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Pour une nouvelle économie de et du plastique
Gaëlle Warnant  •  25 février 2016

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The New Plastics Economy ou comment améliorer les performances économiques et environnementales des plastiques d’emballage. Le dernier rapport de la Fondation Ellen MacArthur nous alerte sur les coûts des externalités liées à la mauvaise gestion de ces emballages qui nous inondent et intoxiquent nos océans.

Le plastique cette matière fantastique a envahi notre quotidien de manière exponentielle depuis plus d’un demi siècle. Objets utiles, objets futiles on le retrouve quasiment partout et la gamme des applications du plastique ne cesse de s’étendre. Sa production mondiale est passée de 15 millions de tonnes en 1964 à 311 millions de tonnes en 2014 et il est attendu que cette production soit doublée au cours des 20 prochaines années. Un des plus importants secteurs à utiliser cette matière est celui de l’emballage qui consomme 26% du volume total de plastique produit. Du pot de yaourt au film à bulles qui nous éclate, le plastique semble être LE matériau idéal pour allonger la durée de vie de nos aliments, préserver de l’humidité ou encore économiser du carburant en réduisant le poids d’emballage ou de contenant…Mais toute médaille, quelle que soit la matière, a son revers et si les impacts négatifs du plastique sur l’environnement sont connus depuis longtemps, on évalue un peu mieux aujourd’hui les coûts sociétaux que ces impacts génèrent.

Une étude publiée par la fondation Ellen MacArthur "The New Plastics Economy" s’est penchée sur les externalités liées à la mauvaise gestion de la fin de vie des plastiques d’emballage. Malgré la mise en place du tri sélectif et de filières de recyclage, au niveau mondial seuls 14% des plastiques d’emballage serait effectivement récupérés à des fins de recyclage. Les opérations de tri et de retraitement de la matière entraînant des pertes, seulement 5% de la matière serait in fine réutilisée pour un nouvel usage [1]. Alors que les plastiques d’emballage ont une durée d’utilisation très courte et sont souvent à usage unique, le fait de ne pas réinjecter dans la chaîne de valeur ces 95% de plastiques qui bypassent la filière de recyclage pour se retrouver comme déchets sauvages, en décharge ou en incinérateurs constituerait pour l’économie mondiale une perte annuelle de 80 à 120 milliards de dollars.

Un autre chiffre impressionnant calculé par l’étude est le coût des externalités négatives sur l’environnement des plastiques d’emballage : 40 milliards de dollar annuellement !

La fabrication des plastiques repose sur l’utilisation d’une ressource fossile non renouvelable, soit 6% de la consommation mondiale de pétrole. Selon le business as usual le secteur pourrait nécessiter jusqu’à 20% de la consommation mondiale de pétrole et donc « réquisitionner » 15% de notre budget carbonePour rester sous le seuil d’une élévation maximale de 2°C, une quantité limitée d’émissions de CO2 peut encore être admissible. Ce qui constitue notre budget carbone. [2]
. Le secteur a donc un impact non négligeable en terme d’émissions de gaz à effet de serre.

Autre gros point noir, la fin de vie de ces emballages plastiques. La grande majorité échappant aux filièrex de recyclage, ces emballages sont incinérés entraînant des émissions de CO2 et de polluants ou mis en décharge où ils se dégraderont très, très, très lentement [3] avec un risque de pollution des sols par les fragments de plastique et les substances toxiques qu’il contient. Sinon on estime que 32% des emballages, et singulièrement les sacs plastiques échappent aux filières de traitement, se retrouvent comme déchets sauvages et polluent plus spécifiquement les écosystèmes aquatiques continentaux et marins. Chaque année, 8 millions de tonnes de plastique se perdraient dans les océans. On estime qu’aujourd’hui les océans contiendraient 150 millions de tonnes de plastique, dont une grande majorité d’emballage. Dans des projections prudentes d’un scénario business-as-usal, on comptera dans nos océans une tonne de plastique pour 3 tonnes de poissons en 2025 et d’ici 2050, il y aura, en poids, davantage de plastique que de candidats au fish stick.

Les plastiques qui se dégradent en microfragments forment une véritable soupe qu’on retrouve aujourd’hui dans les différents organismes marins, avec des risques de contamination de la chaîne alimentaire. Substances toxiques, potentiellement cancérigènes, perturbateurs endocriniens… les fragments de plastiques peuvent libérer un cocktail de substances dont on prend peu à peu conscience des effets dévastateurs sur la santé.

Loin de se complaire dans une litanie catastrophiste, l’étude de la fondation Mc Arthur propose des pistes exploitant toutes opportunités économiques et environnementales pour développer une nouvelle économie des plastiques d’emballage. Celle-ci repose sur trois axes :
- Repenser la fin de vie des plastiques. Ceci en augmentant notamment la quantité et la qualité des plastiques qui seront effectivement recyclés, en promouvant les emballages réutilisables et en proposant davantage d’emballages compostables dans des secteurs bien ciblés (restauration) ;
- Réduire drastiquement la quantité de plastiques d’emballage qui se retrouve dans l’environnement ; ce qui implique de travailler sur toute la chaîne de valeur de ce type d’emballage afin d’augmenter les intérêts à conserver ces matériaux dans le système le plus longtemps possible. Une taxation incitative et d’autres leviers financiers doivent être activés. Dans certains pays, il s’agit également d’améliorer la gouvernance dans le secteur des déchets… Par ailleurs, il faut encourager la recherche à développer des plastiques moins impactants pour l’environnement et totalement biodégradables en dehors des conditions de compostage industriel ;
- Découpler la production de plastiques des ressources fossiles. L’innovation dans la conception de produits issus de ressources renouvelables et durables est fondamentale pour faire entrer les plastiques dans un monde bas-carbone

Au-delà de la problématique spécifique aux emballages plastiques, ces principes doivent être appliqués à toutes les catégories de déchets pour tirer toute la valeur ajoutée du réemploi et du recyclage et épargner à la société un lourd tribu. Au niveau wallon, il s’agira d’intégrer ces principes et de les rendre opérationnels à travers le futur Plan wallon des déchets. Sans attendre ce plan, de petites mais significatives avancées ont été faites chez nous, notamment en interdisant prochainement la distribution des sacs plastiques légers dans tous les points de vente. Gageons que les exemptions ou « périodes transitoires » demandées par certains secteurs n’affaibliront pas les obligations de résultats de diminuer de 80% la consommation de cette plaie environnementale.


[1De bien piètres performances comparées à d’autres secteurs puisque 58% du papier est recyclé et réinjecté dans la chaîne de valeur, le secteur de l’acier atteint 70 à 90% de recyclage de ses produits

[2D’après le Postdam Institute, pour avoir 20% de chance de ne pas dépasser les 2°C, le budget carbone admissible s’élève à 886 GtCO2 entre 2000 et 2050. Tenant compte de ce qui a déjà été émis lors de la 1ère décennie de ce 21ème siècle, le budget s’élève à 545 GtCO2, et ce pour la totalité des activités qui animeront notre planète d’ici 2050.
Or, le contenu carbone de la totalité des réserves prouvées en charbon, pétrole et gaz est estimé lui à 2795 GtCO2, soit 5 fois plus que le budget admissible pour les 40 prochaines années.

[3La dégradation de plastique peut prendre de plusieurs dizaines d’année à plus de 400 ans.