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Que sont nos indignations devenues ?
La Pastèque  •  15 octobre 2015

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Thanks to technology, rien de ce qui fait l’actualité du monde ne peut aujourd’hui nous échapper. Les (non-)événements annoncés et analysés à flux tendu sur les chaînes d’info en continu sont relayés et commentés jusqu’à l’indigestion sur les réseaux sociaux.
Nous savons tout, tout de suite, des abominations qui meurtrissent la société humaine mais ce tout nous semble devenu indifférent. Au mieux consentons-nous parfois à une mobilisation virtuelle, une signature au bas d’une pétition électronique censée éviter l’exécution d’un condamné à mort, favoriser le succès d’une négociation internationale ou mettre fin au travail des enfants, à l’expérimentation animale, à la violence faite aux femmes, à l’énergie nucléaire, à la taxation du travail/du capital/de l’immobilier/de l’automobile..., c’est selon.

Nous savons tout, tout de suite, mais rien ne paraît plus aujourd’hui susceptible d’éveiller nos consciences, d’activer notre indignation, de mettre notre révolte en marche. Et les contre-exemples à cette indifférence n’annihilent nullement le constat, bien au contraire : descendre dans la rue pour crier "Je suis Charlie" ou "Refugees Welcome" répond moins au souci de défendre ceux-là que de nous affirmer du bon côté de l’injustice, d’affirmer et afficher notre bien-pensance.

Le phénomène est très loin de se limiter à l’engagement individuel ; les mouvements et partis politiques y participent eux aussi sans modération. Leur empressement à faire flotter leurs couleurs sur les chars de la Gay Pride est inversement proportionnel à leur capacité/volonté à se positionner sur des questions certes moins fun mais autrement plus sensibles et capitales. On cherche souvent vainement leur présence dans des mobilisations où elle les grandirait pourtant...

Le samedi 10 octobre dernier, deux explosions déchirèrent une manifestation pour la paix et une solution politique à la question kurde organisée à Ankara par des organisations pro-kurdes et d’extrême-gauche. Une centaine de personnes perdirent la vie dans cet attentat derrière lequel les autorités turques s’empressèrent de voir la main de l’Etat Islamique.... à moins que ce ne soit celle des militants kurdes du PKK ou des activistes gauchistes du DHK-PC !
Pas un journaliste objectif, pas un observateur avisé de la politique turque ne cautionna un instant ces deux dernières hypothèses qui niaient sciemment la spécificité des actions des deux organisations incriminées prenant exclusivement pour cible les forces de sécurité pour l’un, des intérêts américains ou des représentants de l’Etat pour l’autre. Ces mêmes journalistes et observateurs pointèrent en revanche le jeu trouble des autorités turques susceptibles d’orchestrer une opération comme celle-là en vue de renforcer son pouvoir autour d’un sentiment d’union nationale face à "l’ennemi intérieur".

Le dimanche 11 octobre, un rassemblement d’hommage et de dénonciation des dérives fascisantes du gouvernement turc fut organisée à Bruxelles. J’espérais y voir nombre de citoyens belges et de représentants politiques auto-proclamés défenseurs de la démocratie. Si l’absence des partis de droite dans cette mobilisation labellisée à gauche aurait pu (à la limite) se comprendre, je n’imaginais pas que des formations revendiquées progressistes puissent ne pas être venues afficher leur solidarité avec les victimes d’un combat pour la paix et la liberté d’opinion. Et pourtant... Parmi les moins de 500 personnes, "essentiellement des Kurdes venus de tout le pays mais aussi de plus loin, des Pays-Bas et d’Allemagne" selon la presse, la seule présence politique belge visible était celle du PTB. Quant aux citoyens belges, une estimation "au faciès" en dénombrait une vingtaine tout au plus...

Comment expliquer et, plus encore, accepter pareille indifférence ?
Comment expliquer que nous soyons prêts à pleurer sur le sort de réfugiés échouant sur nos trottoirs mais acceptons sans broncher qu’une communauté, les Kurdes, par ailleurs envoyée au feu en dernier rempart contre la folie de DAECH, soit martyrisée voire massacrée par un État dont nous sommes alliés au sein de l’OTAN ?

Le devenir d’un pays - et d’un peuple - situé à portée de vol low-cost, destination privilégiée de vacanciers en quête de all in balnéaire et candidat à l’entrée dans l’Union Européenne ne mérite-t-il pas mieux que cette ignorance ?
Ou peut-être est-ce précisément pour savourer paisiblement cet accès aisé au soleil bon marché que nous fermons les yeux sur une violence décrétée acceptable aussi longtemps qu’elle n’affectera pas des touristes innocents, forcément innocents ?
Quant à nos politiques, sans doute préfèrent-ils éviter de froisser la susceptibilité nationaliste d’une communauté d’origine turque dont le poids électoral non négligeable leur semble justifier amplement pareille lâcheté...

Bien sûr, à chacun ses combats et ses engagements. Mais il s’agit moins ici d’idéologie ou même de politique que d’humanité. En nous accommodant ainsi d’une horreur si proche, nous contribuons de facto au repli sur soi si favorable à toutes les dérives, à toutes les exclusions. En oubliant que l’indignation n’est pas un droit mais un devoir, nous nous faisons les complices passifs de toutes les formes de l’inacceptable.




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