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Pourquoi les écologistes ont perdu les élections (La Pastèque remix)
La Pastèque  •  19 juin 2014

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En ces temps marqués par l’égoïsme et le repli sur soi, il m’importe de saluer ici la démarche altruiste de Corentin de Salle, juriste–philosophe–chercheur au Centre Jean Gol–conseiller à la présidence du mouvement réformateur, et David Clarinval, député fédéral MR. Alors que les principaux intéressés se perdaient en circonvolutions rhétoriques et dénis caliméresques pour éviter de regarder leur défaite en face, ces sobres hérauts du libéralisme décomplexé ont en effet entrepris une analyse à deux têtes et quatre mains visant à expliquer « Pourquoi les écologistes ont perdu les élections ». Moi je dis : chapeau bas, les gars ! Ils n’étaient pas obligés…

Je m’abstiendrai d’évoquer point par point l’autopsie que les deux stratèges ont réalisé de la Bérézina Ecolo ; celles et ceux qui le souhaitent pourront en prendre connaissance ici. Il me semble toutefois essentiel de revenir sur deux éléments clés de ce texte aussi nuancé que pertinent.

Premier constat posé : « En 2009, beaucoup d’électeurs MR ont voté Ecolo car ils pensaient qu’Ecolo allait s’allier avec le MR pour mettre le PS dans l’opposition et lutter contre les problèmes de gouvernance. Ils n’avaient pas pris la mesure de l’antilibéralisme viscéral animant le noyau idéologique d’Ecolo. Aujourd’hui, après 5 années de léthargie et de dérapage budgétaire, la classe moyenne a enfin compris qu’Ecolo instrumentalisait les ministères dont il avait la charge (énergie, environnement, aménagement du territoire, mobilité, etc.) à des fins purement idéologiques tendant à une transformation radicale et égalitariste de son mode de vie. Et cela dans le sens d’un appauvrissement et d’une régression généralisée. »

Eh oui, après cinq années passées aux affaires, les écologistes ne peuvent plus cacher leurs noirs desseins : développer les transports publics et mettre en place des infrastructures destinées aux modes doux au détriment de l’autocentrisme ; investir massivement dans les énergies renouvelables afin de concrétiser leur fantasme anti-nucléaire ; favoriser la densification au mépris du rêve de quatre façades des citoyens ; inciter à consommer « moins et mieux », sabotant ainsi les efforts de tous ceux qui se battent se relâche pour une relance de la consommation et de la croissance… Encore heureux qu’ils aient dû gouverner en coalition avec d’autres partis qui ont su les empêcher d’utiliser leurs ministères pour concrétiser davantage encore leur programme dogmatique ! Car on ne le dira jamais assez, ces talibans verts combattent bel et bien le libéralisme… Il suffit d’ailleurs de consulter leur Manifeste « Pour une transition écologique de la société » pour comprendre à quelle société aspirent les ayathollahs écologistes : « En transformant toute chose en marchandise, en démantelant les services publics, en privatisant les biens communs, l alliance entre néo-libéralisme et productivisme se présente toujours comme n’ayant aucune alternative possible. Elle est en ce sens profondément anti-démocratique. Elle défigure le sens de la liberté. Elle nous empêche de maîtriser nos vies et de trouver du temps pour nous et pour les autres. Dans un monde aux ressources limitées, où l’humanité n’a jamais produit autant de richesse, et où celle-ci n’a jamais été aussi mal répartie, la seule option viable et solidaire afin de permettre un mode de vie épanouissant et prospère pour tous, est de sortir d’un système qui vise l’accumulation et le profit pour le profit, en détruisant la planète et en creusant les inégalités. » [1] No comment…

Les masques sont heureusement tombés et ont révélés l’horreur d’un projet politique tendant, comme l’écrivent très justement de Salle et Clarinval, « à une transformation radicale et égalitariste de son mode de vie » !

Deuxième constat : « Le programme d’Ecolo est un gigantesque catalogue de nouvelles taxes. « Il faut les toucher par leur portefeuille » entendait-on régulièrement. Et ce par une augmentation artificielle du coût de la vie et la multiplication des désagréments inhérents à un mode de vie consumériste qui doit bien entendu être puni (fiscalité verte, taxe de circulation, taxe sur le kérosène, taxation au kilomètre, etc.). »

Je mettrai en ce qui me concerne un bémol au fait que l’on aurait régulièrement entendu « Il faut les toucher par leur portefeuille » dans le discours des responsables Ecolo. Il me semble au contraire que ceux-ci aient eu de moins en moins l’audace d’assumer leurs funestes intentions et se soient même appliqués à prendre distance avec des initiatives servant leurs projets mais pas leur image. Souvenons-nous de leur opposition – « dans le contexte actuel » – à la taxe kilométrique ou au péage urbain…

Pour le reste, le constat ne souffre aucune contestation : il y a bien volonté dans le programme écologique et dans l’essence même de « l’écologie politique » de s’attaquer au mode de vie consumériste. Là encore, le Manifeste, véritable « Petit livre vert » d’Ecolo est sans équivoque : « Apprendre à vivre à l’intérieur des limites de la biosphère constitue sans doute la plus grande des révolutions mentales qu’ont à affronter les sociétés humaines. Pour ce faire, la seule prise de conscience des limites ne suffit pas : c’est notre rapport à la nature, fondé sur l’exploitation et l’épuisement qu’il s’agit de revoir. (…) Pour réduire l’empreinte écologique des populations, les politiques publiques doivent soutenir les modes de vie peu consommateurs de ressources naturelles (habitat, production, création, éducation...) tout autant que l’innovation technologique orientée vers cette réduction. » [2] Et « soutenir les modes de vie peu consommateurs de ressources naturelles » passe, comme on s’en doute, par la pénalisation des comportements gourmands desdites ressources, une doctrine au nom de laquelle il conviendrait de taxer l’usage de la voiture sous prétexte qu’il est polluant et consommateur de carburant ou le kérosène dont l’exonération de toute fiscalité favoriserait les voyages en avion, bien évidemment émetteurs de gaz à effet de serre puisque même respirer participe à ce pseudo crime collectif…

Heureusement, comme le pointent une nouvelle fois avec pertinence les deux analystes : « Le catastrophisme des écologistes ne fait plus recette, leur paternalisme agace, leur sectarisme inquiète et leur moralisme exaspère. »

Qu’on le sache, chez Ecolo et ailleurs : on ne touche pas impunément à notre liberté individuelle. Tout gouvernant responsable devrait d’ailleurs avoir pour crédo et ligne directrice ce que l’Histoire retiendra comme une des déclarations majeures du Président George Bush Jr : « Notre mode de vie n’est pas négociable ! ».

Grâce soit donc rendue à Messieurs de Salle et Clarinval de nous avoir rappelé ces quelques évidences que le discours édulcoré de certains pontes verts – en raison duquel « tous ceux qui aspiraient à l’anéantissement du mode de vie consumériste de la classe moyenne ont déserté ce parti et donné massivement leur vote au PTB » – nous avaient fait oublier. Merci à eux d’avoir ramené au grand jour la triste réalité du projet écologique : « Nous, écologistes, voulons prolonger les mouvements qui combattent toutes les formes de privilèges, d’exploitation et d’ignorance, mouvements dans lesquels s’ancrent depuis plus de deux siècles les valeurs de la gauche » ! [3]


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