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ECHOS (pas toujours) LOGIQUES – Verts à soi, atome et blanc-de-blanc
Pierre Titeux, chroniqueur  •  20 avril 2017  •  Transport routier  •  Nucléaire  •  Santé environnement  •  Cancer

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Peut-on se revendiquer de l’écologie politique et soutenir un homme qui a libéré le marché des liaisons par autocar, créant ainsi une concurrence directe avec le service public ferroviaire ?
Peut-on se revendiquer de l’écologie politique et se retrouver dans un programme favorable à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?
Peut-on se revendiquer de l’écologie politique et cautionner quelqu’un pour qui « le nucléaire est au cœur de la stratégie industrielle, énergétique et climatique qui est la nôtre » [1] (même si ce quelqu’un s’affirme dans le même temps « favorable à une vraie politique d’investissement dans les énergies renouvelables » afin de rendre le pays moins dépendant au seul atome) ?
Peut-on se revendiquer de l’écologie politique et apporter sa voix à un candidat qui considère qu’ « il ne faut pas faire la chasse au diesel », lequel « reste au cœur de la politique industrielle française » et du « projet industriel français de la mobilité environnementale (sic) » [2] ?

Poser ces questions, c’est déjà y répondre : « Non !  ». Les positions énoncées apparaissent en effet à l’opposé des exigences d’un programme en phase avec les urgences environnementales et leurs implications sociales. On ne peut dès lors que s’étonner de voir d’éminentes personnalités écologistes comme Daniel Cohn-Bendit, François de Rugy, Barbara Pompili ou Corinne Lepage passer outre cette évidence pour rallier la candidature d’Emmanuel Macron à la présidence de la république française.

« Je m’engage à soutenir publiquement le-la candidat-e qui sera désigné-e à l’issue des élections des Primaires citoyennes et à m’engager dans sa campagne. » [3] : le respect de cet engagement pris dans le cadre de la primaire de « La Belle Alliance Populaire » à laquelle il participa ni contraint ni forcé voudrait que François de Rugy batte aujourd’hui les estrades et mobilise les électeurs aux côtés de Benoît Hamon. Seulement voilà : pour lui (comme pour Barbara Pompili, avec laquelle il déserta Europe Ecologie – Les Verts il y a quelques mois) entre « écologie ou gauchisme, il faut choisir !  » [4] Fut-ce au prix du parjure. Pas question en effet de se compromettre dans « un projet de rupture avec le capitalisme, comme on disait autrefois. Et pour cause : cela n’a marché nulle part ! » [5]
Son truc, c’est plutôt « l’écologie réformiste » [6] qui « (…) ne peut être, en matière économique qu’un pragmatisme résolu. La promesse – un peu lointaine, et souvent vécue comme inatteignable – consistant à changer le mode de production et de consommation pour sortir de la crise relève du prêchi-prêcha vert. » [7] L’intronisé Hamon – ne parlons même pas de Mélenchon… – est donc bien trop gaucho pour mériter son onction écolo ! Une position qui place de facto de Rugy sur la même ligne que Manuel Valls pour qui « Hamon a rompu avec le ligne réformiste du PS. Il est sur un programme écolo-gauchiste (…). C’est une reprise de tous les zadistes du monde. » [8] Et les ZAD, ce n’est clairement pas leur kif ; en termes d’acronymes, l’un et l’autre préfèrent le MEDEF.

« Je préfère la cohérence à l’obéissance (sic) » [9] se justifia le renégat au moment de rejoindre le camp d’Emmanuel Macron. Sans doute escomptait-il pouvoir ainsi la jouer grand seigneur, drapé dans le costume de l’insoumis (lui aussi !) refusant de trahir ses idées.
Le problème est que sa sentence fait non seulement bien peu de cas d’un engagement sur l’honneur ramené ici au rang d’un consentement servile mais traduit également une vision pour le moins audacieuse de la cohérence. Un mois plus tôt, en effet, Monsieur de Rugy déclarait avoir « (…) des divergences importantes avec Emmanuel Macron sur l’écologie parce qu’il n’en parle jamais. Et quand il en parlait, c’était plutôt des positions que je ne partage pas, plutôt proches de celles d’Arnaud Montebourg sur le nucléaire et le diesel. Et j’ai aussi des divergences sur l’économie. » [10] Il estimait alors que celui qui allait devenir son favori « n’allait pas dans le sens de l’écologie mais (…) plutôt dans le sens de l’ancien monde » [11]. Les chemins de la politique sont décidément bien tortueux…

