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La société du désaveu, prélude à l’effondrement ?
Alain Geerts  •  19 janvier 2017

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Le suivi de l’actualité en matière d’environnement nous confronte en permanence à la question du déni quasi généralisé de l’urgence qu’il y a à agir si l’on veut éviter un effondrement de notre civilisation industrielle. Les constats sont là, le réel est ce qu’il a toujours été, implacable, et donc, parfois, difficilement supportable.

Dans son excellent ouvrage Requiem pour l’espèce humaine [1] , Clive Hamilton consacre un chapitre entier [2] aux nombreuses formes de dénis qu’il organise autour de la notion de dissonance cognitive.

Si l’approche neuro-cognitivo-comportementale, qui est aujourd’hui généralement privilégiée, apporte un indéniable éclairage à la compréhension des mécanismes en jeu, il m’est apparu utile faire appel à un autre courant – la psychanalyse – pour aborder une forme de déni qui me semblait spécifique à notre époque, le désaveu [3] .

S’il est une qualité que l’on peut reconnaître à la clinique analytique c’est de s’être consacrée de manière assez approfondie à l’étude des formes diverses de résistances auxquelles l’Homme était capable de recourir pour échapper à la réalité. Et, en étant confrontée aux formes exacerbées (pathologiques) de ces résistances, elle nous a fourni, me semble-t-il, des concepts intéressants. Par ailleurs, si la psychanalyse s’est consacrée essentiellement à la clinique individuelle, elle s’est aussi, et depuis l’origine, intéressée au fonctionnement de la société. Le Malaise dans la civilisation [4] de Freud écrit en 1929 n’est-il pas, in fine, une réflexion prémonitoire éclairante sur un effondrement (la seconde guerre mondiale) ?

La psychanalyse décrit trois formes de déni. A côté de la dénégation propre à la névrose et de la forclusion qui concerne la psychose, il y a le désaveu qui relève de la structure perverse.
La particularité du désaveu est de maintenir sciemment deux pensées ou croyances contradictoires qui se juxtaposent comme s’il n’y avait entre elles aucune contradiction (Freud). Ce qui s’exprime parfaitement dans l’affirmation Je sais bien, mais quand même… Face à la réalité qui dit « C’est ainsi », le pervers dit : « oui, mais non », « je sais bien, mais quand même…. ». Le désaveu met radicalement en cause la réalité et les lois, soit les limites. L’objectif final étant, en interrogeant le caractère arbitraire de toute loi, d’imposer la sienne propre, soit de faire de son désir la Loi.

Il existe, et c’est assez récent, une nette augmentation des déclinaisons de cette forme particulière de déni. On la retrouve par exemple dans les affirmations de personnalités en vue du monde économique ou politique ou… qui, alors qu’il existe un nombre incalculable de preuves relatives à des phénomènes (changements climatiques, inefficacité des politiques d’austérité etc.) continuent de manière décomplexée à affirmer des erreurs avérées.

Exemples.

Alors que, selon le site PolitiFact, environ 70% des déclarations de Trump sont fausses ou partiellement fausses, Scottie Nell Hughes, qui dirige le site conservateur Redalerts.com, explique que comme de nombreux Américains croient ces mensonges, la distinction entre le vrai et le faux n’a plus vraiment d’importance.
« Ce qui a été intéressant à voir pendant cette campagne électorale, explique Hughes, c’est les gens qui disent que les faits sont des faits même si ce ne sont pas vraiment des faits. (…) Chacun a sa façon d’interpréter et de dire que c’est la vérité ou pas. Malheureusement, les faits, ça n’existe plus. » Son explication montre que l’Amérique est bien entrée dans une ère de post-vérité, soit une période pendant laquelle « les faits objectifs influencent moins l’opinion publique que les appels à l’émotion et les croyances personnelles » [5]

L’Europe n’est pas en reste, la période pré-Brexit en atteste particulièrement. [6] Et il serait vain d’en attribuer la responsabilité aux seuls Trump ou autre Farage : tous leurs électeurs sont complices.

Ou encore : n’est-ce pas « pervers » de la part du gratin des dirigeants économiques mondiaux réunis à Davos, eux qui sont globalement responsables de l’état du monde tant d’un point de vue social (disparités toujours croissantes entre riches et pauvres) qu’environnemental (changements climatiques et déclin de la biodiversité) et même économique de choisir comme thème officiel de l’édition 2017 : « Un leadership réceptif et responsable » ?

