participer à une enquête à propos de la dynamique de transfert des PCB et DDT durant la lactation chez Mirounga angustirostris (ou plus simplement : l’éléphant de mer). N’oublions pas non plus que pour 10% de nos concitoyens, la participation peut être toput simplement inimaginable parce qu’ils sont en difficulté face à la lecture et à l’écriture.

L’accès géographique ensuite conjugué à l’impossibilité temporelle de se déplacer vers le lieu de la participation ou de consultation des documents ad hoc peuvent aussiconstituer des freins d’importance premier. Prendre congé pour se rendre à l’administration communale (ou assister à un conseil associatif de la Fédé) demande une sacrée dose de motivation pour le sujet en jeu ! Ce qui nous amène à la question du sens. Loïc Blondiau [1] dans son livre « Le nouvel esprit de la démocratie » décrit celui-ci de façon très pertinente : « Il est frappant de constater la forte capacité de mobilisation citoyenne lorsque deux conditions indispensables sont réunies : s’il existe un véritable enjeu à la discussion, un objet partagé de controverse et que le dispositif paraît crédible, au sens où il semble en mesure de pouvoir peser efficacement sur la décision. Dans le cas contraire, la participation ne peut être que faible ou éphémère. Sauf à penser que les citoyens soient, collectivement, des idiots politiques, il est surprenant qu’il en soit autrement. »

Bien souvent, malgré toute la bonne volonté des organisateurs, la participation est mise à mal tant par le choix de l’enjeu de la discussion que par celui du dispositif participatif. Ne pas savoir qui va décider, quand et comment ; ne pouvoir donner son avis que sur une question qui paraît périphérique ; ne pas avoir le temps nécessaire (à nos yeux) pour s’intéresser au sujet et se former une opinion… sont autant d’éléments qui sèment le doute quant à l’intérêt de s’investir.

Alors, oui, la participation liée à la chose publique (ou interne à la fédé) peut être améliorée... mais les freins qui existent ne doivent pas servir de prétexte pour se détourner de l’essentiel : donner son avis, construire des solutions collectives, orienter les politiques publiques.

Nous vous fixons donc d’ores et déjà rendez-vous le 17 octobre pour en débattre et proposer des pistes d’évolution lors de notre Université d’Automne d’IEW qui abordera précisément les thèmes de la participation et de la gouvernance.


[1Loïc Blondiaux est professeur des universités à l’Institut d’Études Politiques de Lille et chercheur au CERAPS (CNRS/université Lille II). Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages dont La Fabrique de l’opinion (Paris, Seuil, 1998) et Le Débat public : une expérience française de démocratie participative (Paris, La Découverte, 2007, en co-direction).



 
Dans la même rubrique
Soutiens