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Transparence, protection des consommateurs et viabilité de l’industrie : un cocktail toxique ?
Valérie Xhonneux  •  4 juin 2015  •  Santé environnement  •  Polluants chimiques

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A force de vouloir satisfaire tout le monde dans le dossier des perturbateurs endocriniens, la Commission Européenne s’empêtre dans des discussions sans fin. Et à l’affirmation des secteurs industriels « la protection de la santé humaine et de l’environnement constitue une de nos priorités », nous ne pouvons que répliquer « la viabilité du secteur phytopharmaceutique constitue une de nos priorités ». C’est de bonne guerre, non ?

Ce lundi avait lieu une conférence, organisée par la Commission Européenne, sur les perturbateurs endocriniens : "Criteria for identification and related impacts". Au programme : une présentation de l’état du débat scientifique sur les critères d’identification des perturbateurs endocriniens, un état des lieux de la législation existante sur ces substances et un état d’avancement de l’étude d’impact des critères, le tout suivi par une discussion sur les impacts potentiels pour les consommateurs, l’industrie, le commerce, l’agriculture, la santé et l’environnement.

Que dire à l’issue de la réunion ? Le climat est tendu et méfiant. Les multinationales de la chimie et les pays extérieurs à l’Union Européenne font pression sur la Commission pour l’empêcher d’adopter des mesures trop exigeantes, alors même que de nombreux scientifiques spécialisés sur la question des perturbateurs endocriniens appellent à une action urgente. Le retard de deux ans pris par le dossier, dénoncé par le Corporate Europe Observatory, est une preuve difficilement contestable de l’efficacité de ces lobbies sur la Commission…

C’est lors de la présentation des impacts potentiels pour l’industrie que j’ai pu lire cette petite et traditionnelle phrase "la protection de la santé humaine et de l’environnement constitue une de nos priorités". C’est vrai qu’en les [1] écoutant, et pour peu que l’on ne soit pas au fait de l’actualité en la matière, on pourrait presqu’être convaincus. D’abord les pesticides et les biocides permettent d’assainir notre alimentation, notre habitat… et nous préservent donc d’atteintes sanitaires. Ensuite les pesticides nous permettent de produire suffisamment d’aliments pour nourrir l’entièreté de la population - et donc d’assurer non pas la santé, mais la survie de celle-ci ! Donc, vous comprendrez aisément que des critères d’exclusion des perturbateurs endocriniens qui soient trop stricts entraîneront nécessairement des décès dus à la faim ou suite à une contamination de notre alimentation par des organismes toxiques. CQFD.

Autre argument abordé durant la journée : les impacts desdits critères d’identification des perturbateurs endocriniens sur le commerce. Pourquoi le commerce devrait-il bénéficier de plus d’attention que la santé des populations ? Comment les représentants du Canada et de l’Argentine peuvent-ils affirmer que les mesures que pourrait prendre l’Union Européenne pour protéger la santé de ses citoyens de l’effet des perturbateurs endocriniens sont à priori contraires aux règles de l’OMC ? Quitte à faire du commerce, ne pourrait-on pas soutenir des pratiques qui n’impactent pas la santé des citoyens ? Pourquoi opposer les deux ?

Rien de neuf du côté de l’industrie donc… Et rien de neuf de notre côté non plus ! Tout d’abord, il est absolument fondamental que l’étude d’impact donne priorité aux impacts sanitaires des perturbateurs endocriniens, et qu’elle s’appuie sur les estimations publiées récemment et qui montrent que les coûts de soins de santé dus à l’exposition aux perturbateurs endocriniens s’élèvent à 157 milliards d’euros par an sur le territoire de l’Union Européenne (l’étude est disponible ici : http://www.iew.be/spip.php?article7060). Cette évaluation est, rappelons-le, probablement sous-estimée : les chercheurs ont privilégié les acquis scientifiques incontestables à l’exhaustivité des substances étudiées, il ne se sont ainsi intéressés qu’à 5% des PE en circulation ! Par ailleurs, et au vu des délais nécessaires à la finalisation de l’étude d’impact, les autorités belges doivent prendre des mesures sans tarder : l’élargissement de l’interdiction d’utilisation du BPA à l’ensemble des contenants alimentaires et la définition d’une stratégie belge visant à protéger les femmes enceintes de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, quelle que soit leur origine (pesticides, contenants alimentaires, cosmétiques, etc.) constituent à notre sens des mesures prioritaires.

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Le blog de Chem Trust


[1FoodDrinkEurope, de l’ECPA et du Copa-Cogeca Working Party on Phytosanitary Questions etc.



 
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