Mais aussi : Les accointances entre les constructeurs automobiles et les dirigeants européens pour organiser un système inopérant de contrôle des émissions polluantes des automobiles responsables de plusieurs milliers de morts par an en Europe [7] ne sont-elles pas le signe que l’on nous prend pour des pigeons crédules ? On peut d’ailleurs faire le même constat en matière de produits chimiques et particulièrement par exemple de perturbateurs endocriniens [8].

L’ingénierie fiscale, en détricotant « en toute légalité » (c’est là que se condense le désaveu) la législation fiscale au profit quasi exclusif de ceux qui peuvent se le permettre peut être versée dans la longue liste possible d’exemples de ce concept.

Il est, à la réflexion, d’autres parallèles entre la structure perverse et des modes de fonctionnement propres à notre société. Je vais en développer quelques un ici, à très gros traits [9] . Ils permettront d’appuyer une hypothèse selon laquelle la structure perverse déterminerait de manière importante le lien social dans notre société capitaliste occidentale.

Pour exprimer les choses autrement : la perversion, en tant que dimension de la psyché humaine et qui se définit par le désir de s’évader des limites que le réel impose, et de faire advenir l’impossible – s’exprime-t-elle électivement aujourd’hui dans les rapports sociaux au sein de notre société ? Comme le faisait la structure névrotique dans les sociétés dans lesquelles les monothéismes déterminaient significativement la vie [10].

Concrètement, je vais donc pointer ici quelques éléments qui démontreraient la pertinence de cette hypothèse.

L’objet-fétiche

L’objet fétiche occupe une place centrale dans la structure perverse. En tant qu’il est l’objet qui seul permet l’accès à la jouissance, il prend une importance que l’on peut aisément imaginer. Si les psychanalystes ne se retrouvent pas entièrement autour d’une signification ultime de cet objet, tous s’accordent sur le fait qu’il constitue une illusion.
La place prise dans nos sociétés par le concept économique de croissance (et son pendant la consommation), son caractère incontournable dans toutes les politiques économiques qui ont aujourd’hui cours dans la majorité des Etats du monde, le rendent aisément éligible à ce statut d’objet fétiche. La perte de celui-ci pour un pervers est proprement inconcevable, comme l’est est scénario « sans croissance » pour les acteurs économiques et politiques d’un système capitaliste. Pour l’un comme pour l’autre, cette perte est synonyme de chaos. [11]

La « désubjectivation/subjectivation » perverse

La désubjectivation du partenaire (par exemple dans des pratiques sado-masochistes) constituerait « le processus le plus radical dans l’organisation perverses » [12] . Elle se caractérise par le fait que ce partenaire a pour principal mérite d’être un étranger, un inconnu, quelqu’un dont on ne veut rien savoir. Et elle ne se ferait en outre qu’au prix d’une subjectivation d’un « spectateur », offusqué de préférence. Ce sont là les conditions d’un scénario pervers.

Transposé à l’échelle sociale, cela pourrait donner :
- la désubjectivation perverse renvoie à une exacerbation de l’individualisme, au repli solipsiste, à une normalisation systématique, à un estompement de toute différence (monoculture), à la réduction d’un individu au statut de « consommateur lambda » soit à toutes des tendances lourdes largement constitutives de notre société capitaliste avancée. Elle est par exemple à l’origine du concept de remplaçabilité [13] des individus dans les entreprises et le système économique en général. C’est aussi « un processus de contrôle de la conscience morale qui a pour tâche de réprimer assez tôt l’expression des sentiments d’injustice pour que le consensus de la domination sociale ne se trouve pas remis en cause. » [14]

- La subjectivation renvoie quant à elle à l’identification nécessaire d’un spectateur qui devient, souvent à son insu, l’allié du fonctionnement pervers, en criant haut et fort son impuissance à pouvoir y changer quelque chose.

