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Pour une politique wallonne de la ville
Benjamin Assouad  •  7 avril 2014  •  Urbanisme

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La politique des grandes villes est une compétence amenée à être régionalisée dans les mois à venir. Le Gouvernement wallon a pris la mesure de l’évènement, conscient de l’opportunité que cette régionalisation constitue. Il s’agit en effet de profiter de cette occasion pour voir s’il y a lieu d’adapter les contours de la politique fédérale actuelle aux particularités de la ville wallonne, et dans ce contexte, de mettre en place une politique de la ville en bonne et due forme.

Le Gouvernement fédéral développe depuis 1999 une politique spécifique de soutien aux grandes villes. Sur base de contrats signés avec le Gouvernement fédéral, la Politique des Grandes Villes permet à dix-sept villes et communes, dont cinq en Wallonie (Liège, Charleroi, La Louvière, Mons, Seraing), de développer des projets visant à améliorer les conditions de vie dans les zones urbaines en difficulté. Il a en effet été acté que les grandes villes belges faisaient face à des problématiques particulières et qu’elles devaient dans ce contexte profiter de programmes d’aide ad hoc.

Qu’elles soient grandes ou petites, les villes constituent un levier essentiel dans la lutte contre l’étalement urbain. Pour limiter la pression de l’urbanisation sur les zones rurales et les périphéries, un recentrage de l’urbanisation est nécessaire. Ce recentrage, pour être effectif, a besoin de plus que de la discrimination positive en faveur des villes. La question de leur attractivité est bien sûr centrale. On n’arrivera pas à diminuer la pression de l’urbanisation sur les territoires non bâtis sans changer l’image de la ville dans les consciences belges. Certes l’appétence du Belge pour la vie en maison à la campagne, ou ce qui y ressemble, est forte. Reste que le désir d’habiter en ville serait peut-être plus grand si le visage des villes wallonnes était différent, plus amène, plus avenant.

Le Gouvernement wallon a pris la mesure de l’événement que constitue cette régionalisation, en lançant, dès 2011, la réflexion lors du colloque « Bassin de ville, bassin de vie » organisé par le ministre Furlan à Charleroi.

Ce qu’il faudrait mettre en place :

Etant donné l’importance cruciale, dans une perspective de développement durable, d’augmenter l’attractivité de la ville, il y a lieu de se montrer ambitieux a maxima. Cette nouvelle politique régionale, pour être la plus opérante et la plus efficace, pourrait suivre différents principes.

(1) une politique de la ville cohérente avec la politique des noyaux d’habitat / territoires centraux
La politique de la ville devra reconnaître les nouveaux périmètres définis comme échelle pertinente de son intervention. Il faut sortir de la logique de sédimentation des outils, qui est rarement concordante, mais qui prévaut pourtant trop souvent.

(2) une politique de la ville qui évite le saupoudrage
Les moyens disponibles ne doivent pas être mobilisés pour tous les centres villes et villageois indistinctement. Il faut éviter un saupoudrage, aussi frustrant qu’inefficace. Les moyens doivent être concentrés dans les centres qui en ont le plus besoin. On pourrait par exemple viser prioritairement les territoires centraux des communes appartenant aux pôles métropolitains au SDER dont le revenu moyen par habitant est inférieur à 14.000 euros (Charleroi, Chatelet, Liège, Seraing).

(3) une régionalisation du financement
La régionalisation de la politique fédérale des grandes villes doit s’accompagner d’une régionalisation de son financement.

(4) une remise à plat globale de l’ensemble des aides dans les centres villes et villageois
La définition d’une nouvelle politique de la ville doit être l’occasion pour la Région d’opérer une remise à plat globale de l’ensemble des aides et subsides existants dans les périmètres d’intervention, pour proposer un système compréhensible, clair et efficace de soutien au développement urbain.

(5) des aides conditionnées à l’existence d’une réflexion urbanistique communale
Il serait intéressant de conditionner l’octroi des aides liées à la politique de la ville à l’existence d’un schéma de structure communal (devenu schéma de développement communal dans le CoDT) sur le territoire.

(6) le respect du développement urbain durable
De manière plus concrète, la politique de la ville devrait respecter les grandes orientations de base du développement urbain durable :
- envisager la densification des noyaux d’habitat / territoires centraux de manière proportionnée ; ces quartiers doivent devenir plus attractifs pour les candidats habitants ; cela implique de les doter d’un maximum d’aménités : équipements communautaires, services publics, bonne offre en transports en commun, espaces verts, vues vertes, espaces publics, espaces dévolus aux piétons tant pour circuler et pour se reposer, offre commerciale diversifiée ;
- prévoir des modalités d’urbanisation adéquates autour des gares (plus forte densité, mixité importante en tenant compte des besoins différenciés en accessibilité des différents secteurs et fonctions, conformément aux principes de la politique ABC) ;
- prévoir une surface végétalisée minimale pour tout projet d’urbanisme soutenu par la politique de la ville, à l’instar de ce qui se fait en Région de Bruxelles-Capitale : espace au sol non artificialisé, toiture végétalisée ;
- intégrer, dans le tracé des plans de chaque projet particulier un peu importants (infrastructures routières et ferroviaires, ensembles immobiliers, lotissements), des trajets courts, directs et multiples pour les piétons ;
- valoriser urbanistiquement par des aménagements adéquats les berges des cours d’eau en milieu urbain de manière à en faire des axes de déplacements piétons et des lieux de récréation ;
- favoriser la coopération entre communes à l’échelle du « bassin de vie » en majorant les aides liées à la politique de la ville pour les communes ;
- mettre en place des agences d’urbanisme actives à l’échelle supra-communale, en priorité au sein des pôles métropolitains wallons au sens du SDER (Liège, Charleroi–La Louvière–Mons)
- entreprendre un inventaire des lieux abandonnés au sein des noyaux d’habitat / territoires centraux, et les proposer aux développeurs de nouveaux projets, comme localisations alternatives à leurs projets ;
- anticiper l’échec immobilier, dont commercial : dès la conception du projet immobilier, les autorités doivent exiger une architecture modulable, suffisamment souple et bien équipée pour accueillir d’autres activités en cas d’insuccès ;
- lier les primes à la construction de nouveaux logements à leur localisation en noyaux d’habitat / territoires centraux.

L’importance de développer une politique de la ville semble donc faire consensus en Wallonie. Les impératifs à la fois environnmentaux et économiques plaident clairement en ce sens. Dans le corps d’une note de l’Institut Jules Destrée, Michaël Van Cutsem insistait d’ailleurs déjà en 2009 sur ce dernier aspect. La mise en place d’une « politique de la ville en Wallonie paraît nécessaire à la Région pour maximiser le potentiel de croissance et d’emploi lié à ses pôles urbains et bénéficier d’indispensables économies d’échelle ».




 
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