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Rendre l’alimentation durable accessible à tous ? Un défi relevé par de nombreux acteurs !
Anne Thibaut  •  25 février 2016  •  Alimentation

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Acheter bio en circuits courts ?? « Mais vous n’y pensez pas ma p’tite dame, c’est beaucoup trop cher ! » Cet argument – souvent vrai il faut bien l’avouer si on compare produit par produit - revient régulièrement dans la bouche des professionnels, consommateurs et acteurs publics… Les acteurs soucieux de proposer une alternative durable aux consommateurs sont également soucieux que cette alternative soit accessible. Des initiatives voient le jour çà et là. Coup de projecteur cette semaine sur le Marché bio des Tanneurs et la coopérative BEES coop : deux alternatives de la (grande) distribution qui se veulent accessibles à tous !

Lors d’une rencontre entre les membres du RAWAD et du RABAD, respectivement, les réseau des acteurs wallons et bruxellois pour une alimentation durable en octobre dernier, une visite du marché des Tanneurs, un marché bio couvert à Bruxelles, a été organisée.

Au cœur des Marolles – quartier bien connu de St Gilles - et au rez-de-chaussée d’un magnifique bâtiment se déroule six jours semaine le marché bio des Tanneurs. Ce marché couvert présente une large gamme de produits bios (de fruits et légumes jusqu’au fromage en passant par des céréales, du vin, …) .

Une croissance fulgurante …

Le concept du marché des Tanneurs est né il y a 10 ans. A l’origine, le père et la fille qui souhaitent proposer au public bruxellois des produits de base bios issus d’une coopérative sicilienne. Rapidement, le succès est au rendez-vous. Le marché s’installe à la rue des Tanneurs, et grandit en quelques années. Le marché continue à collaborer avec ses partenaires historiques mais a élargi sa gamme à des produits biologiques issus de fermes familiales en Wallonie et en Flandre. Aujourd’hui, plus 50 personnes (soit 20 ETP) travaillent au Tanneurs ; 5000 clients y font leur course chaque semaine. Deux semi-remorques de fruits et légumes (2 tonnes de banane, 15 tonnes de pommes en saison !) , sont vendus hebdomadairement, plus que dans n’importe quelle autre grande surface belge !

La volonté est de proposer des prix les plus doux possibles tout en garantissant un prix équitable aux producteurs qui fixent leurs propres prix.
La clientèle s’est fortement diversifiée : au départ des jeunes « convaincus par l’alimentation durable », elle est maintenant assez mixte, avec des personnes qui habitent et travaillent dans le quartier, avec des revenus parfois modestes. Pour éviter le gaspillage, les produits qui ne sont plus vendables sont systématiquement donnés à une association bruxelloise.

Les clés du succès ?

Le choix du marché des Tanneurs est de proposer un nombre limité de références de produits, (environ 200 références contre en général plus de 2000 dans les magasins bios). Ce sont des produits de base principalement locaux et de saison achetés en direct auprès des producteurs et présentés en vrac. Le prix de vente est en moyenne fixé à 1,56 fois le prix d’achat. Si le prix du marché augmente trop, le produit est retiré temporairement des étals. Une enquête réalisée en 2014 indiquait que les prix proposés par les Tanneurs était en moyenne 50% moins cher que ceux proposés en grande surface pour des produits bios.
Le modèle est amené à s’étendre puisque une personne est venue se former pendant 6 mois pour l’implémenter à Gand . …

BEES coop … Bien plus qu’un supermarché

A Schaerbeek un supermarché coopératif appelé BEES coop va ouvrir au mois de septembre prochain. Le concept existe à New York depuis plus de quarante ans, et est en train de voir le jour à Paris, Bordeaux, Genève et… Charleroi[www.coopeco2.be]. Le principe est simple : proposer des produits sains, respectueux de l’humain et de l’environnement à un prix accessible. Concrètement, les produits seront souvent biologiques, le plus possible de proximité, conditionnés de la manière la plus écologique possible ou disponibles en vrac.

Les citoyens consommateurs au cœur du projet

BEES coop est une coopérative à finalité sociale et but non lucratif. Elle est autogérée par et pour ses membres. Pour pouvoir proposer des prix accessibles, tout en garantissant une rétribution juste aux producteurs, les clients s’engagent à acheter une part de la coopérative et à travailler trois heures par mois dans le magasin... ou plus largement dans le projet.

Que ce soit aux commandes, à la gestion des livraisons, à la caisse, pour la diffusion des infos… toutes les tâches sont effectuées « sans que les personnes ne soient rémunérées ». En tout, 12 cellules de travail fonctionnent en parallèle pour mener à bien ce projet ! Les bénéfices dégagés sont réinvestis afin de faire évoluer celui-ci.

BEES coop souhaite également être exemplaire en termes de gouvernance. Soucieux de respecter les principes démocratiques et participatifs, ils souhaitent travailler de manière horizontale. La prise de décision fonctionne selon le principe « une personne, une voix ». « Les décisions stratégiques sont prises collectivement, lors des assemblées participatives, tandis que les décisions quotidiennes sont prises par les membres des différentes cellules et dans le groupe de coordination. Des moments d’échanges et de co-construction (les « chantiers ») sont également organisés régulièrement sur des thématiques spécifiques. C’est l’occasion de rassembler des coopérateurs et des personnes ressources intéressés par la question pour réfléchir ensemble et faire des propositions. Deux de ces chantiers ont été consacrés au futur fonctionnement démocratique de la coopérative. Sur cette base, un groupe de coopérateurs est en train d’imaginer concrètement la future gouvernance de la coopérative qui promet d’être particulièrement participative et innovante.  »

BEES coop veut aussi être un lieu de rencontres. Un des enjeux du projet est en effet d’assurer une mixité à la fois sociale, culturelle et intergénérationnelle. En plus d’être localisé dans un quartier culturellement mixte, plusieurs actions sont mises en place pour faciliter cette mixité. Des partenariats avec des associations de quartier sont en train d’être tissés par exemple pour co-construire des outils de communication avec eux et ainsi toucher leurs publics. Des cours et des ateliers de cuisine et de sensibilisation à l’alimentation durable vont être organisés. Des propositions de services aux membres tels que la mise à disposition d’une wasserette, sont également à l’étude.
Une recherche-action appelée FALCOOP et financée par Innoviris a débuté au mois de décembre et permettra d’assurer la cohérence liée à l’objectif de mixité sociale. La recherche permettra notamment de mettre en évidence les déterminants socio-culturels et les bonnes pratiques à l’étranger favorisant cette mixité et apportera des réponses sur le profil socio-culturel du quartier.

Plus que jamais, si nous souhaitons construire un système alimentaire durable en Wallonie, en Belgique, et ailleurs, la question de l’accessibilité sociale, culturel, économique doit être prise en compte… Laissons-nous inspirer par ces deux belles initiatives pour y parvenir. ..

Plus d’infos :
http://bees-coop.be
http://terrabio.be/




 
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