Ce n’est pas Corinne Lepage qui affirmera le contraire tant son soutien « inconditionnel » au candidat Macron relève de l’irrationnel. On peinait certes à imaginer l’ancienne ministre de l’Environnement de Jacques Chirac se rallier aux panaches rouges plus ou moins écarlates des candidats du PS et de la France insoumise. Mais de là à ce qu’elle rejoigne un Emmanuel Macron dont elle affirme aujourd’hui encore qu’ « il n’est pas un écologiste et ses choix et sorties en tant que ministre de l’Économie sur le diesel ou le nucléaire ne plaident pas en sa faveur » [12], il y avait un fameux un pas… qu’elle a franchi avec allégresse !
Pas sûr toutefois que le fait que son chouchou soit « le seul à savoir soulever l’enthousiasme (sic) » [13] constitue un argument valable et suffisant. Et encore moins sûr que cette alliance plus résignée que magnifiée («  On va voir les solutions qu’il proposera ultérieurement et qui pourraient un peu évoluer, en tout cas je l’espère. » [14]) serve effectivement la cause environnementale.

Avec Cohn-Bendit, au moins, pas d’ambiguïté : l’option Macron répond à une menace. « Je ne vote pas idéologiquement, je vote pour la personne la mieux placée et la faire gagner à 70%-30%, je vote contre Marine Le Pen. (…) Qui peut aujourd’hui le mieux battre Marine Le Pen au 2ème tour ? Si c’est François Fillon qui est au 2ème tour, la gauche ira très difficilement voter ; si c’est Benoît Hamon, la droite n’ira pas voter, donc si vous voulez vraiment nous éviter Marine Le Pen, Emmanuel Macron au jour d’aujourd’hui est le mieux placé. » [15]
Le vote utile, donc, fondé sur des sondages qui semblent aujourd’hui peser davantage que les programmes et les convictions dans le choix des électeurs.
Sauf que tous les sondages – « qui ne sont, rappelons-le, qu’une photographie de l’état de l’opinion à un instant T et en aucun cas un pronostic » – annoncent Marine Le Pen battue au second tour quel que soit le candidat face à elle.
Sauf qu’il apparaît difficilement tenable de saluer le programme écologique de Jean-Luc Mélenchon ou le ralliement des Verts à Hamon sans soutenir ni l’un ni l’autre.
Sauf encore et surtout que ce vote utile devient in fine un alibi à un immobilisme politique qui mine la démocratie.

C’est sans doute le plus détestable dans ce salmigondis politico-idéologique : par ce ralliement à une candidature et à un programme ne répondant pas à des enjeux pourtant au cœur de leur engagement, ces personnalités brouillent les repères d’électeurs qui finissent par ne plus trop savoir à qui confier leurs valeurs.
Dommage car jamais les questions environnementales et, plus globalement, la remise en cause de notre modèle de développement n’ont été abordées aussi frontalement, n’ont occupé une place aussi centrale, n’ont mobilisé autant d’attention et de moyens que dans les projets défendus par Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Espérons que cela ne devienne et ne reste pas pour très longtemps « une formidable occasion gâchée »…

« Allez, viennent les jours heureux et le goût du bonheur ! » comme dit l’autre.

Chèque en blanc

Emmanuel Macron croit en l’énergie nucléaire. Une confiance aveugle, au sens propre du terme, si l’on s’en réfère aux propos tenus par le candidat EnMarche ! lors de son passage à « L’Emission politique », le 6 avril dernier sur France 2.

Après avoir réaffirmé que « le nucléaire en France a un avenir et continuera à être une source importante », le candidat EnMarche ! a en effet déclaré : « Personne ne connaît le coût complet du nucléaire. J’ai été ministre de l’économie et je suis incapable de vous dire s’il est plus ou moins coûteux que le renouvelable… » Une belle reconnaissance d’ignorance qui confirme de facto ce que les opposants au nucléaire dénoncent depuis des années voire des décennies. Dommage que la candidat-président n’en tire pas toutes les leçons pour reconsidérer l’avenir énergétique de son pays.