N’est-ce pas ce rôle que nous endossons plus ou moins à notre corps défendant lorsque nous assistons par média interposés (ou non) à des événements comme les naufrages de milliers de migrants consécutifs aux politiques migratoires perverses des états européens, politiques qui n’ont d’autres justifications que la protection du système en place ? Ou lors de la mort de centaines de civils, dont de nombreuses femmes et des enfants, lors des bombardements de l’est d’Alep ? Ou encore lors du renvoi brutal de réfugiés, dont des enfants, en application des politiques d’asiles de notre gouvernement ? Mais aussi, lors de l’élection de personnages dangereux comme Trump, Le Pen, Erdogan, Orban, Wilders, Francken ?, Ou lors du constat de l’accroissement continu de disparités sociales avec de plus en plus de gens en difficulté et une minorité d’hypers riches, dont on se fait les spectateurs-complices en consommant avec si peu de discernement ? Ou, last but not least, au la dégradation progressive des conditions de travail sous le prétexte d’une nécessaire flexibilité qui conduit à la galère de milliers d’anonymes comme par exemple ces oublié.e.s de la nuit ?

N’est-ce pas aussi un rôle progressivement endossé par les Etats suite à leur affaiblissement face à la puissance des principaux acteurs de l’économie de marché ? Phénomène particulièrement perceptible lors des grandes restructurations (Caterpillar et ING pour ne citer que les dernières en date dans notre pays) où ils n’apparaissent plus que comme des spectateurs impuissants (et gesticulants) ?

Enfin, s’il est évident que la publicité commerciale, machine manipulatrice par excellence, fait entièrement partie du système pervers, les réseaux sociaux et la presse - une importante partie de celle-ci en tous cas - y participent sous l’angle classique du voyeurisme/exhibitionnisme qui alimente le processus de subjectivation décrit ci-dessus. Est-ce un hasard si les grands groupes de presse appartiennent quasi tous aux plus grandes fortunes ? Je cite ici Aude Lancelin à propos d’un patron de l’Obs dans une interview sur le site Le Comptoir : "Croissandeau symbolise ainsi l’envahissement du management dans la presse, avec ces nouveaux types de directeurs transparents, qui n’ont plus de véritable rapport avec le contenu, et ont surtout un lien sadien (souligné par moi) avec l’actionnariat, qui les tient entièrement."

Self-made-dieux

L’historien Yuval Noah Harari a brossé, dans Sapiens, une brève histoire de l’humanité [15], un tableau saisissant (et passionnant) du passage éclair [16] sur terre des Homos Sapiens.

Son dernier chapitre, intitulé La fin d’Homo Sapiens, s’intéresse aux avancées, certes encore infimes, mais bien réelles du génie biologique, du génie cyborg et du génie de la vie inorganique. Ce qui se dessine là n’est rien moins que la création d’un être qui ne serait plus un Homo Sapiens, parce qu’il ne fonctionnerait plus comme nous – on modifierait par exemple les noyaux neurologiques liés au désir. S’il est particulièrement difficile d’imaginer à quoi cela pourrait correspondre, il n’y plus de doute sur notre capacité à le faire !! Il s’agit donc rien moins que créer une espèce nouvelle, assurer une forme d’immortalité et ainsi devenir Dieu…
Ici aussi, on est au cœur de la structure perverse : « C’est à un problème d’omnipotence narcissique que nous avons affaire, omnipotence que nous avons également trouvée lorsque nous avons cru déceler, chez les pervers, l’ambition de prendre la place du Créateur. » [17]

L’épilogue de l’ouvrage de Harari, intitulé Un animal devenu dieu ? conclut : « Malgré les choses étonnantes dont les hommes sont capables, nous sommes peu sûrs de nos objectifs et paraissons plus que jamais insatisfaits. (…) Nous sommes plus puissants que jamais, mais nous ne savons trop que faire de ce pouvoir. Self-made-dieux, avec juste les lois de la physique pour compagnie, nous n’avons de compte à rendre à personne. Ainsi faisons-nous des ravages parmi les autres animaux et dans l’écosystème environnant en ne cherchant guère plus que nos aises et notre amusement, sans jamais trouver satisfaction. Y a-t-il rien de plus dangereux que des dieux insatisfaits et irresponsables qui ne savent pas ce qu’ils veulent ? » [18]

Résistance aux changements (psychorigidité/sociorigidité)

La clinique de la structure perverse identifie une absence de souffrance ainsi que, corrélativement, une absence de demande d’aide (contrairement à ce que l’on observe dans la névrose par exemple). Et si un pervers se retrouve (souvent forcé par la justice) dans une relation psychothérapeutique, en fin manipulateur, il s’amusera à piéger le praticien. Incapable de se remettre en question, il prend un malin plaisir à remettre en question l’autre. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas fragile : si son scénario s’écroule, le chaos psychotique menace sérieusement. La structure perverse pourrait en effet être une défense contre la psychose.

