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Tihange 2 et Doel 3 : micros fissures et macro doute !!
Cécile de Schoutheete  •  14 mars 2013  •  Nucléaire

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Tout le monde ne partage pas l’optimisme du nouveau directeur de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN), Jan Bens, quant au redémarrage imminent des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. Loin s’en faut !!

Dans son évaluation des rapports remis par Electrabel justifiant le redémarrage des réacteurs Doel 3 et Tihange 2 à l’arrêt depuis l’été dernier, l’Agence s’était montrée rassurante : « A ce stade, l’AFCN ne voit pas d’éléments qui indiquent que les centrales doivent être mises à l’arrêt définitif. Cependant, l’agence a demandé des éléments complémentaires à l’exploitant. [1] »
Pourtant, les avis d’experts étrangers relayés dans la presse ces dernières semaines disent plutôt le contraire : à l’heure actuelle, l’AFCN ne dispose pas d’éléments suffisants indiquant que les réacteurs pourront un jour redémarrer.

L’Agence française de sécurité nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) se sont penchés sur les rapports d’Electrabel [2]
au regard des pratiques utilisées en France, l’Etat le plus nucléarisé au monde faut-il le rappeler. Pour eux, « en l’état actuel du dossier, un redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 ne nous paraît donc pas envisageable, à ce jour, sans l’apport de compléments de démonstration significatifs ».
Les experts français avancent plusieurs arguments, notamment :
- les microfissures ne sont pas caractérisées de manière précise. Electrabel devrait en particulier étudier l’existence de pontages radiaux entre défauts, un cas de figure particulièrement dangereux et qu’on ne peut totalement exclure pour le moment.
- L’analyse des interactions entre défauts pose question. « La méthode utilisée repose sur une étude initialement réalisée dans le cas de deux défauts plans et est généralisée, sans justification, au cas de Doel 3 et Tihange 2 » où plusieurs milliers de microfissures ont été détectées.
- La représentativité des tests réalisés sur un élément de générateur de vapeur également « microfissuré » n’est pas avérée. Le matériau ne présente en effet pas les mêmes caractéristiques que celui des cuves, irradiées depuis une trentaine d’années.
- Quant au risque associé à une dégradation de la cuve, l’ASN regrette qu’Electrabel se soit limité à une étude probabiliste dont l’usage en France n’est « pas admis à ce jour ».

Globalement, « la logique générale de la démonstration n’apparait pas de façon claire ». Les conclusions sont elles, sans appel : « en première analyse, il semble difficile de considérer que les arguments présentés constituent une démonstration de sûreté acceptable, en l’état, sans a minima la fourniture des compléments identifiés par Bel V [3]. »

L’ancien directeur de l’organe allemand de contrôle des installations nucléaires et expert nucléaire, Dieter Majer [4], quant à lui, juge « irresponsable » de redémarrer les réacteurs sans avoir répondu à toutes les questions qui se posent. En particulier, « la question principale est celle de l’apparition des microfissures. Est-ce lors de la production de la cuve ou en cours d’exploitation de la centrale ? C’est complètement ouvert. » Il s’étonne donc des conclusions positives de l’AFCN : « Je ne peux pas comprendre que, vu le nombre de questions qui se posent dans le rapport, on puisse conclure qu’il n’y a pas de problème. En vérité, c’est beaucoup trop tôt pour le dire ».

Si l’on ajoute à ces avis celui de l’ex-patron de l’AFCN, Willy De Roovere, qui avait exprimé ses doutes quant à la réouverture possible de Doel 3 et Tihange 2 l’été dernier, l’AFCN se retrouve bien seule à chanter « dormez sur vos deux oreilles bonnes gens, tout est sous contrôle  ».

On ne peut donc qu’être inquiet quand Jan Bens annonce que l’AFCN prendra seule sa décision sur base des rapports finaux qu’Electrabel aura finalisé fin mars avec ses tests complémentaires  [5] . Pour un cas aussi inédit, se passer des avis d’experts nationaux et internationaux – d’autant plus lorsque ceux-ci sont divergents serait bien peu avisé.

A l’heure où le deuxième anniversaire de la catastrophe de Fukushima nous rappelle les risques de l’énergie nucléaire, l’AFCN ne peut accepter le moindre doute quant à l’intégrité des cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2.


[3Bel V est la filiale technique de l’AFCN



 
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