Autant savoir

En janvier dernier, les ministères français de l’Economie, de la Santé et de l’Agriculture ont saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, de son petit nom Anses, afin qu’elle se positionne sur la dangerosité éventuelle pour les consommateurs du dioxyde de titane. Mieux connu de nos emballages sous son nom de code E271, celui-ci est communément utilisé dans l’industrie afin de blanchir et opacifier les dentifrices, confiseries et plats alimentaires. Or, une étude menée par l’Institut de la recherche agronomique (INRA) a conclu que l’exposition chronique à cet additif favorisait la croissance de lésions précancéreuses chez le rat. De quoi s’inquiéter de ses éventuels effets chez l’homme.

L’Anses vient de rendre – le 16 avril – son avis.

Elle note que l’étude de l’INRA « met en évidence des effets qui n’avaient pas été identifiés auparavant, notamment des effets promoteurs de la cancérogénèse » mais estime que ces résultats « ne permettent pas de conclure sur les effets sur l’homme ». En conséquence de quoi elle « souligne la nécessité de conduire les études nécessaires à la parfaite caractérisation des effets sanitaires potentiels liés à l’ingestion » de cet additif.

Si les autorités publiques s’abstiennent d’appliquer ici un pourtant légitime principe de précaution, que rien ne vous empêche de le mettre vous-mêmes en œuvre. Car quand les « effets sanitaires potentiels » seront éventuellement confirmés, cela risque d’être un peu tard pour encore pouvoir les éviter…

Recherche couleurs, désespérément

Ce sont quelques images fugaces, un plan-séquence dépourvu d’intérêt et censé passer inaperçu, un tunnel visuel où le regard décroche avant d’être à nouveau capté par l’émission.

C’était le 4 avril dernier sur BFM-TV, lors du « Grand débat » réunissant les onze candidats à l’élection présidentielle. Après un teasing en forme de mode d’emploi, un plateau d’ambiance et l’interview de quelques personnalités venues faire décor derrière leur poulain, le studio fut plongé dans l’ombre et l’image se figea dans l’attente du générique.
Et c’est là qu’il apparut.

Un seau dans une main, un balai dans l’autre, il déboula gentiment pressé par un régisseur. Sa mission : passer un ultime coup de serpillière sur le dallage vitré de l’arène, briquer, lustrer et faire briller la scène. Rien que de très banal, à un détail près : l’homme qui s’activait dans la pénombre était noir. Et dans le contexte, cette couleur de peau devenait une bizarrerie. Depuis la prise d’antenne, en effet, on n’avait vu que des blanc(he)s. Techniciens, journalistes, candidats : tous blancs. Même parmi les soutiens invités, la diversité ethnique semblait absente. Son seul représentant visible, c’était lui, le « technicien de surface ».

Me revinrent alors des images de l’Assemblée nationale avec des bancs eux aussi peuplés d’hommes et de femmes très/trop monochromes. Hormis les représentants des départements et territoire d’Outre-Mer, les élus du peuple français y affichaient une unité ethnique à faire bander le père Le Pen.

Ce ne furent que quelques images fugaces mais elles m’en apprirent peut-être plus sur l’état de la société française que les discours des dix hommes et de l’unique femme prétendant la gouverner demain.


[4Titre d’un ouvrage de François de Rugy (Editions de L’Archipel, collection Grosse Colère, Paris, 2015). Lire la chronique que je lui ai consacrée : http://iew.be/spip.php?article7714.

[5« Ecologie ou gauchisme, il faut choisir ! », opcit., page 47

[6Ibidem, page 87

[7Ibidem, page 155

[8In « Le Canard Enchaîné », n°5027, mercredi 1er mars 2017

[10Lors du 3ème débat des candidats de la « Primaire de La Belle Allaince », le 19 janvier 2017

[13Ibidem

[14Corinne Lepage : « Voici pourquoi je soutiens Emmanuel Macron », https://reporterre.net/Corinne-Lepage-Voici-pourquoi-je-soutiens-Emmanuel-Macron

[15In « Questions politiques », France Inter, 26 février 2017



 
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