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Pour une nouvelle vie dans les cimetières
Valérie Xhonneux  •  29 octobre 2015  •  Biodiversité  •  Santé environnement

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En cette période de Toussaint, nous serons nombreux à nous rendre dans ces lieux où reposent nos défunts. Changement notable dans ces espaces : l’interdiction d’utiliser des pesticides prévue par le décret wallon impose de repenser leur aménagement. Car il n’est pas simplement question de désherber à la flamme ou de manière mécanique. Non, l’enjeu est de repenser l’aménagement de nos cimetières pour réduire la nécessité de désherber ces espaces. Voire même aller plus loin, et (re)faire de nos cimetières des lieux favorables à la biodiversité, en favorisant la présence de végétation dans les allées et autour des tombes – voir même sur elles : quoi de plus évocateur du souvenir d’un proche que de couvrir sa tombe de pensées, comme dans cette photo (source : CAUE de Meurthe-et-Moselle) ?
CAUE de Meurthe-et-Moselle
La transition peut sembler rude, brutale, inacceptable. Car pour nombre d’entre nous, la présence de « mauvaises herbes », tel le pissenlit, est le signe d’une négligence dans l’entretien du cimetière, d’un manque de respect pour nos morts. Mais telle n’est pas l’intention des ouvriers et des responsables communaux. L’abandon des pesticides est dicté par des considérations de protection de l’environnement, et notamment de nos eaux de surface. Mais aussi la protection de la santé humaine, particulièrement celle des personnes qui appliquent les pesticides. Tolérer la présence de végétation spontanée dans les cimetières n’équivaut pas à oublier nos morts. Elle traduit simplement la reconnaissance du fait que la vie passe avant la mort…Et tous, nous pouvons contribuer aux changements qui seront opérés dans l’entretien et l’aménagement des cimetières, pour que tout en respectant la législation environnementale, la charge de travail pour les ouvriers communaux reste gérable.
Au-delà des quelques plantes qui pourraient apparaître çi et là, nous pouvons aller bien plus loin, et réaménager nos cimetières en des zones favorables à la biodiversité, écrins de verdure et non de minéral, comme l’envisage le label Cimetière Nature. En guise de plaidoyer pour ces nouveaux aménagements, nous vous proposons de replonger dans un écrit de Victor Hugo qui entrecroise pensée pour les morts et contemplation du vivant.

Dans le cimetière de ***

Poème de Victor Hugo, extrait du recueil « Les rayons et les ombres »

La foule des vivants rit et suit sa folie,
Tantôt pour son plaisir, tantôt pour son tourment ;
Mais par les morts muets, par les morts qu’on oublie,
Moi, rêveur, je me sens regardé fixement.

Ils savent que je suis l’homme des solitudes,
Le promeneur pensif sous les arbres épais,
L’esprit qui trouve, ayant ses douleurs pour études,
Au seuil de tout le trouble, au fond de tout la paix !

Ils savent l’attitude attentive et penchée
Que j’ai parmi les buis, les fosses et les croix ;
Ils m’entendent marcher sur la feuille séchée ;
Ils m’ont vu contempler des ombres dans les bois,

Ils comprennent ma voix sur le monde épanchée,
Mieux que vous, ô vivants bruyants et querelleurs !
Les hymnes de la lyre en mon âme cachée,
Pour vous ce sont des chants, pour eux ce sont des pleurs.

Moi, c’est là que je vis ! — cueillant les roses blanches,
Consolant les tombeaux délaissés trop longtemps,
Je passe et je reviens, je dérange les branches,
Je fais du bruit dans l’herbe, et les morts sont contents.

Là je rêve ! et, rôdant dans le champ léthargique,
Je vois, avec des yeux dans ma pensée ouverts,
Se transformer mon âme en un monde magique,
Miroir mystérieux du visible univers.

Regardant sans les voir de vagues scarabées,
Des rameaux indistincts, des formes, des couleurs,
Là, j’ai dans l’ombre, assis sur des pierres tombées,
Des éblouissements de rayons et de fleurs.

Là, le songe idéal qui remplit ma paupière
Flotte, lumineux voile, entre la terre et nous ;
Là, mes doutes ingrats se fondent en prière ;
Je commence debout et j’achève à genoux.

Comme au creux du rocher vole l’humble colombe,
Cherchant la goutte d’eau qui tombe avant le jour,
Mon esprit altéré, dans l’ombre de la tombe,
Va boire un peu de foi, d’espérance et d’amour !

Mars 1840.
Source : Pôle de Gestion Différenciée
(source : Pôle de Gestion Différenciée)




 
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