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Chute des émissions de C02 en Europe : la face cachée des chiffres
Cécile de Schoutheete  •  18 juin 2013  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre

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En 2011, les émissions de gaz à effet de serre en Europe ont baissé de 3,3% à 18,4% sous le niveau des émissions de 1990 (l’année de référence). C’est le message-clé d’un rapport établi fin mai par l’Agence Européenne pour l’Environnement (AEE) [1] . Il s’agit du niveau d’émission le plus bas jamais atteint depuis 1990. En Belgique, les émissions ont baissé de 8,8% en 2011 soit, 16,5% par rapport à 1990. Peut-on vraiment se réjouir ?

Voici des extraits de deux articles du site dédié au climat du SPF Environnement qui font le point sur les dernières statistiques du climat [2] . Un site qui regorge d’informations accessibles et régulièrement mises à jour sur les changements climatiques et les politiques pour les combattre, à explorer de toute urgence.

L’évolution des émissions de GES en Europe

Source : AEE

Depuis 2004, les émissions de GES en Europe connaissent une baisse structurelle, avant de plonger en 2009 avec la crise économique et de rebondir en 2010 avec la reprise de la croissance. Les chiffres définitifs pour 2011 font état d’une nouvelle baisse de 3,3% en 2011 par rapport à 2010 et ce malgré une hausse du PIB de 1,6%. Cette baisse est en grande part explicable par l’hiver particulièrement doux en 2011 (comparé à 2010) qui a fait chuter la demande de chauffage des bâtiments. Ainsi, la plus forte baisse a été notée dans les bâtiments privés et tertiaires, soit deux tiers des réductions de GES observées en 2011.

L’augmentation du prix de l’énergie pour les ménages en 2011 a aussi probablement une part de responsabilité dans la baisse observée des émissions.

Autres résultats du rapport :
- L’utilisation des combustibles fossiles dans l’UE a diminué de 5% en 2011 mais on constate une consommation croissante de combustibles à forte intensité de carbone comme le charbon, une diminution de la production d’hydroélectricité et une baisse de consommation de gaz naturel (11%). L’intensité moyenne de carbone a ainsi augmenté de près de 2% entre 2010 et 2011.
- La consommation d’énergie provenant de sources renouvelables a connu la deuxième plus forte baisse en pourcentage au cours des 21 dernières années, principalement en raison d’une part significativement plus faible dans la production d’hydroélectricité. Les énergies éolienne et solaire ont, cependant, continué de croître fortement en 2011.
- Les émissions provenant du transport routier ont diminué pour la quatrième année consécutive. Les émissions provenant de l’aviation internationale et du transport international ont, par contre, augmenté.

Les premières estimations pour 2012 des émissions de CO2, principal gaz à effet de serre, indiquent une nouvelle baisse de 2,2% par rapport à 2011 alors que le PIB a retrouvé son niveau d’avant la crise . L’Europe aurait donc atteint 8 ans à l’avance son objectif de 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’était fixée pour 2020… Pour rappel, les ONG environnementales demandaient un objectif européen de 40% de réduction des émissions pour 2020 dont minimum 30% en interne, selon les recommandations du GIEC. No comment…

Et en Belgique ? Pas de place à la complaisance

En 2011, les émissions totales de gaz à effet de serre (hors secteur LULUCF - secteur de l’utilisation des terres et des forêts) en Belgique se sont élevées à 120,2 Mt éq CO2 ce qui constitue une baisse de 16,5% par rapport à 1990 ou de 17,5% par rapport à l’année de référence pour l’objectif de Kyoto. A première vue, ces résultats donnent l’impression que la Belgique atteint facilement son objectif Kyoto (-7,5% en 2012). Mais malheureusement ce n’est pas tout à fait le cas... Les droits d’émissions alloués à la Belgique par le Protocole de Kyoto ont été répartis, au niveau européen, en deux catégories : les droits alloués aux secteurs couverts par le système européen d’échange de droits d’émissions (ETS) et les droits pour les autres secteurs dits non-ETS (bâtiments, transport, agriculture,…).
Pour l’année de référence, les émissions de la Belgique ont été fixées à 145,7 millions de tonnes de CO2. La Belgique dispose ainsi d’environ 134,8 millions de droits d’émission par an pour la période 2008-2012 (-7,5%).

En vertu de ce système, les entreprises belges des secteurs ETS concernées reçoivent, en moyenne annuelle, l’équivalent de 58,5 millions de droits d’émissions (partie verte dans le graphique). Ces secteurs « ETS » ont émis en 2008, 2009, 2010 et 2011 chaque année moins que la moyenne annuelle disponible (excédent représenté en vert clair).

Pour l’émission des secteurs non-ETS, les autorités belges disposent d’environ 76,3 millions de droits d’émission sur base annuelle (134,8 - 58,5 millions alloués aux secteurs ETS) (partie rouge foncée dans le graphique). Or, les émissions observées dans ces secteurs ont dépassé cette moyenne annuelle en 2008, 2009 et 2010.
Pour ces quatre dernières années, le déficit total s’élève ainsi à 10,8 millions de tonnes de CO2, soit 7,5% des émissions de 1990, une année « d’effort » sous le Protocole de Kyoto. Bien sûr, le bilan définitif ne pourra être établi qu’une fois connues les émissions de GES pour l’année 2012.

Les droits d’émissions excédentaires du secteur ETS n’étant pas disponibles pour couvrir ce déficit, la Belgique devra probablement acquérir des droits d’émissions complémentaires pour honorer ses engagements au titre du Protocole de Kyoto, des crédits carbone en majorité très critiqués.

Concernant l’objectif européen climat de 20% de réduction des gaz à effet de serre en 2020 par rapport à 1990, la Belgique est également parmi les mauvais élèves de la classe. La Commission Européenne déclarait récemment : "Selon les dernières projections, les pays les plus éloignés de l’objectif de 2020 sont les suivants : Malte, le Luxembourg, l’Irlande, la Belgique, l’Espagne, la Grèce, l’Autriche et la Lituanie."

Même si l’Europe est en passe d’atteindre son objectif climat de 2020 huit ans à l’avance, la Belgique a encore beaucoup de pain sur la planche pour maîtriser ses émissions dans les secteurs non-ETS (bâtiment, transport, agriculture,…).


[2site 1 et site 2



 
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