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Pois(s)ons d’avril anti-datés…
Valérie Xhonneux  •  24 avril 2014  •  Santé environnement

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Il est des poissons d’avril touchants, d’autres drôles, voire complètement abracadabrants. Nous en avons repéré deux qui méritent d’être épinglés, tant leur bon goût est exceptionnel.

Premier poisson, paru dans Vers l’Avenir. L’article relate la mésaventure d’une Verviétoise rappelée à l’ordre par une gardienne de la paix pour ne pas avoir désherbé son trottoir. A grand renfort de citations de ladite gardienne, la journaliste rappelle le devoir – pardon : l’OBLIGATION – du citoyen d’entretenir son trottoir sous peine d’une amende administrative. Ainsi, la citoyenne qui oublia de se conformer sans délai à l’injonction se retrouva bien dépourvue lorsque, une semaine plus tard, deux agents de la paix s’en virent photographier le lieu du délit… Nul doute qu’une amende marquera la conclusion de l’histoire… Pour ce qui est de celle de l’article, elle prit une forme quelque peu intattendue puisqu’on pouvait lire : « Bref, même si les mauvaises herbes vous ont surpris un peu tôt cette année, il ne vous reste plus qu’à vous arrimer d’un balai et de désherbant pour vaincre ces récalcitrantes ! Devoir de citoyen oblige… ». Et paf ! Au lendemain de la désormais traditionnelle « Semaine sans pesticides » (dont la 8eme édition s’était déroulée du 20 au 30 mars), voilà notre journaliste qui appelle précisémement les honnêtes citoyens à recourir à ces substances honnies pour faire la peau aux herbes folles qui encombrent les trottoirs ! La démarche est d’autant plus surréaliste qu’à partir du 6 juin 2014, l’application de produits phytopharmaceutiques (essentiellement des herbicides) sera interdite sur les « terrains revêtus non cultivables » (aux rangs desquels les trottoirs…) reliés à un réseau de collecte des eaux pluviales (filet d’eau, avaloir, égout). Autrement dit, comment faire pour se ramasser une amende en posant un acte « citoyen »...

Le second poisson est lui issu de la newsletter [1] de DETIC, l’ « Association Belgo-Luxembourgeoise des producteurs et des distributeurs de savons, cosmétiques, détergents, ?produits d’entretien, d’hygiène et de toilette, colles, produits et matériel connexes » (ouf !). L’article « Cosmétiques, il faut sauver les parabènes » s’y insurge des campagnes visant à l’élimination de substances qui, bien que perturbatrices du système endocrinien, évitent à nos cosmétiques de devenir des nids à micro-organismes toxiques (que dis-je : mortels !) une fois ouverts [2] ? Comment des associations – inconscientes – osent-elles vanter du « fait maison », qui ne garantit ni la « bonne pratique de fabrication  » ni l’étiquetage adéquat des produits ainsi fabriqués [3] ? Et en cas d’accident grave – qui ne saurait tarder… – qui sera responsable [4] ? Hein, on vous le demande … ? Cette attitude est d’autant plus ridicule que le « fameux principe de précaution » étant à la base de l’évaluation toxicologique des substances [5] , il n’y nulle crainte à avoir quant aux effets sanitaires des parabènes : la situation est sous contrôle. Et d’ailleurs, pour réduire les risques de sensibilisation, varions les poisons – pardon, les conservateurs (c’est ce qu’on appelle la « chimiodiversité »).

Alors, ils sont beaux mes poissons, non ? Je parie que vous aussi, vous êtes morts de rire !

Pardon ? Aucun des articles n’est daté du 01 avril ? Non, mais c’est bien ça le plus drôle !


[1Notez que dans la même newsletter, on trouve également un article sur le lavage écologique du linge, garanti par une température de 30° - mesdames et messieurs les consommateurs, agissez enfin ! - , et une mention d’auto-satisfaction en regard d’une première action lancée en octobre 2013, et couronnée de succès, visant à renforcer la qualité du secteur des biocides. Son titre ? « Biocides, comprendre la réglementation et en tirer profit »- le ton est donné !

[2Ben oui, soyons sérieux. Les seules choses dont l’éradication est souhaitable, ce sont les organismes vivants (les bactéries, les requins, les moustiques, les mauvaises herbes, les humains, etc) et non pas les substances toxiques – cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction, perturbatrices du système hormonal, neurotoxiques, etc. - qui permettent de les éradiquer tout en préservant à moindre prix les bons produits de l’industrie.

[3il est évident que les personnes qui décident de faire leurs produits cosmétiques elles-mêmes ne le font que par effet de mode et non pas parce qu’elles s’interrogent sur la composition des cosmétiques vendus en boutiques et leurs potentiels effets sanitaires. Dans ces conditions, comment assurer le respect des précautions d’usage, je vous le demande ?

[4Au fait, les entreprises utilisant des substances toxiques dans leurs produits doivent-elles contribuer aux frais médicaux des maladies associées à l’utilisation par les consommateurs desdits produits ? Mais non bien sûr : vu notre exposition chronique et le précieux effet cocktail, impossible de prouver LA responsabilité d’une substance particulière dans un cas particulier – CQFD – les associations sont donc bien téméraires, les entreprises pas du tout. Sauf peut-être quand certaines d’entre elles manquent d’éthique et utilisent des allégations environnementales « sans parabènes » pour vendre leur produit, jetant ainsi l’opprobre sur le reste de la profession !

[5Comme ils osent ou quoi, quel humour noir, quelle dérision ! Comme si les représentants des secteurs industriels ne se battaient pas quotidiennement pour le voir passer à la trappe ce foutu principe de précaution !



 
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