Pour illustrer cette résistance cynique aux changements de notre système sociétal structuré selon des modalités de la structure perverse j’évoquerai les avatars de la crise des subprimes de 2008. Quasi 10 ans après ce crash majeur du système financier et son sauvetage par les Etats, les banques et le système dans son ensemble n’ont-ils pas retrouvé leur assurance hautaine tout en ayant réussi à ce que rien n’ait fondamentalement changé dans leur fonctionnement ? Ce qui ne fait que postposer brièvement l’échéance. [19]

Un autre destin est-il possible ?

La structure perverse se caractérise donc par le désir de s’évader des limites que le réel impose, et de faire advenir l’impossible. La question se pose alors de savoir si le scénario précédemment décrit avec les conséquences qu’il laisse entrevoir est le seul possible. La définition comporte la réponse : faire advenir l’impossible ouvre des champs infinis. La psychanalyse l’a observé et a ajouté à son arsenal théorique la sublimation qui serait inscrite dans la structure perverse, comme son autre face, tel Janus Bifrons [20]

La sublimation, qui s’inscrit également dans un profond désir de changement :
- réintroduit la possibilité de l’individuation [21] qui recrée le lien social (c’est l’exact contraire de la désubjectivation décrite plus haut) et interroge les modes de gestion des relations humaines ;
- réinjecte une éthique et donc de nouvelles limites, inédites, adaptées aux défis, et respectant les limites de la planète ainsi que toutes les formes de vie ;
- est intimement liée à l’art, donc à l’imagination, la créativité, les histoires ;
- ne se satisfait pas d’améliorations cosmétiques, exige du neuf…

Et ces trois dimensions s’avèrent nécessaires voire indispensables pour d’une part résister à/mettre radicalement en question/annihiler le système actuel, ensuite endurer l’effondrement qui vient et enfin (re)créer une avenir vivable. Ni le pervers ni le sublime ne se satisfont de demi mesures qui sont l’apanage des structures obsessionnelles indispensables, elles, pour stabiliser les systèmes.

Créons un avenir tout autre !

A propos d’histoires : vous n’avez rien compris à mon texte ? Alors, lisez le roman de Michel Tournier Vendredi ou les limbes du Pacifique [22]. Cette reprise du Robinson Crusoé de Daniel Defoe raconte merveilleusement le trajet trop théorique que je viens d’esquisser ici. La narration de la plongée de Robinson aux confins de la vie, seul sur son île (Speranza), et de sa renaissance guidée par Vendredi, insaisissable et espiègle, qui l’initie et le fait communier avec les éléments bruts, la terre, les arbres, le vent, les astres au travers d’une sexualité devenue solaire est tout simplement époustouflante… Un roman qui se révèle d’une étonnante actualité. Un roman sur l’effondrement aussi : l’île façonnée par le travail acharné et obsessionnel pour en faire une reproduction économique de notre monde va voler en éclat, offrant par là une possibilité de renaître à autre chose.

Je suis ensuite prêt à parier quelques Bertinchamps que pour Vendredi, jamais la Terre ne s’est tue ! Si vous voulez relever le pari (et justifier votre position), la lecture de Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens de David Abram [23] est incontournable. Brève recension de cet excellent ouvrage ici.

Crédit photographique : Homo Sapiens, un film de Nikolaus Geyrhalter. Présentation sur le site de Reporterre.

Retrouvez les autres articles de la nIEWs 200 spéciale "Effondrement"


[1Clive Hamilton, Requiem pour l’espèce humaine. Faire face à la réalité du changement climatique, Presse de la fondation nationale des sciences politiques, 2013.

[2Idem pp 107 – 153.

[3Ce faisant, j’évite un biais théorique potentiel : la psychanalyse n’est pas un produit de l’époque contemporaine contrairement aux approches neuro-cognitives particulièrement attentives à occuper tout le terrain des sciences psycho-sociales au point qu’on peut se demander si cette approche ne convient pas un peu trop au modèle dominant.

[4Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation (1929), Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2010

[5Sources : http://talkingpointsmemo.com/livewire/scottie-nell-hughes-there-are-no-more-facts
Voir aussi par exemple : Les risques de la société “post-vérité”, éditorial du Monde (02/01/2017) ; Politique post-vérité ou journalisme post-politique ; Ere post factuelle sur Wikipédia
On peut même rencontrer une sorte de mise en abîme du phénomène de désaveu dans cette chronique de la philosophe très inspirée par la biosociologie Peggy Sastre : Pourquoi s’offusquer de la post-vérité ? C’est le mode par défaut de notre cerveau...

[6Que l’on me comprenne bien : il n’est pas dans mes intentions de diagnostiquer comme pervers toute personne ayant recours au mécanisme de désaveu, mais bien d’attirer l’attention sur une augmentation de son occurrence notamment dans les sphères du pouvoir ainsi qu’une forme de banalisation.

[7XHONNEUX V., HOLLANDER V., COURBE P. 2016. Pour un environnement sain, Susciter le changement pour diminuer l’exposition à la pollution de l’air et aux perturbateurs endocriniens. Namur : Inter-Environnement Wallonie.

[8Idem

[9L’espace imparti oblige. L’exercice n’a d’autre ambition que de susciter la réflexion, d’ouvrir des pistes.

[10Voir par exemple : Eugène Enriquez, De la horde à l’État : essai de psychanalyse du lien social, Éd. Gallimard, (Connaissance de l’inconscient), 1983

[11Voir par exemple les courtes vidéos de Denis Meadows, Jean Gadret et Dominique Méda dans la série "Sacrée croissance" sur Arte

[12Clavreul, J., Le désir et la loi. Approches psychanalytiques, Paris, Denoël, collection L’espace analytique, 1987.

[13La remplacibilité est liée à l’individualisme, à distinguer du concept d’individuation processus qui ne peut se concevoir que dans une relation à l’autre. Voir Cynthia Fleury, Les irremplaçables, Paris, Gallimard, 2015. "L’individuation et la démocratie fonctionnent à mes yeux comme un ruban de Möbius, comme les deux faces d’une même réalité. Bien sûr, l’Etat de droit produit les conditions d’émergence d’un individu, mais il ne perdure qu’à la condition d’être revitalisé, réinventé, réformé par les sujets libres. Si l’Etat de droit ne demeure qu’une réalité formelle, il entraîne une déception considérable qui le met en danger. Il doit donc s’incarner, et ce corps de l’Etat de droit, c’est celui des différents individus qui le composent. Mais, ces dernières années, le néolibéralisme a défiguré l’Etat de droit et désingularisé les sujets. L’Etat de droit signe là son arrêt de mort : car seul un sujet bien individué se soucie de le protéger, et non pas le sujet aliéné que l’on côtoie actuellement". in Cynthia Fleury : “Etre courageux, c’est parfois endurer, parfois rompre”, Télérama

[14Axel Honneth, La société du mépris, La découverte, rééd. 2014, p.213. Cité par Cynthia Fleury.

[15Yuval Noah Harari, Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Albin Michel, 2015 pour la traduction française

[1670.000 ans, c’est une goutte d’eau au regard des 13,5 milliards d’années écoulées depuis le big bang.

[17J. Chasseguet-Smirgel, citée dans Jean-Pierre Caillot, Envie, sacrifice et manœuvres perverses narcissiques, Revue française de psychanalyse, 2003/3 (Vol. 67)

[18Yuval Noah Harari, idem,p 492.

[19On peut même considérer que l’effondrement financier est acquis, nous dit Dimitri Orlov dans son singulier ouvrage Les 5 stades de l’effondrement, édition Le retour aux sources, 2016, 446 pp.

[20Voir par exemple Pirard R., Le sublime et le pervers : Janus Bifrons in Qu’est-ce que l’homme, hommage à Alphonse De Waelhens, Publication des facultés universitaires Saint Louis, 1982.

[21Comme déjà précisé, l’individuation – et non l’individualisme – permet de refaire lien. Voir Cynthia Fleury, Les irremplaçables, Paris, Gallimard, 2015.

[22Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, Gallimard, Folio 959

[23David Abram, Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens, La Découverte, Les empêcheurs de penser en rond, 2013 pour l’édition française (1996 pour l’originale), 348 pp, Préface et traduction de Didier Demorcy et Isabelle Stengers.



 
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